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Les fonds d’investissement et le marché des écoles du numérique en France.


Contribution /11 octobre 2014   
une - Réflexions

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" Le numérique, considéré comme un véritable relais de croissance, devrait, d’ici 2015, contribuer au PIB à hauteur de 5,5% et créer 450000 emplois en France, serait le nouvel eldorado de l’économie ".


C’est une des conclusions d’un rapport publié en 2011 par le cabinet américain McKinsey & Company [1], avec le soutien de Google, et intitulé : "Impact d’Internet sur l’économie française", sous-titré "Comment Internet transforme notre pays". [2]


(Impact d’Internet sur l’économie française- internet-impact.fr)

Il n’en fallait pas plus pour que des structures financières s’engouffrent dans le cal. L’employeur va nous proposer de le mettre à l’agence, où les salariés ne vont quasiment jamais. On demande, comme le prévoit d’ailleurs la convention collective, que ce soit également sur les chantiers où les salariés sont présents. Cela permet de diffuser les coordonnées du syndicat, les heures de permanence juridique, les protocoles de fin de conflit qui ont pu être adoptés dans l’entreprise sur un autre chantier pour dire qu’eux aussi doivent bénéficier de ces droits arrachés par leurs collègues sur d’autres sites dans la même entreprise.

Quelle stratégie de mobilisations et de luttes ?

Autre Futur : Dans quelles circonstances vous-êtes vous syndiqués ?

Mourad Chikhi : J’avais initialement découvert l’existence du syndicat par l’intermédiaire d’une diffusion de tract. J’avais déjà fait des grèves dans le passé avec d’autres syndicats et on en cherchait un meilleur depuis bien longtemps. En fait, on a créé le syndicat, au XIXe siècle aux États-Unis, fournissaient aux mineurs les instruments pour participer à la ruée vers l’or et qui firent fortune, ces entrepreneurs qui ont investi le marché de l’apprentissage du numérique gèrent leurs écoles selon les lois du Marché selon un schéma de rentabilité éprouvé. Les clients sont rois et la pédagogie est au service du business. Les enseignants sont des employés ou des variables d’ajustement.

Les clients sont rois dans une pédagogie du business

Les investisseurs doivent gérer deux types de clients.
Tout d’abord leurs partenaires, c’est à dire les entreprises avec qui ils s’allient et qui, en contre partie ou en échange de leurs investissements financiers, "demandent" à ce que les programmes pédagogiques, comme les travaux ou projets que les élèves devront réaliser, ne soient pas tant jugés sur une valeur d’apprentissage que pour leur application/exploitation directe sur un marché concurrentiel… L’élève apprend alors à devenir un employé modèle qui met en forme la demande de son client.

Mais, "d’employé", l’élève devient "client" quant, au prétexte qu’il paie pour sa scolarité, il est sollicité pour juger, voire sanctionner un intervenant qui, selon lui, ne lui n’aurait pas fourni ce qu’il était "en droit" d’attendre contre son chèque.
Ainsi, un professeur s’est vu notifié qu’il ne serai pas renouvelé pour l’année suivante au prétexte que "des élèves s’étaient plaints qu’il leur faisait trop souvent refaire des travaux quand il n’était pas conformes et que pour certains d’entre eux, il avait refusé de leur donner leurs diplôme… alors qu’ils avaient déjà payé leur scolarité pour continuer l’année suivante dans une autre formation". [3].

Les enseignants comme variables d’ajustement

Contrôle de la "concurrence"
Pour les enseignants contractuels, il faut souvent multiplier les employeurs pour "gagner sa vie". Toutes les écoles n’ont pas la même "côte" sur le marché et il n’est donc pas toujours apprécié qu’un enseignent travaille "pour la concurrence". Bien que son contrat ne stipule aucune clause de concurrence ni ne donne droit à une rétribution en relation, un intervenant peut être "remercié" pour ce seul motif, même s’il n’est pas dit ainsi.

Plannings de production
Pour certaines écoles, les plannings, les cours et les interventions paraissent issus d’un algorithme de rationalisation/productivité digne d’une chaine industrielle. D’un côté, la matière première (les contenus, les intervenants) et de l’autre, le marché (les volumes, les marges). Dans cette matrice, où le contrôle des coûts doit permettre au groupe financier de rentabiliser ses investissements, les plannings d’interventions peuvent changer et sont notifiés aux enseignants sans les consulter ou tenir compte de leurs agendas personnels.

6h de travail payées 5h30
De 11h30 à 17h30, si on enlève le temps du repas, il reste logiquement 6h de travail rémunéré. Mais dans la logique industrielle, les vacataires qui font généralement deux pauses d’1/4h et ne travaillent donc pas pendant 1/2h, ne seront alors payé que pour leurs heures "réellement" effectuées, soit 5h30…



Les écoles privées, un filon pour les investisseurs.

Mais au delà du "cas" numérique, les fonds d’investissement qui s’attaquent au système éducatif y arrivent également par des biais du mécénat. C’est le cas par exemple pour "Orchestre à l’école" [4], développé "grâce" à Axa, Bouygues, LVMH, Vivendi… etc., « qui permet aujourd’hui l’installation de dizaines de classes orchestres dans les écoles de l’Hexagone », nous dit la fondation. Pour les investisseurs, c’est de la "communication" et de l’image à moindre coût…

La marchandisation de l’éducation qui aiguise les appétits de fonds de pension prêts à acheter ou à vendre des établissements en fonction d’un taux de rentabilité qu’ils espèrent à deux chiffres, ne fait plus référence à une éducation considérée comme un bien public. La valeur des diplômes déterminée par l’État qui accorde les visas, les reconnaissances ou les grades des masters, ne les "concerne" plus. Ils s’en passent car ils font reconnaître les leurs dans les réseaux/partenariats qu’ils ont tissé.

H. Robert. Ex-enseignant en technologies de l’information et de la communication.



[2Sa contribution directe au produit intérieur brut (PIB) français est évaluée à 60 milliards d’euros en 2009, soit 3,2% du total, et 72 milliards d’euros en 2010, soit 3,7% du PIB annuel, selon cette étude en grande partie financée par Google. Ce PIB internet devrait croître de13% par an pour atteindre 129 milliards d’euros en 2015, soit environ 5,5% du PIB.
À cette contribution de la filière internet s’ajoutent les effets indirects du web, c’est-à-dire les achats réalisés dans les réseaux physiques de distribution, mais facilités, préparés ou déclenchés par une recherche préalable en ligne. Selon l’étude, ils étaient estimés à environ 28 milliards d’euros en 2009.

[3Exemple rapporté d’une école de l’internet, où les formations sur 3 ans sont facturées 6000€/ an et où la "direction pédagogique", trop occupée à trouver des entreprises partenaires pour l’école, impose aux professeurs de faire travailler les élèves sur des sites ou des projets qui seront mis en place gratuitement… pour répondre aux besoins des clients des entreprises partenaires.

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