{"id":687,"date":"2010-09-01T20:35:30","date_gmt":"2010-09-01T18:35:30","guid":{"rendered":"https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/?p=687"},"modified":"2022-02-01T17:23:05","modified_gmt":"2022-02-01T16:23:05","slug":"contribution-a-lhistoire-de-la-c-n-t","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/2010\/09\/01\/contribution-a-lhistoire-de-la-c-n-t\/","title":{"rendered":"CONTRIBUTION A L\u2019HISTOIRE DE LA C.N.T"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Un militant t\u00e9moigne\u00a0: 1946 \/ 1954<\/h1>\n\n\n\n<p>La CNT Val d\u2019Oise avait \u00e9dit\u00e9 en 1994 une brochure consacr\u00e9e au t\u00e9moignage d\u2019un militant qui avait particip\u00e9 aux d\u00e9buts de la CNT. Le t\u00e9moignage complet avait fait l\u2019objet d\u2019un livre \u00e9dit\u00e9 en 1974 (\u00ab\u00a0Un couple ouvrier traditionnel, la vieille garde autogestionnaire\u00a0\u00bb de Jacques Caroux-Destray aux \u00e9ditions Antropos).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont les mots d\u2019un syndicaliste qui a v\u00e9cu une \u00e9poque fondamentale, et peu connue, de l\u2019histoire de la CNT. Sa parole est critique, elle t\u00e9moigne d\u2019affrontements id\u00e9ologiques qui ne nous semblent pas totalement disparus.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Entretien avec Am\u00e9d\u00e9e (1974) extrait du livre pr\u00e9sent\u00e9 ci-dessus&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 son enfance, sa famille, son travail, les luttes ouvri\u00e8res, juin 1936, la guerre de 39-45, la r\u00e9volution espagnole et la Lib\u00e9ration, Am\u00e9d\u00e9e retrace l\u2019\u00e9volution du syndicalisme apr\u00e8s 1945&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les espoirs d\u00e9\u00e7us.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A la Lib\u00e9ration, surtout pour nous syndicalistes, et pour la majorit\u00e9 des copains, m\u00eame r\u00e9formistes, il y avait la possibilit\u00e9 de repartir d\u2019un bon pied et de reprendre \u00e0 la bourgeoisie, au gouvernement de l\u2019\u00e9poque. tous les avantages qui nous avaient \u00e9t\u00e9 repris depuis 1936. Mais seulement, le P.C. qui en 39 \u00e9tait un collaborateur, vu les accords russo-allemands. est devenu par la suite nationaliste. Il fallait retrousser ses manches, reb\u00e2tir la grande France&#8230; Une fois encore, comme \u00e0 la suite des gr\u00e8ves de 36&nbsp;: trahison de la part du PC et des autres partis politiques se r\u00e9clamant de la classe ouvri\u00e8re. Et alors, les gars ont repris le travail, ont retrouss\u00e9 leurs manches et m\u00eame les gars du b\u00e2timent qui avant repr\u00e9sentaient l\u2019aile active du syndicalisme ont accept\u00e9 l\u2019abandon de leurs vacances pour reb\u00e2tir la France. Donc, aucune possibilit\u00e9 \u00e0 un retour normal des choses. Pourtant, il aurait \u00e9t\u00e9 normal qu\u2019\u00e0 la Lib\u00e9ration, on remette debout tous les acquis du mouvement ouvrier qu\u2019on avait obtenu en 1936 et qu\u2019on restaure imm\u00e9diatement le pouvoir d\u2019achat de la classe ouvri\u00e8re, vu l\u2019\u00e9l\u00e9vation du co\u00fbt de la vie qui s\u2019\u00e9tait produite pendant les 5 ans qui s\u2019\u00e9taient \u00e9coul\u00e9s. Rien de cela n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis il y a eu la constitution du gouvernement tripartite, communistes, socialistes et le MRP, ce qui \u00e9tait un non-sens. Le communiste Croizat qui a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 ministre du Travail, sans abolir la loi de 40 heures, a \u00e9largi la possibilit\u00e9 d\u2019heures de travail \u00e0 un temps illimit\u00e9, puisqu\u2019il fallait relever la France. On a vu certaines usines de m\u00e9tallurgie ou autres o\u00f9 les gars couchaient dans l\u2019usine pour reprendre le boulot. On a vu des copains, qui avaient toujours \u00e9t\u00e9 des r\u00e9fractaires aux heures suppl\u00e9mentaires, en faire \u00e0 tout va. C\u2019est incompr\u00e9hensible. Alors que les gars avaient la possibilit\u00e9 d\u2019imposer leur volont\u00e9 \u00e0 la suite de la Lib\u00e9ration puisque malgr\u00e9 tout, les t\u00f4liers avaient tous plus ou moins trafiqu\u00e9 avec l\u2019occupant et s\u2019\u00e9taient fait des fortunes. Si les organisations syndicales avaient \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur de leur t\u00e2che, il \u00e9tait possible de re-transformer et de re-signer les accords qui avaient eu lieu en 1936. Les patrons auraient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 accepter cela plut\u00f4t que l\u2019on mettre le nez dans leurs salades. Tu sais, les ouvriers sont b\u00eates et ce n\u2019est pas encore demain qu\u2019ils r\u00e9viseront cette position. Il suffit simplement qu\u2019on leur fasse vibrer un peu la corde sensible ou la corde patriotique pour que les plus farouches r\u00e9volutionnaires se sentent devenir des nationalistes \u00e0 tout crin. On en a eu l\u2019exemple non seulement en 36, mais on en avait d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019exemple en 1914, par l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019Union Sacr\u00e9e de Jouhaux, de Griffuelhes, de Kropotkine. Il n\u2019y a qu\u2019une faible minorit\u00e9 r\u00e9volutionnaire qui est rest\u00e9e pacifiste en 1914&nbsp;: Monatte, Merrheim, pour ne citer que ceux l\u00e0 ont essay\u00e9, en tant que responsables syndicaux se r\u00e9clamant d\u2019id\u00e9es libertaires, de respecter leur dignit\u00e9 d\u2019homme. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, parmi les mouvements anarchistes, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Kropotkine, Malatesta, S\u00e9bastien Faure et d\u2019autres ont respect\u00e9 ce qu\u2019ils avaient toujours enseign\u00e9. Ca s\u2019est reproduit en 40, \u00e7a a toujours \u00e9t\u00e9 la m\u00eame histoire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cr\u00e9ation de la CNT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La CGT-SR1 n\u2019existait plus. En 1940, elle s\u2019\u00e9tait dissoute d\u2019elle-m\u00eame. Elle n\u2019avait plus d\u2019activit\u00e9, et comme elle n\u2019acceptait pas, elle, l\u2019int\u00e9gration, elle n\u2019avait plus aucune possibilit\u00e9 d\u2019action. Inutile de dire aussi que les militants qui composaient la CGT-SR, qui \u00e9taient responsables de l\u2019organisation, \u00e9taient marqu\u00e9s en tant que militants anarchosyndicalistes et qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable pour eux de prendre de la distanc\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pierre Besnard2, \u00e0 ce moment, vu les deux exp\u00e9riences de scission, estimait qu\u2019il \u00e9tait inutile de recr\u00e9er une nouvelle scission, qu\u2019il y avait assez de l\u2019existence de deux organisations, la CGT et la CFTC, et qu\u2019il fallait plut\u00f4t militer au sein de la CGT. que de reconstituer la CGT-SR. Les copains sont donc tous rest\u00e9s \u00e0 la CGT ou ont repris leur carte \u00e0 la CGT s\u2019ils avaient cess\u00e9 d\u2019\u00eatre organis\u00e9s pendant l\u2019Occupation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au bout d\u2019un certain temps, il est devenu impossible de continuer \u00e0 vivre dans les conditions impos\u00e9es par les communistes. Alors, on a d\u00e9cid\u00e9 la reconstitution de Comit\u00e9s de D\u00e9fense Syndicaliste. On se r\u00e9unissait rue de la Douane, parce que un copain qui \u00e9tait directeur d\u2019une coop\u00e9rative ouvri\u00e8re d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, au 6 rue de la Douane, avait l\u00e0 des locaux dont on pouvait disposer pour faire des r\u00e9unions. Ces Comit\u00e9s de D\u00e9fense Syndicaliste. ont eu un certain succ\u00e8s \u00e0 travers toute la France&nbsp;; A ce moment-l\u00e0, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 secr\u00e9taire des CDS et on avait des relations \u00e0 Toulouse, Marseille, Bordeaux, Angers, Lyon, enfin dans les principales villes de France.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019entr\u00e9e des trotskistes dans ces CDS a pos\u00e9 les m\u00eames probl\u00e8mes qui se sont toujours pos\u00e9s d\u00e9s qu\u2019on constituait un organisme ouvert \u00e0 tous. Du moment que tu \u00e9tais syndiqu\u00e9 et que tu estimais ne pas pouvoir subir l\u2019ing\u00e9rence des communistes au sein de. l\u2019organisation syndicale, les CDS \u00e9taient ouverts. Dans une certaine mesure, ceci a permis le groupement de copains qui ont constitu\u00e9 Force Ouvri\u00e8re. Nous avons donc d\u00fb, du fait que c\u2019\u00e9tait surtout nous, les copains anarcho-syndicalistes et les syndicalistes r\u00e9volutionnaires qui avions constitu\u00e9 ces CDS, les dissoudre pour pouvoir nous d\u00e9barrasser des trotskistes qui faisaient le m\u00eame travail au sein des comit\u00e9s que les communistes faisaient au sein des syndicats, avant la prise en main par eux de<\/p>\n\n\n\n<p><em>1 CGT-SR&nbsp;: Conf\u00e9d\u00e9ration G\u00e9n\u00e9rale du Travail &#8211; Syndicaliste R\u00e9volutionnaire, organisation constitu\u00e9e en 1926 et qui s\u2019auto dissous lors de la d\u00e9claration de la seconde guerre mondiale. D\u00e9s sa fondation, cette Conf\u00e9d\u00e9ration fut membre de l\u2019Association internationale des Travailleurs (AIT) cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Berlin en 1922.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>2 Pierre BESNARD&nbsp;: militant du courant anarcho-syndicaliste \/ syndicaliste r\u00e9volutionnaire, oppositionnel dans la CGT-U, un des membres fondateurs de la CGT-SR. Militant actif dans l\u2019AIT.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>l\u2019organisation conf\u00e9d\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite de la disparition des CDS, les anciens copains parisiens de la CGT-SR avaient malgr\u00e9 tout conserv\u00e9 l\u2019espoir de la reconstituer. Et ils s\u2019opposaient \u00e0 la position de Besnard qui voulait qu\u2019on milite au sein de l\u2019organisation et qui ne voulait pas en recr\u00e9er une nouvelle qui dans le fond n\u2019aurait pas la possibilit\u00e9 d\u2019avoir une activit\u00e9 sur le terrain syndical plus importante que ne l\u2019avait eue la CGT-SR. La CGT-SR. \u00e9tait toujours rest\u00e9e , comme toute organisation minoritaire, pour ainsi dire inefficace sur le plan syndical. Mais, \u00e0 ce moment-l\u00e0, les copains ont donc d\u00e9cid\u00e9 la formation de la F\u00e9d\u00e9ration Syndicaliste Fran\u00e7aise. Il y a eu quelques sections de reconstitu\u00e9es \u00e0 Bordeaux, Toulouse, Lyon, Marseille, Lille, Saint-Nazaire. Mais, malgr\u00e9 tout, sans grand succ\u00e8s. C\u2019\u00e9tait surtout les copains des M\u00e9taux qui l\u2019avaient constitu\u00e9e. A la F\u00e9d\u00e9ration Syndicaliste de Paris. les copains \u00e9taient environ 2 000 adh\u00e9rents. Ca faisait quand m\u00eame une bonne organisation pour un syndicat. Les copains du b\u00e2timent eux aussi se sont organis\u00e9s au sein de cette F\u00e9d\u00e9ration Syndicaliste et ont r\u00e9ussi \u00e9galement \u00e0 reconstituer le Syndicat Unifi\u00e9 du B\u00e2timent, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ancien SUB qui avait eu une activit\u00e9 tr\u00e8s importante apr\u00e8s la guerre de 1914, surtout au temps de l\u2019autonomie.<\/p>\n\n\n\n<p>En majorit\u00e9, nous \u00e9tions rest\u00e9s syndiqu\u00e9s \u00e0 la CGT mais nous gardions des contacts avec les copains et nous avions refait para\u00eetre, du temps des Comit\u00e9s de D\u00e9fense Syndicaliste, la \u00ab&nbsp;Bataille Syndicaliste&nbsp;\u00bb qui avait \u00e9t\u00e9 l\u2019organe de la CGT d\u2019avant la guerre de 14. Apr\u00e8s diff\u00e9rents copains qui en avaient assum\u00e9 la responsabilit\u00e9, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 administrateur de la \u00ab&nbsp;Bataille Syndicaliste&nbsp;\u00bb. On la faisait para\u00eetre chez Bidault, une imprimerie qui \u00e9tait rue de Bretagne et qui avant la guerre de 39 publiait la brochure mensuelle. C\u2019\u00e9tait un dr\u00f4le de boulot parce que nous n\u2019avions pas de linotypie. Tout \u00e9tait compos\u00e9 \u00e0 la main. On sortait sur quatre pages, en format de journaux de l\u2019\u00e9poque. Ca faisait du boulot. Il y avait automatiquement les articles de Pierre Besnard qui lui, \u00e9tait le copain capable, des articles de Foncier et de diff\u00e9rents copains qui \u00e9taient bien aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes arriv\u00e9s comme \u00e7a en 1945 \/ 1946 o\u00f9, \u00e0 la suite de la constitution de la F\u00e9d\u00e9ration Syndicaliste, vu l\u2019importance toute relative que prenaient le Syndicat des M\u00e9taux, le SUB et consort dans toutes les villes, les copains sont revenus \u00e0 leur id\u00e9e et nous avons fait une conf\u00e9rence nationale en mai 46 \u00e0 Paris o\u00f9 il fut d\u00e9cid\u00e9, malgr\u00e9 l\u2019opposition de Pierre Besnard et de quelques-uns dont moi-m\u00eame parce que j\u2019\u00e9tais partisan de rester \u00e0 la CGT (j\u2019estimais que c\u2019\u00e9tait une erreur de reconstituer la CGT-SR, de constituer la CNT). Certains copains voulaient reprendre le titre de la CGT-SR. Mais il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s connu et il a \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9. Les copains se sont ralli\u00e9s \u00e0 une proposition de Toulouse, je crois, de prendre le titre de CNT en souvenir de la lutte men\u00e9e par la CNT espagnole pendant la guerre civile. C\u2019\u00e9tait l\u2019organisation provisoire de la CNT, en pr\u00e9vision de la constitution d\u00e9finitive par un congr\u00e8s qui a \u00e9t\u00e9 tenu au mois de d\u00e9cembre 46. Les statuts ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9s et c\u2019est devenu en somme une organisation effective.<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite de l\u2019annonce de la constitution d\u2019une organisation syndicale s\u2019opposant \u00e0 la CGT., il y a eu afflux. A ce moment-l\u00e0, on avait un copain, Julien, qui avait constitu\u00e9 pendant l\u2019Occupation pour essayer de se lib\u00e9rer un peu et de ne pas risquer sa r\u00e9quisition par les arm\u00e9es d\u2019Occupation et son exp\u00e9dition en Allemagne une coop\u00e9rative ouvri\u00e8re de bijouterie, parce qu\u2019il \u00e9tait bijoutier de son m\u00e9tier et sa femme aussi. Sa coop\u00e9rative \u00e9tait rue Sainte Marthe. Il avait un logement qui lui servait d\u2019atelier et au rez de chauss\u00e9e il y avait une boutique qu\u2019il a mise \u00e0 notre disposition pour faire le si\u00e8ge de notre organisation. La CNT avait donc ses assises au 22 de la place Sainte-Marthe, dans le XX\u00b0 \u00e0 Belleville. Il y avait la queue. Les gars venaient se renseigner. Beaucoup de gens \u00e9taient tromp\u00e9s par le titre de CNT parce qu\u2019avant la guerre il y avait eu une Conf\u00e9d\u00e9ration Nationale du Travail qui avait son si\u00e8ge Boulevard Richard Lenoir et qui \u00e9tait une organisation de jaunes, c\u2019est-\u00e0-dire de briseurs de gr\u00e8ves. Et il venaient aussi ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 exclus de la CGT, qui avaient particip\u00e9 \u00e0 la Charte du Travail ou qui avaient tant soit peu soutenu le gouvernement de Vichy (qui eux aussi essayaient de se regrouper). Une fois, un ing\u00e9nieur d\u2019une usine de Melun est venu pour adh\u00e9rer \u00e0 la CNT avec cinquante adh\u00e9sions. \u00ab&nbsp;Mais avant toute chose, il faut que tu saches ce qu\u2019est l\u2019organisation et ses statuts&nbsp;\u00bb. On lui donne les cartes et les timbres. \u00ab&nbsp;Tu donneras connaissance des statuts de l\u2019organisation, ensuite tu feras payer les copains\u2026&nbsp;\u00bb. Le gars est parti. Et ma foi il nous a retourn\u00e9 le mat\u00e9riel qu\u2019on lui avait confi\u00e9, mais on ne l\u2019a jamais revu. Il s\u2019\u00e9tait tromp\u00e9. D\u2019apr\u00e8s ce que les copains ont pens\u00e9, \u00e7a devait \u00eatre un gars qui avait \u00e9t\u00e9 responsable d\u2019organisation \u00e0 la Charte du Travail. D\u2019ailleurs par la suite, ils ont constitu\u00e9 la CIT, Conf\u00e9d\u00e9ration Ind\u00e9pendante du Travail dont l\u2019organe \u00e9tait \u00ab&nbsp;Travail et Libert\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, les gars \u00e9taient attir\u00e9s par la CNT. Mais la difficult\u00e9 \u00e9tait que la majorit\u00e9 des copains responsables en province \u00e9taient en m\u00eame temps responsables de la F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste. Beaucoup par la suite on aussit\u00f4t accol\u00e9 \u00e0 la CNT l\u2019\u00e9tiquette anarchiste, ont dit qu\u2019il n\u2019y avait pas de raison de quitter la CGT qui \u00e9tait aux mains des communistes pour entrer dans une organisation tomb\u00e9e sous la coupe des anarchistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a eu des prises de contact, avant la constitution de FO ou \u00e0 la suite&nbsp;: avec Mourgues des PTT et Laurent de la F\u00e9d\u00e9ration Autonome des Chemins de Fer. On a d\u00e9sign\u00e9 une d\u00e9l\u00e9gation pour les rencontrer et ils ont discut\u00e9 des possibilit\u00e9s de l\u2019entr\u00e9e des PTT et de la F\u00e9d\u00e9ration Autonome des Cheminots dans la CNT. C\u2019\u00e9tait un dr\u00f4le de morceau. D\u2019apr\u00e8s le rapport qui nous a \u00e9t\u00e9 fait par la d\u00e9l\u00e9gation, \u00e7a tournait autour du pot. A un moment donn\u00e9, Jacquelin, qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque le secr\u00e9taire de la CNT dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ici, nous sommes entre militants, nous n\u2019avons donc pas \u00e0 mettre nos drapeaux dans notre poche. Vous savez tr\u00e8s bien qu\u2019\u00e0 lu CNT nous sommes des anarchistes et que nous avons constitu\u00e9 l\u2019organisation en tant qu\u2019anarchistes, pour recr\u00e9er l\u2019organisation syndicale r\u00e9volutionnaire qui est n\u00e9cessaire dans ce pays&nbsp;\u00bb. Automatiquement, il y a eu raidissement de la part de Mourgues et de Laurent. Le ton de la discussion a \u00e9volu\u00e9 et les d\u00e9l\u00e9gations des PTT. et des Cheminots se sont retir\u00e9s en disant qu\u2019ils en r\u00e9f\u00e9reraient \u00e0 leur conseil. On n\u2019en a jamais r\u00e9entendu parler. Les gars n\u2019\u00e9taient pas bons, surtout Mourgues qui n\u2019avait rien d\u2019un libertaire. Ils sont rentr\u00e9s par la suite \u00e0 FO.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La lutte entre les deux tendances de la CNT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Puisque la majorit\u00e9 avait d\u00e9cid\u00e9 la constitution de la CNT et qu\u2019on avait \u00e9t\u00e9 battus, j\u2019avais appliqu\u00e9 la d\u00e9cision. J\u2019ai donc adh\u00e9r\u00e9 et je faisais partie de la Commission Administrative Conf\u00e9d\u00e9rale. En m\u00eame temps, j\u2019assurais la responsabilit\u00e9 du Syndicat des Transports. Le congr\u00e8s constitutif s\u2019\u00e9tait tenu \u00e0 Paris en 46. En 48, il s\u2019est tenu \u00e0 Toulouse. Puis il y a eu le Congr\u00e8s extraordinaire de 49 \u00e0 Paris, auquel je n\u2019ai pu assister, sauf \u00e0 la derni\u00e8re journ\u00e9e, car j\u2019\u00e9tais \u00e0 la clinique, op\u00e9r\u00e9 de deux \u00e9ventrations. A cette \u00e9poque, une opposition \u00e9tait n\u00e9e au sein du syndicat. Elle s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 manifest\u00e9e, lors de la constitution de la CNT, au sujet de la discussion des statuts. Pierre Besnard avait \u00e9tabli une Charte&nbsp;: comme il y a eu la Charte d\u2019Amiens et la Charte de Lyon lors de la constitution de la CGTSR, il y eut la Charte de Paris lors de la constitution de la CNT. Et lors de la discussion sur ta Charte de Paris, il avait \u00e9t\u00e9 admis par le congr\u00e8s, dans le paragraphe sur l\u2019ind\u00e9pendance du syndicalisme, que l\u2019organisation \u00e9tait pour l\u2019ind\u00e9pendance du syndicalisme vis-\u00e0-vis de tous les partis politiques, sectes philosophiques ou religieuses, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il reprenait les termes de la Charte de Lyon et ceux de la Charte d\u2019Amiens. Cette question de l\u2019ind\u00e9pendance du syndicalisme tombait \u00e0 l\u2019article 7. Mais des copains sont intervenus et ont men\u00e9 la bagarre contre l\u2019adoption de l\u2019article 7 tel qu\u2019il \u00e9tait r\u00e9dig\u00e9, et ceci \u00e9tait men\u00e9 par les camarades anarchistes. Avant d\u2019\u00eatre syndicalistes, c\u2019\u00e9taient des anarchistes syndicalistes et non pas des syndicalistes r\u00e9volutionnaires ou des syndicalistes anarchistes. Dans l\u2019ensemble ils \u00e9taient donc majoritaires, puisque les copains de province \u00e9taient en m\u00eame temps responsables de la CNT et de la F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste. Bouyer \u00e9tait intervenu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si nous acceptons l\u2019article 7 dans sa teneur actuelle, il sera impossible \u00e2 un camarade responsable de la F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste d\u2019\u00eatre responsable de la Conf\u00e9d\u00e9ration&nbsp;; Nous ne pouvons l\u2019admettre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autre part, au congr\u00e8s de 49, Jacquelin a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 comme secr\u00e9taire, contre la candidature de Retaux qui ralliait le vote des syndicalistes r\u00e9volutionnaires, des syndicalistes libertaires. Retaux qui occupait ce poste \u00e9tait un responsable communiste qui ayant compris que sa place \u00e9tait ailleurs, s\u2019\u00e9tait tourn\u00e9 vers le syndicalisme et avait travaill\u00e9 dans ses rangs. Je n\u2019\u00e9tais pas d\u2019accord avec la position des copains qui s\u2019\u00e9taient retir\u00e9s. Puisqu\u2019il y avait eu opposition et victoire des anarchistes &#8211; moi, je disais des politiques &#8211; sur les syndicalistes r\u00e9volutionnaires, il \u00e9tait au contraire n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre \u00e0 la Commission Administrative justement pour faire revenir l\u2019organisation sur cette d\u00e9cision. Alors, je suis rest\u00e9 \u00e0 la Commission Administrative, ce qui fait que j\u2019\u00e9tais le seul repr\u00e9sentant en son sein de la tendance syndicaliste r\u00e9volutionnaire, et j\u2019\u00e9tais en but \u00e0 l\u2019animosit\u00e9 des autres parce que je n\u2019\u00e9tais pas d\u2019accord avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, nous avons \u00e9t\u00e9 battus et la r\u00e9daction de l\u2019article 7 \u00e9tait compos\u00e9e de telle fa\u00e7on que \u00e7a donnait m\u00eame la possibilit\u00e9 aux communistes de s\u2019emparer de la Conf\u00e9d\u00e9ration, parce qu\u2019il disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;La Conf\u00e9d\u00e9ration est ind\u00e9pendante de tout parti politique, sectes philosophiques ou religieuses ne se r\u00e9clamant pas de la lutte des classes&nbsp;\u00bb. C\u2019\u00e9tait la porte ouverte \u00e0 tout. A cause de cela, pas mal de copains &#8211; il y en a juste un qui a d\u00e9missionn\u00e9, Julien &#8211; qui \u00e9taient propos\u00e9s par leur syndicat \u00e0 la Commission Administrative, ont retir\u00e9 leur candidature. Apr\u00e8s, lors de l\u2019\u00e9lection de la Commission Administrative, ils ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des copains qui \u00e9taient anarchistes.<\/p>\n\n\n\n<p>On a donc continu\u00e9 \u00e0 se battre au sein de la CNT pour essayer de faire changer les statuts. Au congr\u00e8s de 1950, \u00e0 Bordeaux, on a d\u00e9sign\u00e9 la Commission Administrative et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lu secr\u00e9taire de la Conf\u00e9d\u00e9ration, tout en conservant ma responsabilit\u00e9 au sein du Syndicat des Transports. L\u00e0, nous avons r\u00e9nov\u00e9 le bureau. Entre-temps, Julien, sous la pression des copains et de moi-m\u00eame, avait r\u00e9int\u00e9gr\u00e9&nbsp;; il avait liquid\u00e9 sa coop\u00e9rative et \u00e9tait rentr\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;L\u2019Officiel&nbsp;\u00bb comme correcteur. Il avait du temps libre et il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 comme r\u00e9dacteur du \u00ab&nbsp;Combat Syndicaliste&nbsp;\u00bb. Yvette, une copine des employ\u00e9s, en \u00e9tait nomm\u00e9e administrative. A ce moment-l\u00e0, nous avons ressorti le \u00ab&nbsp;Combat Syndicaliste&nbsp;\u00bb qui avait une parution mensuelle. Julien et moi-m\u00eame sommes intervenus, par l\u2019interm\u00e9diaire des copains des PTT, aupr\u00e8s des PTT et du fisc, pour qu\u2019ils reconnaissent la \u00ab&nbsp;Bataille Syndicaliste&nbsp;\u00bb comme organe de F\u00e9d\u00e9ration, c\u2019est-\u00e0-dire pour ne pas payer d\u2019imp\u00f4t et b\u00e9n\u00e9ficier du tarif postal. Nous avions aussi demand\u00e9 \u00e0 la ville de Paris la reconnaissance du syndicat des Transports afin de pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier des tickets-mati\u00e8res pour les stencils, le papier, pour l\u2019impression du journal, au lieu d\u2019\u00eatre oblig\u00e9s de les acheter.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions r\u00e9ussi au Congr\u00e8s de 52 \u00e0 Lyon, \u00e0 faire admettre l\u2019article 7 selon sa r\u00e9daction initiale. Mais il \u00e9tait trop tard \u00e0 cause du travail fait par ceux qui nous avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Nous avions d\u00e9cid\u00e9, \u00e0 la suite du Congr\u00e8s de Paris de 49, de prendre des contacts avec les Autonomes. Les copains de Bordeaux avaient constitu\u00e9 un Comit\u00e9 d\u2019Action Syndicaliste qui comprenait forc\u00e9ment les copains de la CNT, certains camarades de FO, des copains Autonomes, des Municipaux. Les copains de Bordeaux contr\u00f4laient \u00e0 l\u2019\u00e9poque trente mille gars&#8230; Le bureau de ce Comit\u00e9 comprenait trois copains de la tendance anarcho-syndicaliste, un copain des Autonomes, un des Municipaux et un copain de FO. Donc le comit\u00e9 local \u00e9tait sous l\u2019influence des copains libertaires. .A Toulouse, c\u2019\u00e9tait pareil, \u00e0 Lyon, \u00e0 Saint-Nazaire, \u00e0 Saint-\u00c9tienne aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au mois de novembre,. le C.C.N.3 a donn\u00e9 ordre \u00e0 Bordeaux. ainsi qu\u2019aux autres, de se retirer du Comit\u00e9 d\u2019Action&nbsp;: il \u00e9tait anormal, de par les statuts de la conf\u00e9d\u00e9ration, d\u2019avoir des rapports avec des organisations r\u00e9formistes qui reconnaissaient l\u2019\u00c9tat, etc.. Ce qui a valu une chute verticale des adh\u00e9sions dans la r\u00e9gion bordelaise, dans la r\u00e9gion de Toulouse et ailleurs. La majorit\u00e9 des copains est soit partie dans la nature, soit a adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 Force Ouvri\u00e8re ou aux Autonomes. C\u2019\u00e9tait fini, il n\u2019y avait plus qu\u2019une minorit\u00e9 de copains qui ont continu\u00e9 \u00e0 militer. A Saint-\u00c9tienne, ils n\u2019ont pas tenu compte des d\u00e9cisions du CCN et ils ont continu\u00e9 leur travail. Ils avaient demand\u00e9 des subventions \u00e0 la ville, ce qui leur permettait d\u2019avoir une certaine activit\u00e9. La CNT \u00e9tait reconnue dans cette ville et avait une certaine importance. Ils s\u2019\u00e9taient bien d\u00e9brouill\u00e9s sur le plan local.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions aussi constitu\u00e9 en 1953, avec diff\u00e9rents copains, le Comit\u00e9 de D\u00e9fense Sociale et d\u2019Entraide dont j\u2019\u00e9tais le secr\u00e9taire. Il y a eu bagarre d\u00e9clench\u00e9e par Fauchois que nous avions pris au congr\u00e8s de Bordeaux comme secr\u00e9taire \u00e0 la propagande parce qu\u2019il pouvait voyager gratuitement du fait qu\u2019il \u00e9tait cheminot. Ca ne co\u00fbtait pas un sou \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration et \u00e7a lui a permis de faire un travail de sape en province et surtout \u00e0 Marseille. L\u00e0, ils ont men\u00e9 la lutte contre nous, non pas en tant que responsables de l\u2019organisation, mais en tant que responsables du Comit\u00e9 de D\u00e9fense Sociale et d\u2019Entraide, parce que nous avions consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire de constituer un comit\u00e9 de solidarit\u00e9 pour les militants qui \u00e9taient malades ou qui pouvaient \u00eatre victimes de la r\u00e9pression. En somme, nous avions pour but de nous insurger contre toute forme de r\u00e9pression ou d\u2019atteinte \u00e0 la libert\u00e9 de l\u2019individu. C\u2019est ainsi qu\u2019on a pris nettement position contre la guerre d\u2019Alg\u00e9rie. Nous avons \u00e9t\u00e9 les premiers, au Comit\u00e9 de D\u00e9fense Sociale, \u00e0 organiser un meeting aux Soci\u00e9t\u00e9s Savantes contre la guerre du Maroc, \u00e0 ce moment-l\u00e0. Apr\u00e8s il y a eu l\u2019affaire de Tunisie, la d\u00e9position du roi du Maroc et la r\u00e9volte alg\u00e9rienne. D\u00e8s le d\u00e9part, nous avions pris position l\u00e0-dessus.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sur ce point qu\u2019ils nous ont donc attaqu\u00e9s&nbsp;; tout individu de toute organisation pouvait adh\u00e9rer au Comit\u00e9 de D\u00e9fense Sociale&nbsp;; ce n\u2019\u00e9tait pas une organisation sp\u00e9cifique, c\u2019\u00e9tait une organisation de solidarit\u00e9, de d\u00e9fense de la libert\u00e9 de l\u2019individu. Tu avais des membres qui n\u2019avaient aucun rapport avec nous en tant que libertaires ou syndicalistes r\u00e9volutionnaires, ou simplement syndicalistes. Ils nous ont donc accus\u00e9s de toucher de l\u2019argent de l\u2019Am\u00e9rique. Les copains de province, \u00e0 Marseille, \u00e0 Lyon, qui \u00e9taient au courant de cette activit\u00e9 extra conf\u00e9d\u00e9rale \u00e9taient d\u2019accord avec nous, mais comme \u00e0 la CNT chaque syndicat avait une voix, quel que soit le nombre de ses adh\u00e9rents (c\u2019est normal en somme, sinon les petits syndicats sont \u00e9cras\u00e9s par les gros, mais cela permet l\u2019apparition de syndicats-fant\u00f4mes o\u00f9 il y a deux ou trois adh\u00e9rents qui comptent pour une voix), nous avons \u00e9t\u00e9 battus. A Lyon, les copains syndicalistes avaient \u00e9t\u00e9 mis dans l\u2019obligation de restreindre leur activit\u00e9 \u00e0 cause de l\u2019attaque postale o\u00f9 des flics ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. D\u2019apr\u00e8s l\u2019enqu\u00eate, \u00e7a avait \u00e9t\u00e9 fait par les copains espagnols et le mouvement s\u2019\u00e9tait trouv\u00e9 un peu d\u00e9capit\u00e9. Il est donc apparu une majorit\u00e9 contre le bureau conf\u00e9d\u00e9ral en exercice. Nous avons \u00e9t\u00e9 vis\u00e9s, et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 au secr\u00e9tariat de la conf\u00e9d\u00e9ration par Fauchois, en 56 au<\/p>\n\n\n\n<p><em>3 CCN&nbsp;: Comit\u00e9 Conf\u00e9d\u00e9ral National&nbsp;: Organe de coordination national de la CNT qui se r\u00e9unit r\u00e9guli\u00e8rement entre les Congr\u00e8s Conf\u00e9d\u00e9raux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>congr\u00e8s de Narbonne. Fauchois \u00e9tait secr\u00e9taire de la F\u00e9d\u00e9ration des Cheminots. II \u00e9tait de la tendance anarchiste mais nous ne savions pas ce qu\u2019il \u00e9tait vraiment car c\u2019est un gars qui ne s\u2019est syndiqu\u00e9 qu\u2019\u00e0 52 ans, alors qu\u2019il \u00e9tait pr\u00e9s de la retraite&#8230; Fauchois n\u2019\u00e9tait pas b\u00eate, il avait du bagou, mais il a \u00e9t\u00e9 impossible de savoir d\u2019o\u00f9 il venait. A ce momentl\u00e0, il travaillait au Nord. Il avait \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 par les copains des cheminots qui menaient une certaine activit\u00e9 \u00e0 la gare d\u2019Austerlitz o\u00f9 il y avait un bon noyau. Tu avais aussi des copains de l\u2019Est. Mais le plus fort noyau \u00e9tait \u00e0 Austerlitz. Par la suite, nous avons \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 nous s\u00e9parer des responsables de la section syndicale d\u2019Austerlitz parce qu\u2019ils ont eu des positions en d\u00e9saccord avec celles d\u2019un syndicaliste, m\u00eame ne se disant pas r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite du Congr\u00e8s de Narbonne, en 1956, le Bureau F\u00e9d\u00e9ral en exercice a donc \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un autre. C\u2019\u00e9tait la victoire de la tendance plus anarchiste que syndicaliste. Au d\u00e9part, lors du congr\u00e8s constitutif, victoire des anarchistes par le refus de l\u2019article 7 sur l\u2019ind\u00e9pendance du syndicalisme, et \u00e0 partir du congr\u00e8s de Toulouse en 48, reprise en main par la tendance syndicaliste, anarcho-syndicaliste et syndicaliste libertaire r\u00e9volutionnaire jusqu\u2019en 1952-54. A partir de ce moment-l\u00e0 renversement. Pourquoi&nbsp;? Parce que pendant le temps o\u00f9 nous avons \u00e9t\u00e9 \u00e0 la direction de l\u2019organisation syndicale, nous avons essay\u00e9 de r\u00e9orienter la Conf\u00e9d\u00e9ration sur le mouvement syndicaliste pur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Exclusion de la CNT<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le Congr\u00e8s de Narbonne, nous avons continu\u00e9 notre activit\u00e9 au sein de la deuxi\u00e8me r\u00e9gion &#8211; la r\u00e9gion parisienne &#8211; et au sein du Comit\u00e9 de D\u00e9fense Sociale et d\u2019Entraide. L\u00e0, forc\u00e9ment, opposition de plus en plus grande entre les deux tendances. Et nous arrivons au Congr\u00e8s de Marseille. Apr\u00e8s des discussions terribles, des empoignades verbales assez orageuses, diff\u00e9rents syndicats de la r\u00e9gion marseillaise et de la r\u00e9gion parisienne tels que le Syndicat des Employ\u00e9s, le Syndicat des Cheminots d\u2019Austerlitz, Saint-Lazare, Nord, Est, etc., et diff\u00e9rents syndicats de la r\u00e9gion de l\u2019Ouest, de Saint-Nazaire, Nantes, ont \u00e9t\u00e9 beaucoup plus loin. Ils ont demand\u00e9 l\u2019exclusion du Syndicat des Transports dont j\u2019\u00e9tais le secr\u00e9taire, du Syndicat du B\u00e2timent, du Syndicat des M\u00e9taux, qui \u00e9taient aux mains des syndicalistes r\u00e9volutionnaires et de la tendance anarcho-syndicaliste, mais beaucoup plus syndicaliste qu\u2019anarchiste. En d\u00e9finitive, ils demandent l\u2019exclusion de toute la tendance syndicaliste r\u00e9volutionnaire. A ce moment-l\u00e0, j\u2019ai cess\u00e9 toute activit\u00e9 puisque cela ne correspondait plus \u00e0 rien du tout en tant que syndicalisme tel que nous le concevions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Critique des positions prises par la CNT et de l\u2019anarcho-syndicalisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En 46, nous avions re\u00e7u du Minist\u00e8re du Travail des imprim\u00e9s \u00e0 remplir sur l\u2019activit\u00e9 de l\u2019organisation pendant l\u2019Occupation. Elle n\u2019existait pas mais la CGT-SR existait. En somme la CNT \u00e9tait la continuation de la CGT-SR. et elle avait la possibilit\u00e9 de demander la repr\u00e9sentativit\u00e9, au m\u00eame titre qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 la CGT et \u00e0 la CFTC J\u2019ai d\u00e9fendu cette position au sein de la Commission Administrative. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 de collaborateur, de r\u00e9formiste&#8230; Les imprim\u00e9s n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 remplis. Si nous avions eu la repr\u00e9sentativit\u00e9, lors de la r\u00e9partition des fonds syndicaux accumul\u00e9s par la Charte du Travail, nous aurions touch\u00e9 une partie de cette somme, ce qui nous aurait bien arrang\u00e9s pour pouvoir faire la propagande et l\u2019agitation n\u00e9cessaire, pour reprendre des mots d\u2019ordre sur des revendications qui \u00e9taient plus que n\u00e9cessaires. Les buts de la CNT \u00e9taient le retour imm\u00e9diat aux 40 heures, avec discussion pour la semaine de 30 heures, c\u2019est-\u00e0dire 6 heures par jour&nbsp;: la retraite \u00e0 50 ans&nbsp;; la S\u00e9curit\u00e9 Sociale gratuite pay\u00e9e par les patrons. Avant 46, il existait les Assurances Sociales institu\u00e9es en 1930 par Laval et que Croizat avait modifi\u00e9es sous le titre de S\u00e9curit\u00e9 Sociale. ce qui donnait la possibilit\u00e9 aux patrons, aux PDG de soci\u00e9t\u00e9s anonymes de b\u00e9n\u00e9ficier de tous les avantages de la S\u00e9curit\u00e9 Sociale&nbsp;; Ca permettait aux militaires, \u00e0 l\u2019\u00c9glise d\u2019en b\u00e9n\u00e9ficier. C\u2019est une honte. Et tout \u00e7a dans un but de propagande. pour attirer \u00e0 eux, aux \u00e9lections, la multitude des petits commer\u00e7ants, des techniciens, toute une partie de cette classe bourgeoise et semibourgeoise, au d\u00e9triment des ouvriers. Parce qu\u2019\u00e0 l\u2019heure actuelle, m\u00eame en ne payant que le ticket mod\u00e9rateur, un ouvrier a du mal \u00e0 se faire soigner, ou est oblig\u00e9 d\u2019aller \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, et les conditions dans lesquelles on est soign\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital sont le plus souvent d\u00e9plorables. Pour reprendre, j\u2019estimais qu\u2019en essayant d\u2019avoir la repr\u00e9sentativit\u00e9, \u00e7a nous donnait non seulement la possibilit\u00e9 de toucher les subventions de la Ville de Paris, d\u2019avoir droit \u00e0 des locaux \u00e2 la Bourse du Travail, mais aussi la possibilit\u00e9 d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 la presse et \u00e0 la radio au m\u00eame titre que la CGT, la CFTC et FO par la suite.<\/p>\n\n\n\n<p>En parlant de la presse, il y avait eu un article paru dans \u00ab\u00a0Vues et Images du Monde\u00a0\u00bb&nbsp;: *\u2019Les Anars m\u00e8nent la danse\u00a0\u00bb, o\u00f9 ils montraient un d\u00e9fil\u00e9 du 1<sup>er<\/sup>&nbsp;mai organis\u00e9 par la CGT. Il n\u2019y avait pas de banderoles et ils avaient mis la carte de la CNT en surimpression. Tu pouvais croire que c\u2019\u00e9tait les copains anarchistes. Cet article faisait ressortir l\u2019influence des anarchistes dans la constitution de la CNT. De plus, \u00e0 la suite du Congr\u00e8s. Jacquelin, le secr\u00e9taire de la F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste de Paris et Bouyer qui \u00e9tait aussi responsable, ont sorti \u00ab\u00a0Le Combat Syndicaliste\u00a0\u00bb. On a sorti 30 000 pour le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;mai 47 et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 un bouillon. Ca a vid\u00e9 nos possibilit\u00e9s de r\u00e9impression du journal. Ils se sont alors servi de la quatri\u00e8me page du \u00ab&nbsp;Libertaire&nbsp;\u00bb &#8211; l\u2019organe de la F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste &#8211; pour donner les informations de la CNT. Automatiquement, \u00e7a nous a mis une \u00e9tiquette dans le dos&nbsp;: anarchistes. C\u2019\u00e9tait fini.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, la C.N.T. \u00e9tant marqu\u00e9e \u00ab&nbsp;anarchiste&nbsp;\u00bb, c\u2019\u00e9tait termin\u00e9&nbsp;! Et le refus de la repr\u00e9sentativit\u00e9 nous coupait toute possibilit\u00e9 de nous exprimer ouvertement, l\u00e9galement. Les copains disaient que du moment qu\u2019ils ne reconnaissaient pas l\u2019\u00c9tat, ils \u00e9taient en accord avec leurs conceptions, mais en tant que responsables d\u2019organisation syndicale, c\u2019\u00e9tait une erreur. Parce que si le syndicat est r\u00e9volutionnaire dans sa finalit\u00e9, il est r\u00e9formiste dans son action journali\u00e8re. La moindre am\u00e9lioration est du r\u00e9formisme. C\u2019est une r\u00e9forme que tu apportes \u00e0 la structure actuelle de la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est quand m\u00eame une am\u00e9lioration dans une certaine mesure, mais pas toujours. Je vais te citer un exemple.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le Livre, janvier 1924 a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re gr\u00e8ve \u00e0 laquelle j\u2019ai particip\u00e9. Nous avions arrach\u00e9 l\u2019application de l\u2019\u00e9chelle mobile et en plus il avait \u00e9t\u00e9 admis qu\u2019en cas de force majeure &#8211; \u00e0 l\u2019\u00e9poque nous faisions 48 heures par semaine &#8211; on pouvait faire des heures suppl\u00e9mentaires. Les deux premi\u00e8res heures \u00e9taient major\u00e9es \u00e0 33%, la troisi\u00e8me \u00e0 50% et le reste \u00e0 100%. En 1931 ou 1933, je ne me souviens plus exactement, la F\u00e9d\u00e9ration du Livre a conclu un accord avec la Chambre Patronale des Ma\u00eetres Imprimeurs, boulevard Saint-Germain, o\u00f9 ils ont d\u00e9cid\u00e9 de payer tous les jours de f\u00eate. A l\u2019\u00e9poque, il y avait onze jours de f\u00eate&nbsp;: le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;janvier, P\u00e2ques, le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;mai, le 8 mai &#8211; f\u00eate de la victoire&nbsp;-, la Pentec\u00f4te, le 14 juillet, le 15 ao\u00fbt, la Toussaint, le 11 novembre, No\u00ebl et la Mi-Car\u00eame, je crois. En contre-partie, ils acceptaient l\u2019abandon de la majoration des heures suppl\u00e9mentaires. Lorsque Croizat \u00e9tait arriv\u00e9 au Minist\u00e8re du Travail, il avait accord\u00e9 les heures suppl\u00e9mentaires en tant que ministre communiste, et il avait d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019elles seraient major\u00e9es de 25% jusqu\u2019\u00e0 la quarante-huiti\u00e8me heure incluse, de 50% jusqu\u2019\u00e0 la cinquante-quatri\u00e8me et de 75% au-dessus de la cinquante-quatri\u00e8me. Dans les corporations autres que le Livre, les heures suppl\u00e9mentaires n\u2019\u00e9taient major\u00e9es que de 25%. Dans le Livre, le travail du dimanche ou des jours de f\u00eate \u00e9tait pay\u00e9 double. Avec l\u2019arr\u00eat\u00e9 Croizat, il n\u2019\u00e9tait plus pay\u00e9 que 50&nbsp;% le matin et 100&nbsp;% l\u2019apr\u00e8s-midi. Donc si tu fais le compte, pour le copain qui comme moi ne faisait que quarante heures par semaine &#8211; parce que depuis que la loi de quarante heures a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e dans le commerce et l\u2019industrie, en mai 1937, je me suis toujours arrang\u00e9 pour ne faire que quarante heures par semaine &#8211; c\u2019\u00e9tait un avantage, car avant seul le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;mai \u00e9tait pay\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 la loi P\u00e9tain, car le 1<sup>er<\/sup>&nbsp;mai, c\u2019est la Saint-Philippe&#8230; Mais pour les copains qui faisaient des heures suppl\u00e9mentaires, et \u00e0 l\u2019\u00e9poque, dans le Livre, tu avais des maisons o\u00f9 ils faisaient soixante-dix et quatre-vingts heures. Compte l\u2019\u00e9conomie de pognon que faisait le t\u00f4lier d\u2019un bout de l\u2019ann\u00e9e \u00e0 l\u2019autre&nbsp;! En d\u00e9finitive, s\u2019il payait les jours de f\u00eate des ouvriers, c\u2019\u00e9taient les ouvriers qui lui payaient ses vacances. C\u2019est pourquoi des r\u00e9formes ne sont pas toujours des am\u00e9liorations. Par la suite, ceci a entra\u00een\u00e9 le paiement des jours de f\u00eate dans les autres corporations&nbsp;: la M\u00e9tallurgie, le B\u00e2timent, se sont appuy\u00e9s sur cette r\u00e9forme, mais ils n\u2019ont obtenu que cinq jours. Et pour en b\u00e9n\u00e9ficier, il fallait que tu sois pr\u00e9sent au travail la veille et le lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019affaire des PTT et des Cheminots avaient \u00e9t\u00e9 aussi une erreur dans une certaine mesure, car les copains \u00e0 la CNT se d\u00e9claraient contre tout. Pour \u00e9viter toute contamination par la collaboration, la CNT refusait tout&nbsp;: elle refusait les comit\u00e9s d\u2019entreprise, elle refusait les conseils de prud\u2019hommes, les commissions paritaires. C\u2019est tout juste si elle acceptait les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s d\u2019atelier. Ce n\u2019\u00e9tait pas possible. Il y avait des copains du syndicat, de la M\u00e9tallurgie ou du SUB qui venaient pour avoir des renseignements juridiques&nbsp;: nous \u00e9tions dans l\u2019impossibilit\u00e9 de les renseigner parce que nous n\u2019avions pas ces renseignements, \u00e0 part ce qu\u2019on pouvait lire dans les journaux. On \u00e9tait oblig\u00e9 de les envoyer soit \u00e0 FO, soit \u00e0 la CGT. Ce n\u2019\u00e9tait pas possible, on ne remplissait plus le r\u00f4le qui nous \u00e9tait assign\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait donc condamn\u00e9s \u00e0 rester minoritaires, \u00e0 n\u2019avoir aucune influence dans le mouvement ouvrier. C\u2019est exactement le m\u00eame probl\u00e8me qui se pose actuellement, \u00e0 la suite des \u00e9v\u00e9nements de mai 68, avec la constitution de l\u2019Alliance Ouvri\u00e8re, compos\u00e9e d\u2019\u00e9tudiants, d\u2019hommes de la F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste et surtout du groupe Louise Michel, dont Joyeux est un peu l\u2019\u00e2me. Ils sont anarchistes, ils sont pour la r\u00e9volution. Mais ils sont anarchistes avant d\u2019\u00eatre syndicalistes&nbsp;; d\u2019ailleurs ils nient au syndicalisme (tout au moins au syndicalisme actuel) la possibilit\u00e9 d\u2019instaurer la soci\u00e9t\u00e9 libertaire. Je suis aussi oppos\u00e9 \u00e0 ces gens-l\u00e0 qu\u2019aux communistes. C\u2019est ce qui a fait qu\u2019au sein de la CNT, il y a eu friction entre eux et les copains syndicalistes r\u00e9volutionnaires qui \u00e9taient avant tout syndicalistes, qui \u00e9taient d\u2019\u00e9cole libertaire, sans \u00eatre anarchiste \u00e0 proprement parler. J\u2019\u00e9tais beaucoup plus anarchiste si tu veux, de 18 \u00e0 25 ans, jusqu\u2019en 36 m\u00eame, que par la suite. Apr\u00e8s 36, avec les responsabilit\u00e9s syndicales, je me suis aper\u00e7u que le travail \u00e9tait l\u00e0 et pas ailleurs. C\u2019\u00e9tait par le syndicat qu\u2019on pouvait arriver \u00e0 envisager la constitution d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 meilleure et tout le reste \u00e9tait de la foutaise. Le syndicat ne groupe en son sein que des producteurs, et qu\u2019est-ce qui fait la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;? Ce sont les producteurs. Avant d\u2019\u00eatre consommateur, il faut que tu sois producteur. Pour consommer il faut produire. D\u2019ailleurs, c\u2019\u00e9tait un peu l\u2019id\u00e9e de Pierre Besnard de constituer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019organisation professionnelle proprement dite des producteurs, l\u2019organisation des consommateurs. II fallait que les consommateurs et les producteurs soient ensemble pour d\u00e9finir en commun les n\u00e9cessit\u00e9s de production&nbsp;: ne pas produire plus qu\u2019il n\u2019\u00e9tait n\u00e9cessaire, mais ne pas produire moins non plus, \u00e0 seule fin que chacun ait la r\u00e9partition n\u00e9cessaire \u00e0 ses besoins.<\/p>\n\n\n\n<p>Les anarchistes au d\u00e9but n\u2019avaient pas vu les n\u00e9cessit\u00e9s du syst\u00e8me productif, mais la situation n\u2019\u00e9tait pas la m\u00eame. Il faut reconna\u00eetre qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 la philosophie anarchiste a pris naissance, il n\u2019y avait pas v\u00e9ritablement d\u2019industrie, il n\u2019y avait pas d\u2019ouvriers en somme. Tu avais des artisans qui avaient deux, trois ou quatre ouvriers. Et encore, bien souvent, c\u2019\u00e9tait les membres de la famille. L\u2019importance de l\u2019organisation syndicale des producteurs ne s\u2019est fait sentir qu\u2019apr\u00e8s la r\u00e9volution industrielle du 19<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle et au d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup>. Beaucoup de militants ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par la pens\u00e9e anarchiste. Au d\u00e9part, les anarchistes \u00e9taient surtout des individualistes. Ils ne voyaient pas la collectivit\u00e9. Ce n\u2019\u00e9tait pas pareil. Il a fallu une certaine \u00e9volution et la constitution, par la force des choses, de la classe ouvri\u00e8re, pour arriver \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de cette organisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019anarcho-syndicalisme comme dans tout mouvement, il y a eu des erreurs. Le principal reproche \u00e0 lui faire est surtout un manque d\u2019organisation et certaines r\u00eaveries. Dans le fond, je crois &#8211; ce n\u2019est pas l\u2019opinion de tous mais de certains dont je suis &#8211; qu\u2019on ne pourra instaurer l\u2019id\u00e9al libertaire tel que nous le concevons tant qu\u2019il n\u2019y aura pas eu auparavant \u00e9volution des individus, \u00e9volution de l\u2019homme, tant que l\u2019Homme n\u2019aura pas pris conscience de sa personnalit\u00e9 et de ce qu\u2019il repr\u00e9sente, c\u2019est \u00e0 dire tant qu\u2019il ne sera pas v\u00e9ritablement un Homme. Dans une certaine mesure, c\u2019est normal, tu ne peux pas faire une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 avec les m\u00eames individus. Il est obligatoire que l\u2019individu change de comportement, d\u2019esprit, et qu\u2019il voit v\u00e9ritablement les choses. Le christianisme a deux mille ans d\u2019existence et si nous nous rapportons aux \u00c9vangiles et \u00e0 tout le reste, ce que pensait le Christ n\u2019est pas encore r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut dire que l\u2019exp\u00e9rience de la CNT s\u2019est sold\u00e9e dans son ensemble par un \u00e9chec. Elle n\u2019a pas eu plus d\u2019influence que n\u2019a pu en avoir la CGT-SR On peut m\u00eame dire que la CGT-SR a eu plus d\u2019importance que la CNT du fait de la guerre civile d\u2019Espagne qui a cr\u00e9\u00e9 une certaine activit\u00e9 parmi les copains. La CNT a pourtant eu dans les deux premi\u00e8res ann\u00e9es de sa constitution un certain rayonnement, mais elle aurait pu en avoir un plus grand. Nous pouvons dire qu\u2019en 1947, elle groupait en France pas loin de 100 000 adh\u00e9rents. Par la suite, \u00e0 cause de la position trop rigide de l\u2019organisation, elle s\u2019est restreinte pour devenir squelettique et \u00e0 l\u2019heure actuelle elle n\u2019a plus d\u2019activit\u00e9 syndicale \u00e0 proprement parler. A force de tout refuser. on se condamne. La CNT existe toujours en tant que telle, avec son si\u00e8ge, rue de le Tour d\u2019Auvergne (parce que par la suite nous avions eu la possibilit\u00e9 par souscription de prendre une boutique au 30 de cette rue, gr\u00e2ce \u00e0 un copain peintre) .<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, depuis les \u00e9v\u00e8nements de 68, elle reprend gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019apport des jeunes qui ont \u00e9t\u00e9 enthousiasm\u00e9s en mai par la philosophie anarchiste. Ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la CNT et l\u00e0, tu trouves quand m\u00eame des \u00e9l\u00e9ments actifs, ne serait-ce que les camarades espagnols qui eux, participent toujours \u00e0 la vie active de l\u2019organisation. D\u2019ailleurs, le si\u00e8ge du \u00ab&nbsp;Combat Syndicaliste&nbsp;\u00bb qui est l\u2019organe de la CNT est maintenant transf\u00e9r\u00e9 au 24 de la rue Sainte- Marthe o\u00f9 le local appartient \u00e0 des copains espagnols.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 exclu de la CNT, j\u2019ai pris ma carte \u00e0 FO. J\u2019y suis rest\u00e9 un an. J\u2019\u00e9tais adh\u00e9rent au Syndicat du Livre puisque j\u2019\u00e9tais chez Golhen. En somme, j\u2019avais repris non pas mon m\u00e9tier, puisque je travaille dans un bureau, au service livraison et commandes, mais enfin j\u2019\u00e9tais revenu au Livre, sans travailler aux machines, du fait d\u2019ailleurs que je ne connaissais rien \u00e0 l\u2019h\u00e9liogravure, puisque le patron s\u2019y \u00e9tait sp\u00e9cialis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une partie de moi-m\u00eame qui est rest\u00e9e \u00e0 la CNT. M\u00eame encore aujourd\u2019hui &#8211; \u00e7a va faire bient\u00f4t pr\u00e9s de quinze ans &#8211; je regrette malgr\u00e9 tout la C.NT, comme des copains qui ont constitu\u00e9 la CGT-SR en 1926 regrettent toujours la CGT-SR. Pourquoi&nbsp;? Parce qu\u2019il y avait une ambiance, aussi bien \u00e0 la CGT-SR qu\u2019\u00e0 la CNT. Tous les militants se connaissaient. On savait ce qu\u2019on valait les uns les autres, on savait qu\u2019on pouvait compter sur l\u2019un et l\u2019autre. On formait un tout, m\u00eame malgr\u00e9 les bagarres qui pouvaient nous opposer avec les copains de la tendance sp\u00e9cifique. M\u00eame avec eux, nous avions une certaine camaraderie. Ils avaient cette position, c\u2019\u00e9tait leur droit, c\u2019\u00e9tait une lutte de tendances o\u00f9 chacun voulait faire dominer son point de vue. Mais, en dehors de \u00e7a, nous reconnaissions l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de l\u2019un et de l\u2019autre. Alors. \u00e7a nous a attrist\u00e9s, \u00e7a nous a vraiment marqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Une partie des copains qui ont quitt\u00e9 la CNT par la force des choses &#8211; puisque nous \u00e9tions exclus en tant que responsables des Syndicats du B\u00e2timent, des Transports, du Livre, des M\u00e9taux &#8211; est partie dans la nature puisqu\u2019ils n\u2019ont pas repris de carte. D\u2019autres, la majorit\u00e9, sont rentr\u00e9s \u00e0 FO pour la raison suivante&nbsp;: la majorit\u00e9 des copains de FO est de tendance socialiste et tu peux travailler beaucoup mieux avec les copains socialistes qu\u2019avec les copains communistes. II y a beaucoup plus de compr\u00e9hension, de libert\u00e9 oratoire, de libert\u00e9 de pens\u00e9e avec les ex-conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s, ceux qu\u2019on appelait les r\u00e9formistes, qu\u2019avec les ex-unitaires. Les copains pr\u00e9f\u00e9raient donc aller \u00e0 FO. Ils retrouvaient d\u2019anciens copains avec lesquels ils avaient milit\u00e9, parce qu\u2019il y avait pas mal de copains libertaires \u00e0 FO. Ca a permis \u00e0 certains de pouvoir faire un travail de propagande au sein des syndicats composant FO. Il est \u00e0 noter qu\u2019\u00e0 FO, tu as des syndicats qui ont une position plus r\u00e9volutionnaire que d\u2019autres, qui ont dans leur sein des copains de tendance libertaire ou m\u00eame de la tendance syndicaliste-lutte des classes, qui s\u2019\u00e9taient constitu\u00e9es apr\u00e8s les \u00e9v\u00e8nements de 36. En 37-38, une minorit\u00e9 s\u2019\u00e9tait ralli\u00e9e autour de comit\u00e9s syndicalisteslutte de classes.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis donc rest\u00e9 un an \u00e0 FO. I\u2019ambiance ne me convenait pas. Alors, j\u2019ai quitt\u00e9 FO et comme \u00e0 ce moment-l\u00e0 le patron est parti en province, il a chang\u00e9 son activit\u00e9 et il a modifi\u00e9 sa raison sociale. Il \u00e9tait imprimeur en h\u00e9liogravure, adh\u00e9rent \u00e0 la Chambre des Ma\u00eetres Imprimeurs du Boulevard Saint-Germain. Il a quitt\u00e9 pour adh\u00e9rer \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration du Papier-carton, aux sp\u00e9cialistes d\u2019impression d\u2019\u00e9tiquettes pour emballages et de transformation du papier. Au Papier-carton, il n\u2019y avait plus rien de comparable avec le Livre au point de vue syndical, pour les conventions syndicales, les us et coutumes de la corporation. Et comme il n\u2019y avait pas \u00e0 ce moment-l\u00e0 \u00e0 FO de Syndicat Papier-carton constitu\u00e9, j\u2019ai donc quitt\u00e9 FO pour me syndiquer \u00e0 la CGT.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis que je suis adh\u00e9rent \u00e0 la CGT au Papier-carton, je ne milite plus. Je me contente de payer mes cotisations, \u00e9tant tout seul au si\u00e8ge social \u00e0 Paris, puisque toute l\u2019activit\u00e9 de la maison se fait en province. Je ne connais pas de syndiqu\u00e9s de l\u00e0-bas. J\u2019ai cess\u00e9 toute activit\u00e9 dans l\u2019organisation syndicale proprement dite, mais je continue \u00e0 m\u2019occuper de la question dans l\u2019Union Syndicaliste que nous avons constitu\u00e9 avec les copains de FO, de la CGT, de la CFDT, dont le si\u00e8ge est rue Jean Robert, qui actuellement a pris des contacts avec l\u2019Alliance Syndicaliste qui s\u2019est constitu\u00e9e \u00e0 la suite des \u00e9v\u00e9nements de mai 68. [&#8230;.].<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notes&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>(1)&nbsp;: CGT-SR&nbsp;: Conf\u00e9d\u00e9ration G\u00e9n\u00e9rale du Travail &#8211; Syndicaliste R\u00e9volutionnaire, organisation constitu\u00e9e en 1926 et qui s\u2019auto dissous lors de la d\u00e9claration de la seconde guerre mondiale. D\u00e9s sa fondation, cette Conf\u00e9d\u00e9ration fut membre de l\u2019Association internationale des Travailleurs (AIT) cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Berlin en 1922. (2)&nbsp;: Pierre BESNARD&nbsp;: militant du courant anarcho-syndicaliste \/ syndicaliste r\u00e9volutionnaire, oppositionnel dans la CGT-U, un des membres fondateurs de la CGT-SR. Militant actif dans l\u2019AIT. (3)&nbsp;: CCN&nbsp;: Comit\u00e9 Conf\u00e9d\u00e9ral National&nbsp;: Organe de coordination national de la CNT qui se r\u00e9unit r\u00e9guli\u00e8rement entre les Congr\u00e8s Conf\u00e9d\u00e9raux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>EN GUISE D\u2019\u00c9PILOGUE&nbsp;: D\u2019HIER A AUJOURD\u2019HUI.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons le constater&nbsp;: ce t\u00e9moignage qui date de 1974 conserve une surprenante actualit\u00e9. Certes, la physionomie de la classe ouvri\u00e8re &#8211; et de l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 &#8211; a profond\u00e9ment chang\u00e9 . La place de la CNT \u00e9galement. Bien entendu, nous sommes tr\u00e8s loin du chiffre d\u2019adh\u00e9rents avanc\u00e9 par Am\u00e9d\u00e9e pour la fin des ann\u00e9es 1940&nbsp;: pr\u00e9s de 100 000 membres. Mais, depuis 68, la C.N.T. a r\u00e9alis\u00e9 des progr\u00e8s dans la voie de son implantation dans le mouvement social. Lentement, dans et hors les entreprises, la CNT \u00e9tend son r\u00e9seau organisationnel et propagandiste. Cependant, d\u2019immenses pas sont encore \u00e0 accomplir pour devenir une force significative. Un espace consid\u00e9rable s\u2019ouvre devant nous, li\u00e9 \u00e0 l\u2019effondrement du capitalisme d\u2019\u00c9tat dans les pays de l\u2019Est, au divorce constat\u00e9 entre. les travailleurs, les ch\u00f4meurs et la gauche institutionnelle. La crise \u00e9conomique mondiale et chronique du capitalisme s\u00e9cr\u00e8te un terreau propice \u00e0 la propagande syndicaliste r\u00e9volutionnaire. Dans ce contexte, il s\u2019agit de rendre cr\u00e9dible notre projet social autogestionnaire. Cette t\u00e2che ne sera men\u00e9e \u00e0 bien que si nous savons d\u00e9finir une identit\u00e9 syndicaliste claire, alliant \u00e0 un combat id\u00e9ologique permanent l\u2019affirmation constante de r\u00e9ponses, propositions pratiques, pertinentes, adapt\u00e9es \u00e0 la situation pr\u00e9sente du mouvement social. Outre cette pr\u00e9sence coh\u00e9rente dans le mouvement social, notre capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper une organisation syndicale diff\u00e9rente, \u00e0 la fois dans son fonctionnement (absence de permanents syndicaux) et dans son \u00e9thique, sera essentielle&nbsp;: le syndicat anticipe dans les faits la soci\u00e9t\u00e9 autogestionnaire \u00e0 laquelle nous aspirons&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce sens. le t\u00e9moignage d\u2019Am\u00e9d\u00e9e, c\u2019est \u00e0 dire la synth\u00e8se de sa pratique militante, ne peut que nous \u00eatre utile, Car si l\u2019histoire ne se r\u00e9p\u00e8te pas, chacun sait qu\u2019elle b\u00e9gaie&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Septembre 1994<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>CNT-f du Val d\u2019Ois<\/strong>e<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un militant t\u00e9moigne\u00a0: 1946 \/ 1954 La CNT Val d\u2019Oise avait \u00e9dit\u00e9 en 1994 une brochure consacr\u00e9e au t\u00e9moignage d\u2019un militant qui avait particip\u00e9 aux d\u00e9buts de la CNT. Le t\u00e9moignage complet avait fait l\u2019objet d\u2019un livre \u00e9dit\u00e9 en 1974 (\u00ab\u00a0Un couple ouvrier traditionnel, la vieille garde autogestionnaire\u00a0\u00bb de Jacques Caroux-Destray aux \u00e9ditions Antropos). 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