{"id":691,"date":"2010-09-01T20:00:01","date_gmt":"2010-09-01T18:00:01","guid":{"rendered":"https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/?p=691"},"modified":"2021-12-23T19:25:36","modified_gmt":"2021-12-23T18:25:36","slug":"histoire-de-la-cnt-de-1945-a-1950-1ere-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/2010\/09\/01\/histoire-de-la-cnt-de-1945-a-1950-1ere-partie\/","title":{"rendered":"Histoire de la CNT de 1945 \u00e0 1950 (1\u00e8re partie)"},"content":{"rendered":"\n<p>Article CNT-AIT 2006<\/p>\n\n\n\n<p>UNE COURTE APOG\u00c9E (1945 &#8211; ANN\u00c9ES 1950)<\/p>\n\n\n\n<p>jeudi 19 octobre 2006<br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Nous verrons dans cette premi\u00e8re partie comment la C.N.T., apr\u00e8s sa constitution, conna\u00eet une rapide apog\u00e9e. Elle fut \u00e9court\u00e9e par des probl\u00e8mes th\u00e9oriques et pratiques qui divis\u00e8rent la C.N.T. Ces divisions affaiblirent fortement l\u2019organisation et la plong\u00e8rent dans un isolement dont elle n\u2019est pas parvenu \u00e0 sortir.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1- Des d\u00e9buts prometteurs (1945-1949)<\/h3>\n\n\n\n<p><strong>a) Les anarcho-syndicalistes dans la C.G.T. (1945-mai 1946)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au sortir de la deuxi\u00e8me guerre mondiale, les anarcho-syndicalistes \u00e9taient entr\u00e9s \u00e0 la C.G.T. Les anciens adh\u00e9rents \u00e0 la C.G.T.-S.R., qui avait cess\u00e9 d\u2019exister pendant le conflit&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb1\">1<\/a>], dans un appel dat\u00e9 du 15 septembre 1944 adress\u00e9 aux syndicalistes r\u00e9volutionnaires, demand\u00e8rent en effet \u201cde faire, tous, l\u2019Unit\u00e9 Syndicale, compl\u00e8te, totale, absolue, qui nous donnera dans ce pays une seule Centrale Syndicale&nbsp;: la C.G.T.&nbsp;; dans le monde une seule Internationale dont peu importe son titre.\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb2\">2<\/a>]. Ainsi, plut\u00f4t que de faire rena\u00eetre une C.G.T.S.R., ses anciens adh\u00e9rents ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 former la F\u00e9d\u00e9ration Syndicaliste Fran\u00e7aise (F.S.F.) afin de regrouper tous les syndicalistes r\u00e9volutionnaires au sein de la C.G.T. Ils cr\u00e9\u00e8rent en m\u00eame temps un journal, L\u2019Action syndicaliste. Outre les anciens de la C.G.T.S.R., la F.S.F. \u00e9tait compos\u00e9e de jeunes issus de la r\u00e9sistance, tel que Raymond Beaulaton, ou bien encore d\u2019espagnols en exil en France. L\u2019importance de cette F.S.F. en terme d\u2019adh\u00e9rents est difficile \u00e0 \u00e9valuer. Selon Aim\u00e9 Capelle&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb3\">3<\/a>], on pouvait compter environ 2000 adh\u00e9rents rien que sur Paris. Toujours selon Capelle, la F.S.F. aurait surtout \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e par \u201cles copains des m\u00e9taux\u201d, et dans une moindre mesure par \u201cles copains du b\u00e2timent\u201d qui avaient reconstitu\u00e9 le S.U.B. (Syndicat Unifi\u00e9 du B\u00e2timent, principal syndicat de la C.G.T.S.R.). Des sections F.S.F. se sont constitu\u00e9es \u00e0 Paris, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Marseille, Lille, Saint-Nazaire. Une toute autre estimation de la F.S.F. est donn\u00e9e par l\u2019union locale de la C.N.T. de Bordeaux en novembre 1947&nbsp;: \u201cLa F.S.F. n\u2019eut pas grand succ\u00e8s. Elle ne groupa jamais plus de quelques centaines d\u2019adh\u00e9rents, -presque tous anciens de la C.G.T.S.R.- et surtout elle n\u2019eut aucune influence dans la C.G.T.\u201d. On peut ainsi affirmer que la F.S.F. n\u2019eut aucun poids au sein de la C.G.T., bien qu\u2019il soit difficile d\u2019\u00e9valuer pr\u00e9cis\u00e9ment ses effectifs. Si la F.S.F. semble \u00eatre une tendance de la C.G.T., ses statuts sont assez flous et m\u00eame proches de ceux d\u2019une centrale&nbsp;: \u201cArticle premier. -La F\u00e9d\u00e9ration Syndicaliste est organis\u00e9e sur la base de groupes locaux intersyndicaux, ou, \u00e0 d\u00e9faut, de groupes r\u00e9gionaux. D\u00e8s que le nombre de leurs membres le permet, les groupes doivent constituer des sections industrielles qui, elles-m\u00eame, devront s\u2019appuyer sur des sections d\u2019ateliers, chantiers ou bureaux.\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb4\">4<\/a>]. D\u2019apr\u00e8s cet article, il est donc possible de constituer dans une entreprise une section F.S.F. \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une section C.G.T. L\u2019article 2 montre \u00e9galement que la F.S.F. se pr\u00e9sente comme une organisation \u00e0 part enti\u00e8re plus que comme une tendance de la C.G.T.&nbsp;: \u201cArticle 2. -Les adh\u00e9rents des groupes peuvent \u00eatre membres d\u2019une Centrale Syndicale non adh\u00e9rente \u00e0 l\u2019A.I.T.[&#8230;]\u201d. Or, la F.S.F. est la seule section fran\u00e7aise de l\u2019A.I.T. (selon les statuts de l\u2019A.I.T., il ne peut y avoir qu\u2019une seule section par pays). Elle se pr\u00e9sente comme une organisation syndicale tout en autorisant ses membres \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 une autre centrale. Elle ne s\u2019affirme donc pas comme une tendance organis\u00e9e de la C.G.T., bien qu\u2019elle n\u2019existe qu\u2019au sein de cette derni\u00e8re. L\u2019objectif de la F.S.F. au sein de la C.G.T. n\u2019\u00e9tait autre que de s\u2019opposer \u00e0 sa direction, et de diffuser les id\u00e9es syndicalistes r\u00e9volutionnaires. L\u2019article fondamental des statuts de la F.S.F. pr\u00e9sente un condens\u00e9 du syndicalisme r\u00e9volutionnaire. Apparaissent les th\u00e8mes de \u201csuppression du patronat, d\u2019abolition du salariat et la disparition de l\u2019\u00c9tat\u201d. Elle vise l\u2019instauration d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur le \u201ccommunisme libre\u201d. Il para\u00eet d\u2019ailleurs plus judicieux de parler d\u2019anarcho-syndicalisme plut\u00f4t que de syndicalisme r\u00e9volutionnaire. A la lecture des statuts, il est peu probable que la F.S.F. ait pu recruter les syndicalistes r\u00e9volutionnaires regroup\u00e9s autour de la revue R\u00e9volution prol\u00e9tarienne. La F.S.F. affirme clairement son opposition aux partis politiques&nbsp;: \u201cSon action se d\u00e9roule en dehors de celle de tous partis politiques et en opposition avec ceux-ci\u201d (article fondamental). Il est \u00e9galement ajout\u00e9 qu\u2019\u201cen aucune fa\u00e7on, ils (les adh\u00e9rents de la F.S.F.) ne peuvent \u00eatre membres de partis politiques\u201d (article 2).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux extraits montrent la n\u00e9cessit\u00e9 de distinguer syndicalisme r\u00e9volutionnaire et anarcho-syndicalisme (m\u00eame si les anarcho-syndicalistes se d\u00e9signent comme syndicalistes r\u00e9volutionnaires). Pour les anarcho-syndicalistes, le syndicat se situe au-dessus du parti politique et s\u2019oppose \u00e0 ce dernier. En revanche, les syndicalistes r\u00e9volutionnaires tels que Pierre Monatte estiment que le syndicat doit \u00eatre ind\u00e9pendant du parti politique mais attribuent au parti un r\u00f4le r\u00e9volutionnaire (cette distinction renvoie \u00e0 l\u2019opposition qui \u00e9tait apparue lors du congr\u00e8s de la C.G.T.U. \u00e0 Saint-Etienne en 1922, avec d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la tendance anarcho-syndicaliste de Pierre Besnard et de l\u2019autre la tendance syndicaliste r\u00e9volutionnaire de Merrheim).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour diffuser ses id\u00e9es anarcho-syndicalistes, la F.S.F. cr\u00e9e un p\u00e9riodique, l\u2019Action syndicaliste (n\u00b01, mars 1945). D\u00e8s le num\u00e9ro 2 de l\u2019Action syndicaliste (avril 1945) appara\u00eet le th\u00e8me de la \u201cgr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale insurrectionnelle et expropriatrice\u201d. En lisant l\u2019organe de la F.S.F., on comprend tr\u00e8s clairement que les anarcho-syndicalistes ont pour priorit\u00e9 de lutter contre les dirigeants de la C.G.T. accus\u00e9s d\u2019avoir trahi les principes du syndicalisme r\u00e9volutionnaire, la lutte des classes et l\u2019action directe. La F.S.F. s\u2019opposa entre autres \u00e0 la bataille de production encourag\u00e9e par les dirigeants communistes de la C.G.T. Derri\u00e8re cette opposition \u00e0 la bataille de la production, appara\u00eet l\u2019opposition au th\u00e8me d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, contre lequel se battait d\u00e9j\u00e0 la C.G.T.-S.R. pendant l\u2019entre deux guerres (pour les anarcho-syndicalistes, reconna\u00eetre l\u2019existence d\u2019un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral revient \u00e0 nier la lutte des classes). La F.S.F. s\u2019insurgea \u00e0 plusieurs reprises contre la mod\u00e9ration revendicative de la direction c\u00e9g\u00e9tiste (pr\u00e9sence des ministres communistes au gouvernement oblige). Elle soutint notamment la gr\u00e8ve des rotativistes en janvier 1946 qui manifestaient un rejet de l\u2019orientation conf\u00e9d\u00e9rale. La F.S.F. protesta \u00e9galement face \u00e0 la prise de position des dirigeants conf\u00e9d\u00e9raux lors des \u00e9lections de 1945&nbsp;: le soutien aux candidats de gauche \u00e9tait en effet consid\u00e9r\u00e9 comme une trahison du principe de l\u2019ind\u00e9pendance du syndicalisme \u00e0 l\u2019\u00e9gard des partis politiques. Selon Roland Biard, les militants de la F.S.F. de Paris auraient r\u00e9dig\u00e9 un communiqu\u00e9 dat\u00e9 du 8 octobre 1945 appelant tous les syndicats et tous les syndiqu\u00e9s \u00e0 s\u2019insurger contre une telle attitude&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb5\">5<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 cette F.S.F., les anarcho-syndicalistes ont contribu\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation des Comit\u00e9s de D\u00e9fense Syndicalistes (C.D.S.). La F.S.F. ne pouvant recruter que des anarcho-syndicalistes compte-tenu de la rigidit\u00e9 de ses statuts, ceux-ci constitu\u00e8rent ces C.D.S. avec l\u2019aide d\u2019autres tendances minoritaires de la C.G.T., notamment des trotskistes du P.C.I. (Parti Communiste Internationaliste, section fran\u00e7aise de la IVi\u00e8me internationale). Les C.D.S. \u00e9taient ouverts \u00e0 tous ceux qui \u00e9taient oppos\u00e9s \u00e0 la main-mise des communistes sur la C.G.T. Le secr\u00e9taire \u00e9tait Aim\u00e9 Capelle (\u00e9galement \u00e0 la F.S.F.). Selon son t\u00e9moignage, des C.D.S. se seraient constitu\u00e9s \u00e0 Toulouse, Marseille, Bordeaux, Angers et Lyon. Les C.D.S. publiaient un journal, la Bataille syndicaliste, faisant ainsi allusion \u00e0 la C.G.T. d\u2019avant 1914. Aim\u00e9 Capelle avait \u00e9galement \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 administrateur de la Bataille syndicaliste. Le contenu de ce journal \u00e9tait relativement proche de celui de l\u2019Action syndicaliste, dans un souci de d\u00e9nonciation de la direction c\u00e9g\u00e9tiste, et de d\u00e9fense du principe de l\u2019ind\u00e9pendance du syndicalisme. Bien qu\u2019ouvert \u00e0 tous, ces C.D.S. semblent constitu\u00e9s principalement d\u2019anarcho-syndicalistes de la F.S.F., deux postes de responsabilit\u00e9 \u00e9tant attribu\u00e9s \u00e0 un militant de la F.S.F., et la Bataille syndicaliste pr\u00e9sentant de nombreux articles de Pierre Besnard. La prise en main de ces C.D.S. par les anarcho-syndicalistes se renforce d\u2019autant plus qu\u2019au d\u00e9but de novembre 1945, les trotskistes quittent ces comit\u00e9s. Cette rupture n\u2019aurait pas eu lieu \u00e0 propos de divergences id\u00e9ologiques, mais de la question de l\u2019adh\u00e9sion ou non \u00e0 ces C.D.S. de \u201ccamarades qui ne seraient pas de la C.G.T. ou la quitteraient\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb6\">6<\/a>]. Les anarcho-syndicalistes, majoritaires, refusaient l\u2019obligation pour les membres des C.D.S. de rester \u00e0 la C.G.T. quoi qu\u2019il arrive. Les trotskistes, mis en minorit\u00e9, quitt\u00e8rent alors ces C.D.S. pour se regrouper autour d\u2019une publication mensuelle, Front Ouvrier&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb7\">7<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi il existait deux organisations anarcho-syndicalistes au sein de la C.G.T.&nbsp;: la F.S.F., compos\u00e9e uniquement d\u2019anarcho-syndicalistes, et les C.D.S. domin\u00e9s par ces derniers. Leur travail d\u2019opposition \u00e0 la direction c\u00e9g\u00e9tiste fut bris\u00e9e par la nette pr\u00e9dominance des communistes. C\u2019est au congr\u00e8s du congr\u00e8s de la C.G.T. d\u2019avril 1946 que la scission se montra in\u00e9vitable. Lors de ce congr\u00e8s on assista \u00e0 un \u00e9crasement des minorit\u00e9s elles-m\u00eames divis\u00e9es. Pour r\u00e9duire ces minorit\u00e9s au silence, le bureau conf\u00e9d\u00e9ral et la commission administrative de la C.G.T. ont impos\u00e9 que seuls les syndicats d\u2019au moins 5000 adh\u00e9rents soient repr\u00e9sent\u00e9s directement au congr\u00e8s. Les petits syndicats \u00e9cart\u00e9s seraient repr\u00e9sent\u00e9s indirectement par les grands. Ce sont les communistes qui d\u00e9tiennent la direction de ces grands syndicats. C\u2019est donc avec une majorit\u00e9 d\u2019environ 4\/5 des voix que les communistes l\u2019emportent \u00e0 ce congr\u00e8s. A la suite du congr\u00e8s, l\u2019Action syndicaliste du 1er mai 1946 reproche aux chefs de la minorit\u00e9 F.O., repr\u00e9sent\u00e9e par L\u00e9on Jouhaux, d\u2019avoir accept\u00e9 des postes de direction de la C.G.T.&nbsp;: \u201cIls ont plac\u00e9 leur souci de conserver leurs fonctions au-dessus de leurs convictions personnelles et de leur honneur de militants\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Les nouveaux statuts vot\u00e9s lors de ce congr\u00e8s mettent fin \u00e0 la d\u00e9mocratie au sein de la C.G.T., mais \u00e9galement \u00e0 son ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis du P.C.F. Pour la F.S.F., la C.G.T. \u201cn\u2019est plus qu\u2019un instrument d\u2019oppression \u00e9conomique, au service d\u2019un parti et d\u2019un gouvernement communo-socialiste.[&#8230;] Elle ne sera plus la C.G.T. d\u00e9fendant les droits des travailleurs, orientant son action vers les fins traditionnelles du syndicalisme\u201d. Le titre de ce num\u00e9ro d\u2019Action syndicaliste r\u00e9sume \u00e0 lui seul la pens\u00e9e de la F.S.F.&nbsp;: \u201cLa C.G.T. est morte, la C.G.T.U. lui succ\u00e8de\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb8\">8<\/a>]. Il devenait d\u00e8s lors impossible pour les anarcho-syndicalistes de rester au sein de cette C.G.T.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019unit\u00e9 syndicale dans la C.G.T., qui avait \u00e9t\u00e9 souhait\u00e9e par les anciens de la C.G.T.S.R. dans leur appel du 15 septembre 1944, ne dura ainsi gu\u00e8re plus d\u2019un an. Toujours dans ce m\u00eame num\u00e9ro, la F.S.F. annonce la conf\u00e9rence de mai pour constituer la C.N.T. Avant m\u00eame qu\u2019elle soit constitu\u00e9e, il est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019elle adh\u00e9rera \u00e0 l\u2019A.I.T., tout comme l\u2019avait fait la F.S.F.&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb9\">9<\/a>]. Il faut cependant noter que cette d\u00e9cision de quitter la C.G.T. ne faisait pas l\u2019unanimit\u00e9 parmi les membres de la F.S.F. Aim\u00e9 Capelle, par exemple, \u00e9tait favorable au fait de rester \u00e0 la C.G.T. pour ne pas briser l\u2019unit\u00e9 syndicale, mais aussi parce que l\u2019\u00e9chec de la C.G.T.S.R. \u00e9tait encore pr\u00e9sent dans les esprits&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb10\">10<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b) La constitution de la C.N.T. (mai 1946- d\u00e9cembre 1946)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La conf\u00e9rence de mai, appel\u00e9e par la commission administrative de la F.S.F., se d\u00e9roula sur deux jours&nbsp;: le samedi 4 mai se tinrent les s\u00e9ances avec pour unique ordre du jour le probl\u00e8me syndical&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb11\">11<\/a>], et le 5 mai les C.D.S. organisaient une conf\u00e9rence \u00e0 laquelle \u00e9taient convi\u00e9s tous ceux qui voulaient d\u00e9fendre l\u2019ind\u00e9pendance syndicale et la libert\u00e9 du syndicalisme. Lors de cette conf\u00e9rence, il fut donc d\u00e9cid\u00e9 de dissoudre les C.D.S. et la F.S.F. pour cr\u00e9er la C.N.T. Les participants \u00e0 cette conf\u00e9rence \u00e9crivirent un \u201caux travailleurs fran\u00e7ais\u201d. On retrouve dans ce manifeste la th\u00e9matique anarcho-syndicaliste et la d\u00e9nonciation de la C.G.T. On peut supposer que Pierre Besnard a particip\u00e9 \u00e0 sa r\u00e9daction, ou du moins l\u2019a fortement influenc\u00e9e&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb12\">12<\/a>], dans la mesure o\u00f9 il est question de cr\u00e9er \u201cl\u2019organisation de la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale des consommateurs\u201d. Ce d\u00e9sir d\u2019organiser les consommateurs en parall\u00e8le d\u2019une organisation des producteurs, le syndicat, est en effet un des points essentiels de la th\u00e9orie de Pierre Besnard. On peut noter aussi la large place qu\u2019accorde ce manifeste \u00e0 la solidarit\u00e9 pour \u201cnotre s\u0153ur, la Conf\u00e9d\u00e9ration Nationale du Travail d\u2019Espagne, contrainte \u00e0 l\u2019exil par Franco.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Le si\u00e8ge de la C.N.T. fut (potentiellement) le m\u00eame que celui de la F.S.F., au 22, rue Sainte-Marthe dans le dixi\u00e8me arrondissement de Paris&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb13\">13<\/a>]. Il s\u2019agissait d\u2019un local pr\u00eat\u00e9 par Julien Toublet, un des fondateurs de la C.N.T. Dans l\u2019attente du congr\u00e8s constitutif qui devait se tenir les 7, 8 et 9 d\u00e9cembre 1946, l\u2019activit\u00e9 de la commission administrative (C.A.) et du bureau conf\u00e9d\u00e9ral (B.C.) consistait \u00e0 faire conna\u00eetre le plus largement possible la C.N.T. La C.A. se divisa en deux commissions&nbsp;: une commission de propagande compos\u00e9e de Aim\u00e9 Capelle, Souchay, Jacquelin, Geuffroy, Dimanche, Marie Giraud et Eug\u00e8ne Juhel, et une commission d\u2019organisation charg\u00e9e d\u2019\u00e9tablir une structure et de pr\u00e9parer le congr\u00e8s. Frament, Snappe, Zwikel, Lentente, Ren\u00e9 Doussot et Julien Toublet&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb14\">14<\/a>] ont particip\u00e9 \u00e0 cette commission. Si la naissance de la C.N.T. a \u00e9t\u00e9 relativement bien relay\u00e9e par la presse (publications de communiqu\u00e9s de presse&nbsp;; Radio-Luxembourg informant de sa cr\u00e9ation \u00e0 trois reprises&nbsp;; venue \u201cde nombreux journalistes fran\u00e7ais et \u00e9trangers\u201d au si\u00e8ge de la C.N.T.), ce travail de propagande reste n\u00e9anmoins limit\u00e9 en raison du manque de fonds. Le manifeste aux travailleurs fran\u00e7ais ne fut \u00e9dit\u00e9 qu\u2019\u00e0 1000 exemplaires, et seulement 60 000 tracts conf\u00e9d\u00e9raux ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s, sans compter cependant les initiatives locales. L\u2019Action syndicaliste parvient \u00e0 \u00eatre publi\u00e9 -difficilement- gr\u00e2ce aux fonds de la Bataille syndicaliste qui avait disparu apr\u00e8s la dissolution des C.D.S. Le journal re\u00e7oit d\u2019ailleurs en soutien de la part des syndicats et d\u2019individus, entre mai et novembre 1946, plus de 58 300 francs dont une bonne partie provient des syndicats S.U.B. et m\u00e9taux de Paris&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb15\">15<\/a>]. A ce mat\u00e9riel de propagande, il faut ajouter la propagande orale. Les membres du B.C. et de la C.A. tinrent en effet plusieurs r\u00e9unions publiques dans la r\u00e9gion parisienne ainsi qu\u2019en province et dont le bilan fut positif. Les circulaires conf\u00e9d\u00e9rales envoy\u00e9es aux diff\u00e9rents groupes t\u00e9moignent d\u2019un certain enthousiasme quant \u00e0 l\u2019avenir de la C.N.T.&nbsp;: \u201cNotre C.N.T. rencontre un succ\u00e8s inesp\u00e9r\u00e9 qui d\u00e9passe largement tous les espoirs que nous avions fond\u00e9s. [&#8230;] de toutes parts [&#8230;] de tous les milieux affluent des demandes de renseignement ou d\u2019adh\u00e9sion\u201d.&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb16\">16<\/a>] Selon Aim\u00e9 Capelle, \u201cil y avait la queue\u201d devant le si\u00e8ge, \u201cles gars venaient se renseigner\u201d. Pour satisfaire cet \u201cafflux\u201d, la C.A. d\u00e9signa deux permanents, Capelle et Juhel. Ce dernier fit aussi \u00e9tat dans son rapport du probl\u00e8me de p\u00e9nurie de cartes conf\u00e9d\u00e9rales du fait des nombreuses demandes d\u2019adh\u00e9sion. Si cet enthousiasme se retrouve dans les t\u00e9moignages et les archives conf\u00e9d\u00e9rales, il est cependant difficile de mesurer la r\u00e9alit\u00e9 de ce succ\u00e8s. Un rapport r\u00e9dig\u00e9 par l\u2019union locale de Bordeaux \u00e0 l\u2019occasion du congr\u00e8s de 1949, contredit ce succ\u00e8s&nbsp;: \u201cEn mai 1946, la F.S.F. se d\u00e9clare constitu\u00e9e en Conf\u00e9d\u00e9ration Nationale du Travail. Le fait passa \u00e0 peu pr\u00e8s inaper\u00e7u parce que la F.S.F. n\u2019avait pas su prendre place dans la C.G.T.\u201d. Cette remarque semble excessive tout comme pouvait l\u2019\u00eatre l\u2019enthousiasme de la C.A. Il est en revanche certain que la naissance de la C.N.T. ait suscit\u00e9 un int\u00e9r\u00eat, une curiosit\u00e9 chez les travailleurs. En effet, le journal Force Ouvri\u00e8re, de la tendance du m\u00eame nom, du 23 mai 1946, relate cet int\u00e9r\u00eat des travailleurs pour la C.N.T.&nbsp;: \u201cCertains de nos correspondants se sont \u00e9mus de divers communiqu\u00e9s parus dans la presse et consacrant la naissance de la nouvelle centrale syndicale, la Conf\u00e9d\u00e9ration Nationale du Travail [&#8230;]\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Or si cet int\u00e9r\u00eat pour la C.N.T. fut r\u00e9el et s\u2019il y eut de nombreuses adh\u00e9sions, il faut cependant noter que celles-ci \u00e9taient parfois des erreurs dues \u00e0 un manque d\u2019information sur ce qu\u2019\u00e9tait la C.N.T. Aim\u00e9 Capelle, dans son t\u00e9moignage, affirmait \u00e0 ce propos que certaines demandes d\u2019adh\u00e9sions venaient d\u2019adh\u00e9rents d\u2019une C.N.T. qui avait exist\u00e9 avant la guerre et qui \u201c\u00e9tait une organisation de jaunes\u201d, ou bien encore des individus exclus de la C.G.T. pour avoir particip\u00e9 \u00e0 la Charte du Travail sous Vichy. Ces syndicalistes n\u2019adh\u00e9r\u00e8rent bien entendu jamais \u00e0 la C.N.T. et cr\u00e9\u00e8rent par la suite la Conf\u00e9d\u00e9ration du Travail Ind\u00e9pendante dont l\u2019organe \u00e9tait Travail et Libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s sept mois d\u2019organisation, de structuration, se d\u00e9roule le congr\u00e8s constitutif de la C.N.T. tenu \u00e0 Paris, \u00e0 la salle Susset dans le dixi\u00e8me arrondissement, les 7-8 et 9 d\u00e9cembre. Les diff\u00e9rents rapporteurs pour ce congr\u00e8s sont Eug\u00e8ne Juhel pour l\u2019activit\u00e9 de la C.A. et du B.C., Ren\u00e9 Doussot pour la tr\u00e9sorerie, Pierre Besnard pour la \u201cCharte du syndicalisme r\u00e9volutionnaire\u201d et l\u2019A.I.T., Jacquelin pour les salaires et la dur\u00e9e du travail et enfin Bezard pour la question agraire. Le congr\u00e8s est peu important en soi. Il ne fait qu\u2019officialiser l\u2019existence de la C.N.T. Il est cependant n\u00e9cessaire de s\u2019arr\u00eater sur la Charte du syndicalisme r\u00e9volutionnaire, dite \u201cde Paris\u201d, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elle d\u00e9finit l\u2019orientation de la C.N.T., sa nature et ses rapports avec les autres organisations ouvri\u00e8res. Cette Charte de Paris n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019une copie conforme de la Charte de Lyon de la C.G.T.-S.R.&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb17\">17<\/a>]. Cette copie confirme l\u2019id\u00e9e que la C.N.T. n\u2019est que la continuit\u00e9 de la C.G.T.S.R. Pour autant, dans cette charte, il n\u2019est pas fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la C.G.T.S.R. et \u00e0 sa charte de Lyon mais \u00e0 la charte d\u2019Amiens. Si \u201cla C.N.T. est la continuation de la C.G.T. de 1906\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb18\">18<\/a>], c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle se r\u00e9clame de la charte d\u2019Amiens, la charte de Paris renforce n\u00e9anmoins l\u2019hostilit\u00e9 du syndicalisme \u00e0 l\u2019\u00e9gard des partis politiques et ne se limite pas \u00e0 la simple notion d\u2019ind\u00e9pendance du syndicalisme. En outre, la C.N.T., qui se pr\u00e9sente comme la seule v\u00e9ritable organisation r\u00e9volutionnaire, refuse l\u2019unit\u00e9 avec les autres organisations syndicales sur le terrain r\u00e9volutionnaire&nbsp;: \u201c[&#8230;] il est ind\u00e9niable que toute conjugaison de ces m\u00eames forces pour une lutte r\u00e9volutionnaire appara\u00eet inutile et vaine en raison de l\u2019opposition fondamentale des buts que se sont assign\u00e9es les diverses factions du syndicalisme\u201d. Elle reconna\u00eet en revanche la possibilit\u00e9 de r\u00e9unir les diff\u00e9rentes organisations syndicales \u201cdans une action corporative\u201d, \u201csur le terrain de l\u2019action quotidienne\u201d&nbsp;; autrement dit, la C.N.T. se prononce pour l\u2019unit\u00e9 \u00e0 la base, mais contre l\u2019unit\u00e9 au sommet&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb19\">19<\/a>]. Autre point important de cette charte, c\u2019est celui sur la \u201ccollaboration de classe\u201d&nbsp;: \u201ccondamnant la \u201ccollaboration des classes\u201d et le \u201csyndicalisme d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u201d, [&#8230;], le Congr\u00e8s pr\u00e9cise que la collaboration des classes est caract\u00e9ris\u00e9e par le fait de participer, dans des organismes r\u00e9unissant des repr\u00e9sentants des ouvriers, des patrons ou de l\u2019\u00c9tat, \u00e0 l\u2019\u00e9tude en commun des probl\u00e8mes \u00e9conomiques dont la solution apport\u00e9e ne saurait que prolonger, en la renfor\u00e7ant, l\u2019existence du r\u00e9gime actuel\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce passage pr\u00e9sente une sorte de consensus entre ceux qui sont pour les diff\u00e9rentes \u00e9lections professionnelles (d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du personnel, comit\u00e9s d\u2019entreprises) et ceux qui y sont oppos\u00e9s. Le fait de pr\u00e9ciser \u201c&#8230;\u00e0 l\u2019\u00e9tude en commun des probl\u00e8mes \u00e9conomiques&#8230;\u201d permet ainsi aux partisans de ces \u00e9lections de s\u2019y pr\u00e9senter puisqu\u2019elles sont cens\u00e9es d\u00e9fendre les travailleurs. Ce point de la charte limite par cette pr\u00e9cision la collaboration de classes aux organismes tels que le Bureau International du Travail, ou aux discussions sur les conventions collectives nationales. Malgr\u00e9 la libert\u00e9 laiss\u00e9e aux syndicats de se pr\u00e9senter \u00e0 ces \u00e9lections professionnelles, les organismes tels que les Comit\u00e9s d\u2019entreprises sont condamn\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne l\u2019organisation, d\u00e9termin\u00e9e par les statuts, la C.N.T. r\u00e9unit les syndicats en congr\u00e8s tous les deux ans. Pendant cette p\u00e9riode, elle est administr\u00e9e par une Commission administrative et par le Bureau conf\u00e9d\u00e9ral qui s\u2019occupe entre autres de la gestion du nouvel organe, le Combat Syndicaliste (n\u00b01, avril 1947). Dans l\u2019attente du congr\u00e8s, les unions r\u00e9gionales et les f\u00e9d\u00e9rations se r\u00e9unissent en comit\u00e9 conf\u00e9d\u00e9ral national (C.C.N.). Ses statuts ont surtout un int\u00e9r\u00eat dans la mesure o\u00f9 ils rendent impossible une \u00e9ventuelle prise de pouvoir au sein de l\u2019organisation. Le Bureau Conf\u00e9d\u00e9ral qui \u201cest l\u2019agent d\u2019ex\u00e9cution et de liaison de la C.N.T.\u201d, selon les statuts, ne peut en effet d\u00e9passer le r\u00f4le qui lui est attribu\u00e9. S\u2019il cherchait \u00e0 imposer une quelconque ligne politique, \u201cil peut \u00eatre suspendu par un C.C.N.\u201d. Ce C.C.N. consistant \u00e0 r\u00e9unir les Unions R\u00e9gionales, un groupe qui chercherait \u00e0 prendre le pouvoir devrait alors avoir conquis toutes les r\u00e9gions. La volont\u00e9 de rendre impossible une prise de pouvoir est \u00e9galement affirm\u00e9e par ce principe que \u201cchaque Syndicat repr\u00e9sent\u00e9 au Congr\u00e8s dispose d\u2019une voix\u201d quelque soit son nombre d\u2019adh\u00e9rents. Il ne suffit donc pas de conqu\u00e9rir les gros syndicats qui disposeraient de plusieurs voix pour avoir le pouvoir au sein de la C.N.T.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant cette premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019existence, la C.N.T. s\u2019est consacr\u00e9e principalement \u00e0 son organisation, \u00e0 sa structuration. Il faut attendre l\u2019ann\u00e9e suivante pour qu\u2019elle connaisse une activit\u00e9 r\u00e9ellement syndicale, lui permettant de se d\u00e9velopper.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>c) Une croissance rapide (1947-1949)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s son congr\u00e8s, la C.N.T. met en place une structure conf\u00e9d\u00e9rale compos\u00e9e de sections d\u2019entreprises, de f\u00e9d\u00e9rations, d\u2019unions locales et d\u2019unions r\u00e9gionales. Celles-ci montrent d\u2019ailleurs que la C.N.T. est implant\u00e9e sur tout le territoire national puisqu\u2019elles sont au nombre de 22. Sur le plan g\u00e9ographique, la C.N.T. semble principalement implant\u00e9e dans les r\u00e9gions parisienne, bordelaise et Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es. Les soixante-trois syndicats repr\u00e9sent\u00e9s au deuxi\u00e8me congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9ral sont r\u00e9partis sur trente-trois villes, dont treize dans le sud. A Paris, o\u00f9 la C.N.T. s\u2019est le plus d\u00e9velopp\u00e9, on compte une douzaine de syndicats&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb20\">20<\/a>]. A ce m\u00eame congr\u00e8s, les principales villes apr\u00e8s Paris, \u00e0 savoir Bordeaux, Toulouse et Marseille comptent respectivement sept, cinq et quatre syndicats. Si dans quelques r\u00e9gions la C.N.T. conna\u00eet une solide implantation, son existence est en revanche \u00e9ph\u00e9m\u00e8re dans certaines localit\u00e9s. Cela est parfois d\u00fb au fait que ces unions locales ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es par des exil\u00e9s espagnols comme par exemple \u00e0 Alger&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb21\">21<\/a>] et \u00e0 Tours. Mais l\u2019absence d\u2019adh\u00e9rents fran\u00e7ais a fait que ces espagnols ne purent continuer \u00e0 animer seuls ces sections avec le risque d\u2019expulsion.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le plan professionnel, ce sont les secteurs des m\u00e9taux, du b\u00e2timent et des cheminots qui ont connu le plus grand d\u00e9veloppement. Toujours \u00e0 ce congr\u00e8s, sont repr\u00e9sent\u00e9s douze syndicats des m\u00e9taux, dix du b\u00e2timent et cinq de cheminots (les six de Paris \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9s comme un). Ces trois secteurs ont d\u2019ailleurs chacun leur presse. La F\u00e9d\u00e9ration des Travailleurs du Rail (F.T.R.) dispose du Rail encha\u00een\u00e9&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb22\">22<\/a>] (n\u00b01, f\u00e9vrier 1947). Entre 1947 et 1949, Raymond Beaulaton est secr\u00e9taire de la F.T.R. et de l\u2019I.T.R. (Internationale des Travailleurs du Rail, affili\u00e9e \u00e0 l\u2019A.I.T.). Selon Beaulaton&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb23\">23<\/a>], cette f\u00e9d\u00e9ration aurait \u00e9t\u00e9 la plus importante. Lors du conseil national de la F.T.R., le 16 mai 1948 \u00e0 Paris, 110 syndicats sont repr\u00e9sent\u00e9s, chiffre qui serait encore inf\u00e9rieur \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 si l\u2019on en croit le compte-rendu&nbsp;: \u201c[&#8230;] s\u2019\u00e9tonne de ne voir que 110 syndicats repr\u00e9sent\u00e9s [&#8230;]\u201d. La f\u00e9d\u00e9ration industrielle des m\u00e9taux dispose quant \u00e0 elle d\u2019un organe trimestriel, C.N.T.-M\u00e9tallurgie. En r\u00e9alit\u00e9, cet organe f\u00e9d\u00e9ral est soutenu par le syndicat industriel des m\u00e9taux de la r\u00e9gion parisienne (S.I.M.R.P.) qui est le principal syndicat de cette f\u00e9d\u00e9ration. Le S.I.M.R.P. publie aussi un p\u00e9riodique, Action directe (n\u00b01, avril 1947). Les secr\u00e9taires de cette f\u00e9d\u00e9ration entre 1947 et 1950 sont successivement Jacquelin, Edouard Rotot et Rabret. Outre ces trois responsables, on peut \u00e9galement citer Ren\u00e9 Doussot, Le Bot et Maurice Joyeux qui appartiennent au conseil syndical des m\u00e9taux. Enfin, la troisi\u00e8me f\u00e9d\u00e9ration, celle du b\u00e2timent, ne publie pas de journal conf\u00e9d\u00e9ral. Seul le S.U.B. de Paris sort un bulletin, S.U.B., \u201cmensuel du Syndicat Unifi\u00e9 du B\u00e2timent et des travaux publics de la r\u00e9gion parisienne\u201d (n\u00b01, avril 1948). En 1950, ce journal n\u2019est plus qu\u2019un suppl\u00e9ment du Combat syndicaliste. Si la C.N.T. a pu s\u2019implanter dans certains secteurs professionnels, il faut pr\u00e9ciser en revanche que de nombreux syndicats ne sont que des unions locales d\u00e9sign\u00e9es comme telles ou comme intersyndicales et syndicats inter-corporatifs. Ces syndicats interprofessionnels sont au nombre de douze lors du congr\u00e8s de 1948.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette implantation g\u00e9ographique et professionnelle ne permet pas pour autant d\u2019\u00e9valuer les effectifs de la C.N.T. S\u2019ils sont importants, il est en revanche excessif d\u2019\u00e9valuer ses adh\u00e9rents \u00e0 100 000 en 1947 et 200 000 pour 1948&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb24\">24<\/a>]. Ces \u00e9valuations sont dues au \u201cbluff\u201d du bureau conf\u00e9d\u00e9ral&nbsp;: \u201cLe bureau conf\u00e9d\u00e9ral est l\u2019initiateur d\u2019une politique de bluff [&#8230;]. Exemple&nbsp;: le sous-secr\u00e9tariat de l\u2019A.I.T. [&#8230;] a envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019A.I.T. un rapport officiel, dont JACQUELIN a reconnu \u00eatre l\u2019inspiration, et qui d\u00e9clare officiellement que la C.N.T. d\u00e9passe 25000 adh\u00e9rents pour la seule r\u00e9gion parisienne. De tels proc\u00e9d\u00e9s sont inacceptables et dangereux\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb25\">25<\/a>]. Une autre \u00e9valuation, celle de Hamelet&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb26\">26<\/a>] semble plus r\u00e9aliste&nbsp;: entre 45 000 et 125 000. Si les adh\u00e9rents se comptent en milliers, il est probable que de nombreuses adh\u00e9sions ne furent que passag\u00e8res. Prenons l\u2019exemple de la sixi\u00e8me U.R. (Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es). Diff\u00e9rents courriers ou compte-rendus de congr\u00e8s r\u00e9gionaux t\u00e9moignent de plusieurs milliers d\u2019adh\u00e9rents. En 1947, dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 Mirande, secr\u00e9taire de cette U.R., l\u2019U.L. de Carcassonne \u00e9crit ceci&nbsp;: \u201cCher camarade, comme suite \u00e0 nos conf\u00e9rences tenues \u00e0 Carcassonne, j\u2019ai l\u2019avantage de te demander 500 cartes [&#8230;]. Veuille noter que ce chiffre est inf\u00e9rieur \u00e0 nos effectifs et que nous comptons d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 sur 3000 cartes pour 1947\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces adh\u00e9sions ne t\u00e9moignent pas de convictions anarcho-syndicalistes, elles correspondent plus \u00e0 un \u201cfeu de paille\u201d et sont de courtes dur\u00e9es. Ces 3000 adh\u00e9rents potentiels ne se retrouvent d\u2019ailleurs pas l\u2019ann\u00e9e suivante. En effet, lors du troisi\u00e8me congr\u00e8s de la 6\u00e8me U.R. tenu \u00e0 Perpignan, le 19 d\u00e9cembre 1948, le rapport de la tr\u00e9sorerie fait \u00e9tat de 5400 cartes dont 4530 rien que pour le syndicat du b\u00e2timent de Toulouse&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb27\">27<\/a>]. Ces deux indices montrent bien que les effectifs de la C.N.T. ne sont pas continus.<\/p>\n\n\n\n<p>Les adh\u00e9rents venus \u00e0 la C.N.T. sont certainement des syndicalistes d\u00e9\u00e7us par la C.G.T. Comme le note Xavier Frolan&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb28\">28<\/a>], \u201cen 1946, un militant de gauche n\u2019a le choix qu\u2019entre deux organisations pour se syndiquer&nbsp;: la C.G.T.-de plus en plus prise en main par le P.C.- et la C.N.T.&nbsp;! Tous ceux qui sont allergiques au P.C. [&#8230;] ont tendance \u00e0 rejoindre la C.N.T.\u201d. Ces adh\u00e9rents ne sont pas venus \u00e0 la C.N.T. par adh\u00e9sion aux id\u00e9es anarcho-syndicalistes, mais par un anti-communisme d\u2019une part, et d\u2019autre part parce que la C.N.T. est la seule centrale \u00e0 ne pas mod\u00e9rer ses revendications qui sont principalement le retour \u00e0 la semaine des 40 heures dans un premier temps puis l\u2019opposition \u00e0 la prime au rendement et \u201cattribution aux travailleurs d\u2019un ravitaillement r\u00e9ellement vital\u201d, propositions qui sont \u00e0 cette p\u00e9riode relativement bien re\u00e7ues.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces nombreuses adh\u00e9sions peuvent \u00e9galement trouver leur explication dans le climat social de 1947, ann\u00e9e qui connut de nombreuses gr\u00e8ves auxquelles la C.N.T. a parfois particip\u00e9. Les secteurs o\u00f9 l\u2019on trouve des traces de la participation de la C.N.T. sont essentiellement ceux de la m\u00e9tallurgie et des cheminots. Dans la m\u00e9tallurgie, on peut noter les gr\u00e8ves aux usines U.N.I.C. en juin \u00e0 Puteaux&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb29\">29<\/a>] (Hauts-de-Seine), mais surtout celle de la R\u00e9gie Renault en avril. Selon un article du Mouvement social&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb30\">30<\/a>], la C.N.T. aurait \u00e9t\u00e9 absente lors de cette gr\u00e8ve. Elle se serait implant\u00e9e \u00e0 la R.N.U.R. seulement en novembre pour \u201cfaire un peu de publicit\u00e9 sur son syndicat\u201d. L\u2019auteur de cet article ne s\u2019appuie que sur les archives de la R.N.U.R. qui t\u00e9moignent en effet d\u2019un d\u00e9p\u00f4t de statuts pour cr\u00e9er un syndicat C.N.T. \u00e0 la direction le 4 novembre par Rotot, secr\u00e9taire du S.I.M.R.P. Or dans Action directe de mai 1947 un article relate au contraire l\u2019action de la C.N.T. pendant la gr\u00e8ve d\u2019avril. S\u2019il n\u2019existait pas en avril de syndicat C.N.T. en terme de statut \u00e0 la R.N.U.R., les syndiqu\u00e9s C.N.T. travaillant dans cette usine ont en revanche particip\u00e9 \u00e0 la gr\u00e8ve avec comme mot d\u2019ordre \u201cunit\u00e9 d\u2019action encore plus parfaite\u201d tout en d\u00e9non\u00e7ant le caract\u00e8re politique de la C.G.T. li\u00e9e au P.C.F.<\/p>\n\n\n\n<p>La C.N.T a \u00e9galement particip\u00e9 aux gr\u00e8ves des cheminots de juin. Cette gr\u00e8ve est n\u00e9e avec des arr\u00eats de travail \u00e0 Villeneuve-Saint-Georges o\u00f9 les \u201couvriers qui n\u2019avaient pas pu se procurer le pain pour leur casse-cro\u00fbte eurent d\u00e9cid\u00e9 de cesser le travail\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb31\">31<\/a>]. Si Vincent Auriol a vu dans ces arr\u00eats de travail spontan\u00e9s l\u2019action souterraine de militants anarchistes&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb32\">32<\/a>], cette suspicion para\u00eet justifi\u00e9e. On peut en effet penser que la C.N.T. est l\u2019instigatrice de la gr\u00e8ve. Cette hypoth\u00e8se se v\u00e9rifie si l\u2019on prend en compte les t\u00e9moignages de Raymond Beaulaton&nbsp;: \u201cA l\u2019\u00e9t\u00e9 1947, sous l\u2019impulsion du petit syndicat C.N.T., les cheminots de Villeneuve-Saint-Georges se mettent en gr\u00e8ve, gr\u00e8ve qui devait rapidement s\u2019\u00e9tendre \u00e0 tout le pays.\u201d Cependant, il para\u00eet difficile d\u2019expliquer l\u2019ampleur du mouvement par la seule action de la C.N.T. Cette ampleur tient plus au fait que \u201cdes cheminots de plus en plus nombreux se soient lass\u00e9s de l\u2019attitude attentiste de la C.G.T., qui a soutenu les exhortations gouvernementales en faveur de la production [&#8230;]\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb33\">33<\/a>]. La F.T.R. fit l\u2019\u00e9loge de cette gr\u00e8ve dans le Combat syndicaliste&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb34\">34<\/a>] et f\u00e9licita l\u2019action spontan\u00e9e des cheminots qui ne se sont pas pr\u00e9occup\u00e9s des \u201cbonzes et fonctionnaires c\u00e9g\u00e9tistes\u201d. Dans ce m\u00eame num\u00e9ro, la F.T.R. d\u00e9nonce aussi la tentative des communistes de politiser la gr\u00e8ve&nbsp;: \u201cUn des faits les plus caract\u00e9ristiques de la gr\u00e8ve des cheminots est l\u2019attitude des politiciens, communistes et socialistes. Les premiers ne sont pas pour la gr\u00e8ve. Ils \u00e9taient contre, en apparence du moins. Au fond, ils sont bien contents qu\u2019elle g\u00eane le gouvernement Ramadier. Ils esp\u00e8rent m\u00eame qu\u2019elle servira \u00e0 le jeter bas. Ils d\u00e9sirent l\u2019exploiter dans les coulisses.\u201d<\/p>\n\n\n\n<p>Cette d\u00e9nonciation de la politisation de la gr\u00e8ve r\u00e9appara\u00eet lors des grandes gr\u00e8ves de novembre. Alors que la gr\u00e8ve continuait \u00e0 s\u2019\u00e9tendre pour devenir quasi-g\u00e9n\u00e9rale les 28 et 29 novembre, les cheminots de la C.N.T. sign\u00e8rent avec la C.F.T.C., la C.G.C., le C.A.S. et le S.P.I.D. une d\u00e9claration commune pour protester contre l\u2019utilisation \u00e0 des fins politiques du m\u00e9contentement des cheminots et r\u00e9clamer la libert\u00e9 du travail. La C.N.T., au niveau conf\u00e9d\u00e9ral, avait d\u00e9j\u00e0 pris position contre la gr\u00e8ve politique avant que le mouvement ne prenne cette ampleur. En effet, dans une circulaire conf\u00e9d\u00e9rale dat\u00e9e du 20 novembre 1947, le B.C. et la C.A. expliquaient les objectifs politiques de ces gr\u00e8ves pour la C.G.T. et le P.C.F. Elle ne s\u2019oppose pas \u00e0 la gr\u00e8ve en tant que telle mais \u00e0 sa politisation. Le mouvement de gr\u00e8ve \u00e9tant largement suivi par les cheminots, la C.N.T. se devait de nuancer ses propos afin de ne pas appara\u00eetre comme un syndicat de \u201cjaunes\u201d. Cette nuance se retrouve dans un tract sign\u00e9 avec F.O. (qui est encore une tendance de la C.G.T.), C.F.T.C. et la F\u00e9d\u00e9ration syndicaliste des P.T.T. ayant pour mot d\u2019ordre \u201cOUI \u00e0 la gr\u00e8ve revendicative, NON pour l\u2019agitation politique\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la C.N.T. parvient \u00e0 s\u2019implanter dans certains domaines, cela tient certainement plus \u00e0 ses activit\u00e9s l\u00e0 o\u00f9 elle est implant\u00e9e qu\u2019\u00e0 son discours jusqu\u2019au-boutiste, refusant tout compromis.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>d) Un discours radical<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les contenus des revendications et des mots d\u2019ordres de la C.N.T. sont assez originaux dans la mesure o\u00f9 tout ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme des acquis sociaux pour les travailleurs est rejet\u00e9 par la C.N.T. Qu\u2019il s\u2019agisse des conventions collectives, de l\u2019institution des comit\u00e9s d\u2019entreprises ou bien encore de la cr\u00e9ation de la s\u00e9curit\u00e9 sociale, toutes ces r\u00e9formes sont per\u00e7ues comme des moyens pour l\u2019\u00c9tat et le patronat d\u2019int\u00e9grer les organisations syndicales dans leurs organismes de \u201ccollaboration de classes\u201d, et qui en cons\u00e9quence freinent toutes actions revendicatives.<\/p>\n\n\n\n<p>Commen\u00e7ons par les conventions collectives. Ces derni\u00e8res limiteraient toute action revendicative des travailleurs puisqu\u2019elles r\u00e9sultent des n\u00e9gociations entre l\u2019\u00c9tat, le patronat et les organisations syndicales. \u00c9tant le fruit de n\u00e9gociations au sommet, les conventions collectives \u00e9chappent donc au contr\u00f4le de la base. A ces conventions collectives, la C.N.T. pr\u00e9f\u00e9rait \u201cles conventions particuli\u00e8res\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire des conventions propres \u00e0 chaque entreprise. Ces conventions particuli\u00e8res \u00e9taient pour la C.N.T. \u201cla conclusion d\u2019un \u00e9pisode restreint de la lutte des classes, sa mat\u00e9rialisation\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb35\">35<\/a>]. Les diff\u00e9rentes situations engendr\u00e9es par des conventions propres aux entreprises, permettaient selon la C.N.T., de stimuler l\u2019action ouvri\u00e8re dans une entreprise pour atteindre une meilleure situation existant ailleurs. Ces diff\u00e9rentes luttes constituent une \u201cauto-\u00e9ducation r\u00e9volutionnaire des travailleurs\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb36\">36<\/a>]. Le principal reproche que la C.N.T. adresse \u00e0 ces conventions collectives, c\u2019est qu\u2019elles freinent la capacit\u00e9 r\u00e9volutionnaire des travailleurs. Elles d\u00e9tournent ces derniers de l\u2019action revendicative, dont la gr\u00e8ve en est la manifestation, en int\u00e9grant les syndicats \u00e0 la table des n\u00e9gociations. Or, pour la C.N.T., ces n\u00e9gociations autour des conventions collectives ne sont ni plus ni moins qu\u2019une abdication des organisations syndicales face au patronat et \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Dans l\u2019esprit de la C.N.T. il est impossible de se dire r\u00e9volutionnaire et d\u2019accepter en m\u00eame temps de n\u00e9gocier. Ces n\u00e9gociations repr\u00e9sentent aux yeux des militants anarcho-syndicalistes la n\u00e9gation de la lutte des classes. Les conventions \u201cn\u2019ont pour but que la p\u00e9rennit\u00e9 du r\u00e9gime capitaliste\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb37\">37<\/a>], dans la mesure o\u00f9 elles l\u00e9gitiment le profit en fixant une parit\u00e9 entre ce dernier et les salaires.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre r\u00e9forme qui vise \u00e0 limiter une hypoth\u00e9tique pouss\u00e9e r\u00e9volutionnaire des travailleurs est l\u2019institution des comit\u00e9s d\u2019entreprises. Ces comit\u00e9s d\u2019entreprises ne sont pour la C.N.T. qu\u2019un instrument pour int\u00e9grer les syndicats \u00e0 la gestion de l\u2019entreprise. Or, dans une \u00e9conomie capitaliste, participer \u00e0 la gestion d\u2019une entreprise qui tire son profit du travail salari\u00e9 traduit aux yeux de la C.N.T. la \u00ab\u00a0collaboration de classes\u00a0\u00bb. Par ailleurs, puisque les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s au comit\u00e9 d\u2019entreprise n\u2019ont aucun pouvoir d\u00e9cisionnel, ils ne servent \u00e0 rien, sinon \u00e0 leurrer les travailleurs. Seules l\u2019action directe et la gr\u00e8ve peuvent exercer une pression sur l\u2019employeur. Dans son article intitul\u00e9 \u201cA bas les comit\u00e9s d\u2019entreprises&nbsp;!\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb38\">38<\/a>], Henri Bouy\u00e9 r\u00e9sume la vision de la C.N.T.&nbsp;: \u201cIl n\u2019y a pas de demi-mesures&nbsp;: ou bien la transformation sociale est r\u00e9alisable par \u00e9tapes, et alors le Comit\u00e9 d\u2019Entreprise pourrait \u00eatre une bonne chose, il faudrait y entrer. Ou bien, tout compromis avec la bourgeoisie poss\u00e9dante et l\u2019\u00c9tat retarde cette transformation, et la R\u00e9volution demeure la seule voie de lib\u00e9ration pour le peuple. Le syndicalisme r\u00e9volutionnaire ne saurait emprunter une autre voie que cette derni\u00e8re. Les militants n\u2019iront pas se pourrir dans des organismes dont la constitution, en fin de compte, prolonge la dur\u00e9e d\u2019une exploitation du travail \u00e0 laquelle ils font la guerre.\u201d. Cependant, au congr\u00e8s de 1950, la participation aux Comit\u00e9s d\u2019Entreprises est tol\u00e9r\u00e9e. Le congr\u00e8s se prononce en effet pour une \u201cparticipation circonstancielle laiss\u00e9e au contr\u00f4le des U.L.\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb39\">39<\/a>]. Toujours \u00e0 ce congr\u00e8s, la C.N.T. se prononce par ailleurs pour la participation aux \u00e9lections de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du personnel, ces \u00e9lections ne constituant pas pour autant un but en soi et la participation \u00e0 celles-ci ne devant donc pas \u00eatre syst\u00e9matiques. Il est \u00e0 noter enfin que dans les articles relatifs \u00e0 ces comit\u00e9s d\u2019entreprise il n\u2019est jamais fait allusion aux comit\u00e9s mixtes \u00e0 la production ou comit\u00e9s de gestion qui se sont instaur\u00e9s \u00e0 la Lib\u00e9ration&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb40\">40<\/a>], except\u00e9 un article consacr\u00e9 aux Usines Berliet&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb41\">41<\/a>]. Les Usines Berliet ont \u00e9t\u00e9 une des principales usines o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli un comit\u00e9 de gestion&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb42\">42<\/a>]. Or, dans cet article, la C.N.T.&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb43\">43<\/a>] nie l\u2019id\u00e9e selon laquelle il y aurait eu une gestion ouvri\u00e8re. Le silence de la C.N.T. sur les autres exp\u00e9riences de comit\u00e9s de gestion pourrait s\u2019expliquer par sa critique du mod\u00e8le des Usines Berliet. Il est en effet possible que sa critique de ce mod\u00e8le se g\u00e9n\u00e9ralise \u00e0 tous les autres&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb44\">44<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, la derni\u00e8re et principale r\u00e9forme de l\u2019apr\u00e8s-guerre \u00e0 laquelle s\u2019oppose la C.N.T., est la cr\u00e9ation de la s\u00e9curit\u00e9 sociale. En la critiquant, la C.N.T. se distingue des autres organisations ouvri\u00e8res pour qui la s\u00e9curit\u00e9 sociale est une manifestation de la solidarit\u00e9 entre les travailleurs. Elle refuse l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat dans la gestion des caisses&nbsp;: celles-ci ne doivent \u00eatre g\u00e9r\u00e9es que par les travailleurs. La C.N.T. s\u2019oppose \u00e9galement \u00e0 l\u2019id\u00e9e que les travailleurs devraient cotiser \u00e0 ces caisses, ces cotisations devant \u00eatre pour elle \u00e0 la charge des employeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attitude de la C.N.T. \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces r\u00e9formes t\u00e9moigne de son refus de tout compromis avec l\u2019\u00c9tat et le patronat. Elle adopte un discours radical qui exclut toute possibilit\u00e9 d\u2019entente. Ce discours s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 du rejet de l\u2019id\u00e9e d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, qui sous-entend la possibilit\u00e9, par le biais de n\u00e9gociations, de satisfaire les int\u00e9r\u00eats des employeurs et des travailleurs. Ces diff\u00e9rentes r\u00e9formes ne repr\u00e9sentent donc en rien une am\u00e9lioration ou un acquis social pour les travailleurs. Si la C.N.T. rejette ces r\u00e9formes, elle n\u2019oublie pas pour autant que le syndicalisme doit \u0153uvrer quotidiennement pour l\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie des travailleurs. Elle se positionne en effet pour le retour imm\u00e9diat aux quarante heures (les horaires hebdomadaires pouvant atteindre parfois les cinquante heures, voire plus), et pour la semaine de trente heures un second temps&nbsp;; pour une hausse des salaires, mais une hausse qui doit \u00eatre uniforme, c\u2019est-\u00e0-dire qui ne doit pas \u00e9tablir de hi\u00e9rarchie entre les travailleurs. La hi\u00e9rarchie des salaires est aussi un th\u00e8me combattu par la C.N.T. Non seulement, elle est un facteur de division, mais d\u2019un point de vue \u00e9conomique elle provoque une baisse du pouvoir d\u2019achat des plus pauvres, suite \u00e0 la hausse des salaires d\u2019une partie des travailleurs qui engendre une hausse des prix. Cette hi\u00e9rarchisation des salaires est un moyen de hi\u00e9rarchiser les emplois entre eux. Or, selon les anarcho-syndicalistes, la hi\u00e9rarchisation des emplois ne repose sur aucun crit\u00e8re. C\u2019est dans cette logique que la C.N.T. r\u00e9clame l\u2019\u00e9galit\u00e9 \u00e9conomique qui ne peut se r\u00e9aliser dans l\u2019imm\u00e9diat que par \u201cdes augmentations uniformes en fonction de l\u2019indice des prix\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb45\">45<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la mesure o\u00f9, pour la C.N.T., le climat social de la fin des ann\u00e9es quarante peut basculer \u00e0 tout moment en crise r\u00e9volutionnaire, la participation des autres syndicats \u00e0 ces organismes constitue une capitulation et une trahison des buts poursuivis par le syndicalisme r\u00e9volutionnaire tels qu\u2019ils sont inscrits dans la charte d\u2019Amiens, \u00e0 savoir l\u2019expropriation du capitalisme et la prise en main des moyens de production par la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 son discours radical, la C.N.T., d\u00e8s sa cr\u00e9ation, a su s\u2019implanter dans le champ syndical fran\u00e7ais, en sachant profiter du climat social, et de la situation syndicale puisqu\u2019elle \u00e9tait la seule centrale syndicale r\u00e9volutionnaire en dehors de la C.G.T. Elle esp\u00e9rait d\u2019ailleurs -compte tenu de cette situation- attirer \u00e0 elle les syndicats autonomes. Mais la naissance de la C.G.T.-F.O. changea la donne et posa \u00e0 nouveau le d\u00e9licat probl\u00e8me de l\u2019unit\u00e9 syndicale.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2- Unit\u00e9 syndicale ou unit\u00e9 des syndicalistes r\u00e9volutionnaires&nbsp;? (1946-1950)<\/h3>\n\n\n\n<p>Il est important de consacrer une partie \u00e0 ce th\u00e8me de l\u2019unit\u00e9 syndicale, dans la mesure o\u00f9 il anima la vie conf\u00e9d\u00e9rale d\u00e8s 1947 et plus particuli\u00e8rement \u00e0 partir de la fin de 1948. Le probl\u00e8me de l\u2019unit\u00e9 syndicale se pose \u00e0 la C.N.T. dans un premier temps avec les syndicats autonomes qu\u2019elle esp\u00e8re int\u00e9grer. Mais la cr\u00e9ation de Force Ouvri\u00e8re mit fin aux espoirs de la C.N.T.\u00a0: elle \u00e9tendra le probl\u00e8me de l\u2019unit\u00e9 syndicale \u00e0 tous les syndicalistes hostiles \u00e0 la C.G.T. et se r\u00e9clamant de l\u2019ind\u00e9pendance du syndicalisme. Nous verrons alors que l\u2019unit\u00e9 provoqua au sein de la C.N.T. des divergences th\u00e9oriques, aboutissant m\u00eame \u00e0 des exclusions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>a) Rapports entre la C.N.T. et les autonomes (1947-1948)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les syndicats autonomes se sont cr\u00e9\u00e9s pour les m\u00eames raisons que la C.N.T.&nbsp;: ils refusaient la main-mise des communistes sur la C.G.T. Mais au lieu de se conf\u00e9d\u00e9rer, ces syndicats ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l\u2019autonomie. Les principaux syndicats autonomes sont la F\u00e9d\u00e9ration syndicaliste des P.T.T. dirig\u00e9e par Mourgu\u00e8s, le Comit\u00e9 d\u2019action syndicaliste (C.A.S.) des cheminots cr\u00e9\u00e9 en juillet 1947 avec Laurent, et le C.A.S. des m\u00e9taux men\u00e9 par Racine.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Comit\u00e9 Conf\u00e9d\u00e9ral National (C.C.N.) du 2 novembre 1947 avait mandat\u00e9 les membres du B.C. pour engager des pourparlers avec les autonomes. Ces entrevues n\u2019aboutirent jamais \u00e0 une adh\u00e9sion de ces syndicats \u00e0 la C.N.T. Selon l\u2019U.L. de Bordeaux, \u201cl\u2019\u00e9chec fut total\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb46\">46<\/a>]. En effet, lors de la derni\u00e8re entrevue avec la f\u00e9d\u00e9ration syndicaliste des P.T.T., le 24 d\u00e9cembre 1947, celle-ci d\u00e9clare qu\u2019elle a donn\u00e9 son adh\u00e9sion \u00e0 F.O. Toujours dans ce m\u00eame mois, le B.C. rencontra les repr\u00e9sentants de la f\u00e9d\u00e9ration autonome des cheminots&nbsp;; rencontre qui n\u2019aboutit \u00e0 aucun r\u00e9sultat. Le seul fait positif serait une d\u00e9claration commune entre les repr\u00e9sentants du syndicat C.N.T. des m\u00e9taux, Rotot, Salembier et Coutelle, et ceux du C.A.S. des m\u00e9taux, Kl\u00e9hamer, Racine et Juliot, r\u00e9unis le 24 d\u00e9cembre&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb47\">47<\/a>]. Dans un communiqu\u00e9, ces repr\u00e9sentants d\u00e9clarent que \u201cles d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s d\u00e9cident de consulter leurs organisations propres en vue de constituer un comit\u00e9 de coordination pour pr\u00e9parer et r\u00e9aliser l\u2019unit\u00e9 organique\u201d. Or cette unit\u00e9 organique ne se r\u00e9alisa jamais. Le B.C. avait cependant tent\u00e9 de renouveler les pourparlers avec le syndicat autonomes des m\u00e9taux de Paris, au mois de juillet 1948, mais \u201cles relations sont en sommeil\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb48\">48<\/a>]. Il semble bien que la scission de d\u00e9cembre 1947 qui donne naissance \u00e0 la C.G.T.F.O. (bien que son congr\u00e8s constitutif n\u2019ait lieu qu\u2019en avril 1948) ait encourag\u00e9 la C.N.T. \u00e0 multiplier les pourparlers avec les autonomes.<\/p>\n\n\n\n<p>La conclusion de ces diff\u00e9rentes entrevues est que ces syndicats autonomes ne veulent pas adh\u00e9rer \u00e0 la C.N.T. Ils pr\u00e9f\u00e8rent entrer \u00e0 F.O. et demandent d\u2019ailleurs \u00e0 la C.N.T. de faire comme eux. Lors d\u2019une entrevue qui eut lieu le 2 janvier 1948 entre la C.N.T. repr\u00e9sent\u00e9e par Jacquelin, Juhel, Snappe et Fontenis, et les autonomes Herv\u00e9, Juliot et Racine, ces derniers d\u00e9clar\u00e8rent qu\u2019\u201cils avaient la ferme intention de faire du syndicalisme r\u00e9volutionnaire dans leur organisation, et qu\u2019ils esp\u00e9raient bien faire \u00e9clater la nouvelle centrale, et ils nous demand\u00e8rent de nous joindre \u00e0 eux dans F.O. pour les aider dans cette t\u00e2che\u201d\u00a0[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb49\">49<\/a>]. L\u2019objectif des autonomes, du moins ceux des m\u00e9taux, \u00e9tait de constituer, avec la C.N.T., un p\u00f4le syndicaliste r\u00e9volutionnaire au sein de la nouvelle C.G.T.-F.O. qui proposait une unit\u00e9 syndicale englobant la C.N.T.\u00a0[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb50\">50<\/a>]. A cette proposition, les repr\u00e9sentants de la C.N.T. r\u00e9pondirent en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 la charte de Paris qu\u2019ils ne pouvaient \u201centretenir des relations, avec d\u2019autres conf\u00e9d\u00e9rations, et encore moins apporter notre appui \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une autre centrale ouvri\u00e8re\u201d. Dans cette circulaire conf\u00e9d\u00e9rale, le B.C. et la C.A. sont \u00e9galement persuad\u00e9s que \u201cd\u2019ici le congr\u00e8s de F.O., beaucoup d\u2019autonomes seront men\u00e9s \u00e0 se diriger non vers un syndicalisme de r\u00e9formistes bureaucratiques, mais bien vers la C.N.T. qui restera la seule centrale du syndicalisme r\u00e9volutionnaire\u201d. La r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tant toute autre, la C.N.T. dut se r\u00e9signer \u00e0 mod\u00e9rer ses propos.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 19 juin 1948, la C.N.T. se r\u00e9unit avec des autonomes et des membres de F.O., et ils d\u00e9cid\u00e8rent \u201cde constituer un comit\u00e9 de coordination qui serait charg\u00e9 de pr\u00e9parer une conf\u00e9rence nationale d\u2019unit\u00e9 syndicaliste\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb51\">51<\/a>]. Par la suite, la C.N.T. opta lors de son C.C.N. tenu les 28 et 29 ao\u00fbt 1948, pour la cr\u00e9ation de \u201cd\u2019action\u201d mais uniquement sur le plan de l\u2019entreprise. Il s\u2019agit de reprendre l\u2019id\u00e9e de la charte de Paris, \u00e0 savoir l\u2019unit\u00e9 \u00e0 la base et non au sommet. Le deuxi\u00e8me congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9ral tenu \u00e0 Toulouse les 24, 25 et 26 septembre 1948 s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 du C.C.N. et invite \u201cles organisations de bases [&#8230;] \u00e0 former un comit\u00e9 de coordination avec ces syndicats (les syndicats autonomes)\u201d. Cependant, la mani\u00e8re dont la C.N.T. pose la question du regroupement syndical peut para\u00eetre ambigu\u00eb pour les autres organisations syndicales. Nous reproduisons ici l\u2019\u201cappel au regroupement syndical\u201d vot\u00e9 \u00e0 ce congr\u00e8s&nbsp;: \u201cLe 2\u00e8me congr\u00e8s de la C.N.T. consid\u00e9rant les difficult\u00e9s de l\u2019heure et la confusion existant dans tous les milieux syndicaux, appelle tous les travailleurs \u00e0 se r\u00e9unir dans une centrale affirmant comme base essentielle la conception de la lutte des classes avec, comme base d\u2019action directe, pour la disparition du salariat et du patronat et la substitution des organismes syndicaux aux organismes d\u2019Etat, (le 2\u00e8me congr\u00e8s) s\u2019adresse sp\u00e9cialement \u00e0 tous les syndicats autonomes et minorit\u00e9s syndicales d\u2019accord avec ces principes et finalit\u00e9s, pour se r\u00e9unir \u00e0 la C.N.T. pour la constitution de cette centrale\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet appel au regroupement syndical est en r\u00e9alit\u00e9 un appel au regroupement des syndicalistes r\u00e9volutionnaires. La C.N.T. se consid\u00e9rant comme la seule centrale syndicaliste r\u00e9volutionnaire, elle sugg\u00e8re ainsi que la place des syndicalistes r\u00e9volutionnaires ne peut \u00eatre qu\u2019\u00e0 la C.N.T. Il s\u2019agit donc un appel aux syndicalistes r\u00e9volutionnaires pour qu\u2019ils adh\u00e8rent \u00e0 la C.N.T. Cette position de la C.N.T., premier pas vers son isolement, est un des obstacles au regroupement syndical qui \u00e9tait l\u2019objectif du Cartel d\u2019Unit\u00e9 d\u2019Action Syndicaliste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b) Le Cartel d\u2019Unit\u00e9 d\u2019Action Syndicaliste (1948-1950)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le comit\u00e9 national de coordination des syndicats autonomes avait appel\u00e9 \u00e0 une conf\u00e9rence nationale sur le th\u00e8me du regroupement syndical, les 20 et 21 novembre 1948. La C.N.T. \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e par Edouard Rotot et Maurice Joyeux. \u00c9taient \u00e9galement pr\u00e9sents \u00e0 cette conf\u00e9rence la minorit\u00e9 F.O. repr\u00e9sent\u00e9e par Le Bourre, la tendance trotskiste de l\u2019Unit\u00e9 Syndicale avec Pierre Lambert et l\u2019\u00c9cole \u00c9mancip\u00e9e, tendance de la F.E.N. Dans le compte-rendu de cette conf\u00e9rence, Rotot et Joyeux d\u00e9noncent tout d\u2019abord la tendance de certains autonomes, notamment Racine, \u00e0 faire l\u2019\u00e9loge de l\u2019association capital-travail. Ils estiment par ailleurs que la majorit\u00e9 des autonomes est \u201cna\u00efve\u201d, \u201cinculte aux id\u00e9es progressistes\u201d, ou bien encore que bon nombre d\u2019entre eux sont des partisans de de Gaulle tel que Cl\u00e9ment du syndicat autonome du m\u00e9tro. Le bilan que dresse la C.N.T. de cette conf\u00e9rence est nuanc\u00e9. Outre la critique qu\u2019elle fait des autres syndicats, elle constate une forte influence de l\u2019Unit\u00e9 Syndicale. Cette tendance aurait modifi\u00e9 l\u2019ordre du jour de la conf\u00e9rence qui \u00e9tait de d\u00e9battre du regroupement syndical\u00a0: \u201cil (Pierre Lambert) est pour un comit\u00e9 d\u2019action parce que ceci, par le jeu des fractions, permet \u00e0 son parti de r\u00e9aliser la direction unique du mouvement ouvrier minoritaire\u201d\u00a0[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb52\">52<\/a>]. Cette proposition de constituer un comit\u00e9 d\u2019action \u00e9tait accueillie favorablement par les autres courants\u00a0: les autonomes \u201cpour ne pas \u00eatre absorb\u00e9s par la C.N.T.\u201d\u00a0[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb53\">53<\/a>], la minorit\u00e9 F.O. pour maintenir ses attaches \u00e0 sa centrale et l\u2019\u00c9cole \u00c9mancip\u00e9e pour rester \u00e0 la F.E.N. Le point positif, en revanche, est que la plate-forme adopt\u00e9e par le comit\u00e9 d\u2019action (qui devient alors le Cartel d\u2019Unit\u00e9 d\u2019Action Syndicaliste) est tr\u00e8s proche du syndicalisme r\u00e9volutionnaire tel que l\u2019entend la C.N.T. A l\u2019issue de cette conf\u00e9rence, plusieurs comit\u00e9s locaux se mettent en place, en plus de ceux qui existaient d\u00e9j\u00e0, auxquels la C.N.T. participe souvent.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, bien que des cartels r\u00e9gionaux se soient constitu\u00e9s, le Cartel d\u2019Unit\u00e9 d\u2019Action Syndicaliste manquait de finalit\u00e9, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019unit\u00e9 organique \u00e9tait exclue. Pierre Monatte montre l\u2019origine de cette absence d\u2019unit\u00e9&nbsp;: \u201c[&#8230;]au fond, les diff\u00e9rents courants syndicalistes r\u00e9volutionnaires ne d\u00e9sirent pas tellement s\u2019unir et se fondre. Chacun- autonomes, C.N.T., partisans de F.O.- restent convaincus d\u2019avoir pleinement raison et de constituer le p\u00f4le de rassemblement\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb54\">54<\/a>]. Ce constat se v\u00e9rifie en particulier pour la C.N.T. Bien qu\u2019elle e\u00fbt esp\u00e9r\u00e9 absorber les autonomes, elle reste partisane de l\u2019unit\u00e9 d\u2019action et non pas de l\u2019unit\u00e9 organique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce cartel n\u2019ayant pas d\u2019issue, la C.N.T. d\u00e9cida lors de son C.C.N. du 29 mai 1949 de rompre avec celui-ci tout en maintenant ses activit\u00e9s dans les comit\u00e9s locaux. Le motif de cette rupture serait \u201cqu\u2019il a compromis s\u00e9rieusement la vitalit\u00e9 et l\u2019unit\u00e9 de notre organisation\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb55\">55<\/a>]. La raison v\u00e9ritable est certainement que la C.N.T. ne peut s\u2019unir avec des \u00e9l\u00e9ments qu\u2019elle juge r\u00e9formistes et qu\u2019elle a d\u00fb renoncer \u00e0 l\u2019adh\u00e9sion des syndicats autonomes, qui \u00e9tait peut-\u00eatre sa seule motivation pour participer \u00e0 ce cartel. Cette d\u00e9cision du C.C.N. provoqua n\u00e9anmoins une crise au sein de l\u2019organisation, puisqu\u2019elle allait \u00e0 l\u2019encontre de celle qui avait \u00e9t\u00e9 prise au congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9ral de Toulouse. La 8\u00e8me U.R. (r\u00e9gion de Bordeaux) mena\u00e7ait de ne plus payer ses cotisations et le syndicat des m\u00e9taux de Bordeaux envisageait m\u00eame de quitter la C.N.T. Pour r\u00e9soudre cette crise, il fut donc d\u00e9cid\u00e9 de convoquer un congr\u00e8s extraordinaire pour les 30, 31 octobre et 1er novembre 1949. Deux tendances vont alors s\u2019opposer au sujet du Cartel d\u2019Unit\u00e9 d\u2019Action Syndicaliste. Certaines sections comme la 6\u00e8me U.R. (Midi-Pyr\u00e9n\u00e9es) et la 8\u00e8me U.R. (r\u00e9gion bordelaise) sont favorables au cartel, voire m\u00eame \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une centrale syndicaliste r\u00e9volutionnaire, envisageant ainsi la fin de la C.N.T. Les partisans de l\u2019unit\u00e9 et donc du cartel affirmaient qu\u2019il fallait \u201cenvisager un regroupement syndicaliste r\u00e9volutionnaire, sur des bases plus larges, pouvant \u00eatre accept\u00e9es par tous les syndicalistes r\u00e9volutionnaires\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb56\">56<\/a>], autrement dit qu\u2019il fallait faire des concessions. L\u2019autre tendance qui est essentiellement celle de la 2\u00e8me U.R. (r\u00e9gion parisienne) et de la C.A. et qui s\u2019\u00e9tait prononc\u00e9e pour le retrait de la C.N.T. du cartel, justifiait sa position par la faible pr\u00e9sence de syndicalistes r\u00e9volutionnaires au sein du cartel. Elle d\u00e9montrait aussi l\u2019inutilit\u00e9 du cartel, dans la mesure o\u00f9 l\u2019unit\u00e9 organique envisag\u00e9e \u00e9tait impossible pour la C.N.T. qui n\u2019\u00e9tait favorable qu\u2019\u00e0 l\u2019unit\u00e9 d\u2019action \u00e0 la base, celle-ci devant \u00eatre de plus spontan\u00e9e. Le congr\u00e8s extraordinaire confirma la d\u00e9cision du C.C.N. de mai.<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite de ce congr\u00e8s, certaines sections continuent leur activit\u00e9 au cartel (la 8\u00e8me U.R. et la F.T.R.) mais se verront oblig\u00e9s de le quitter. Seule la 8\u00e8me U.R. accepta de cesser ses activit\u00e9s au sein du cartel. Beaulaton et Robert, en revanche, en tant que repr\u00e9sentants de la F.T.R., particip\u00e8rent \u00e0 la deuxi\u00e8me conf\u00e9rence nationale du cartel, les 12 et 13 novembre 1949. Cette participation t\u00e9moignait d\u2019une position oppos\u00e9e \u00e0 celle de la C.A. La C.A. avait en effet d\u00e9cid\u00e9 de d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 cette deuxi\u00e8me conf\u00e9rence nationale du cartel Samson du syndicat des transports et Toublet du syndicat des m\u00e9tiers d\u2019art. Cette d\u00e9l\u00e9gation avait pour mandat de \u201cd\u00e9noncer la duperie que promet d\u2019\u00eatre la nouvelle centrale en gestation si jamais elle arrive \u00e0 se constituer [&#8230;]\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb57\">57<\/a>]. Ainsi, lors du C.C.N. du 29 janvier 1950, les responsables de la F.T.R., Beaulaton, Robert, Pillerault et Regnault sont exclus de la C.N.T. pour non-respect des d\u00e9cisions vot\u00e9es lors du congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9ral&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb58\">58<\/a>]. Ces exclusions affaiblirent la F.T.R., puisque beaucoup de militants suivirent leurs responsables. Le th\u00e8me de l\u2019unit\u00e9 syndicale a donc divis\u00e9 la C.N.T. et l\u2019a certainement affaiblie. On peut supposer que des adh\u00e9rents ont quitt\u00e9 la C.N.T. \u00e0 cause de son intransigeance. Mais elle a \u00e9t\u00e9 affaiblie aussi dans la mesure o\u00f9 elle s\u2019est isol\u00e9e du reste du mouvement syndical. Ce cartel lui avait en effet permis de nouer des contacts s\u00e9rieux avec certains \u00e9l\u00e9ments. Pour des militants tels que Aim\u00e9 Capelle, l\u2019\u00e9chec de l\u2019unit\u00e9 est d\u00fb \u00e0 l\u2019intransigeance et \u00e0 une position \u201canarchiste\u201d, qui conduisent la C.N.T. \u00e0 l\u2019isolement.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">3- La C.N.T. et l\u2019anarchisme<\/h3>\n\n\n\n<p>Le syndicalisme r\u00e9volutionnaire a toujours pos\u00e9 un probl\u00e8me\u00a0: est-il anarchiste\u00a0? Ceux pour qui le syndicalisme r\u00e9volutionnaire et l\u2019anarchisme sont li\u00e9s sont ceux qui ont cr\u00e9\u00e9 auparavant la C.G.T.S.R. puis la C.N.T.\u00a0[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb59\">59<\/a>]. Le caract\u00e8re anarchiste est d\u2019autant plus renforc\u00e9 que beaucoup de militants c\u00e9n\u00e9tistes sont \u00e9galement \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste (F.A.). Mais cette position ne faisant pas l\u2019unanimit\u00e9 la C.N.T. fut divis\u00e9e en deux tendances d\u00e8s 1946.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>a) \u00c9volution des rapports entre la C.N.T. et la F.A.<\/strong>&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb60\">60<\/a>]<\/p>\n\n\n\n<p>La F.A. manifeste son soutien \u00e0 la F.S.F. puis \u00e0 la C.N.T. d\u00e8s son congr\u00e8s de Paris, les 6 et 7 octobre 1945. Ce congr\u00e8s qui regroupait toutes les tendances de l\u2019anarchisme, tous \u201cceux qui se r\u00e9clament de l\u2019anarchisme et de l\u2019anarcho-syndicalisme\u201d avait pour objectif de donner une coh\u00e9sion au mouvement libertaire dans son ensemble et de mettre fin aux discussions entre \u201cdes fractions qui hier, s\u2019ignoraient ou se heurtaient\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb61\">61<\/a>]. Lors de ce congr\u00e8s, la F.A. demanda \u00e0 ses militants d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 la F.S.F. Puis en 1946, alors que la F.A. avait \u00e9t\u00e9 dans un premier temps hostile \u00e0 la cr\u00e9ation de la C.N.T. qui mettait fin \u00e0 l\u2019unit\u00e9 des travailleurs, elle change d\u2019attitude lors de son congr\u00e8s qui se tient \u00e0 Dijon les 13, 14 et 15 septembre 1946. Elle y affirme son soutien \u00e0 la C.N.T. mais sans rendre obligatoire l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 celle-ci. Ce soutien se traduit entre autre par la rubrique syndicale du Libertaire largement ouverte \u00e0 la C.N.T qui multiplia ses appels \u00e0 quitter la C.G.T. pour venir la rejoindre. Cependant \u00e0 partir de son congr\u00e8s d\u2019Angers qui se tient les 11, 12, 13 et 14 novembre 1948, la F.A. modifie sa position \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la C.N.T. La F.A. \u201cs\u2019affirme partisan de la r\u00e9union de toutes les organisations vraiment syndicalistes&nbsp;: C.N.T., syndicats autonomes, minorit\u00e9s F.O. ou C.G.T. [&#8230;]\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la C.N.T. a pu b\u00e9n\u00e9ficier dans un premier temps du soutien de la F.A., le d\u00e9part de la C.N.T. du cartel provoque une prise de distance. Des militants de la F.A. tel que Maurice Joyeux&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb62\">62<\/a>] d\u00e9cident alors de quitter la C.N.T. pour adh\u00e9rer \u00e0 F.O. Les militants de la F.A. avaient en fait adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 la C.N.T. parce qu\u2019elle \u00e9tait la seule centrale \u00e0 se r\u00e9clamer de la charte d\u2019Amiens en dehors de la C.G.T. Ainsi, n\u2019\u00e9tant pas anarcho-syndicalistes, ils pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent adh\u00e9rer \u00e0 F.O. qui leur semble plus apte \u00e0 r\u00e9aliser l\u2019unit\u00e9 des travailleurs tout en respectant l\u2019ind\u00e9pendance du syndicalisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la rupture intervient avec la mont\u00e9e du courant de Georges Fontenis. Le congr\u00e8s r\u00e9gional du midi \u00e0 Narbonne en janvier 1949 adopte des r\u00e9solutions ne pouvant que provoquer la rupture&nbsp;: \u201cla structure de la F.A. ne lui permet pas d\u2019entra\u00eener l\u2019ensemble des travailleurs dans une action r\u00e9volutionnaire. C\u2019est \u00e0 la C.N.T. que ce r\u00f4le est d\u00e9volu. C\u2019est pour cette raison que les anarchistes doivent l\u2019orienter et ne pas h\u00e9siter \u00e0 prendre des postes responsables [&#8230;]\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb63\">63<\/a>]. Cette orientation dirigiste de la F.A. se confirme le 11 mars 1950 au congr\u00e8s de la r\u00e9gion parisienne&nbsp;: \u201cToute organisation para-anarchiste, non-affili\u00e9e statutairement \u00e0 la F.A. devra, dans le cadre r\u00e9gional, \u00eatre sous le contr\u00f4le direct du bureau de la r\u00e9gion, son action influenc\u00e9e par les militants de la F.A.\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb64\">64<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p>Le soutien de la F.A. en faveur de la C.N.T. fut per\u00e7u de deux mani\u00e8res. Il est positif puisqu\u2019il amena \u00e0 la C.N.T. des adh\u00e9rents de la F.A., et la C.N.T. pu b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un outil de propagande \u00e0 travers le Libertaire dans lequel elle multiplia les appels \u00e0 quitter la C.G.T. pour venir la rejoindre. En 1947 et 1948, le Libertaire laisse en effet une large place \u00e0 la C.N.T. La quatri\u00e8me page traitant du syndicalisme est syst\u00e9matiquement consacr\u00e9e \u00e0 la C.N.T. avec des articles de militants de la C.N.T., des communiqu\u00e9s des U.L., des f\u00e9d\u00e9rations ou du Bureau Conf\u00e9d\u00e9ral. La premi\u00e8re page du Libertaire est parfois laiss\u00e9e \u00e0 la C.N.T., notamment lors des gr\u00e8ves de novembre 1947. On peut \u00e9galement lire des appels tel que\u00a0: \u201cAdh\u00e9rez \u00e0 la F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste\u00a0! Syndiquez-vous \u00e0 la C.N.T.\u00a0!\u201d\u00a0[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb65\">65<\/a>]. M\u00eame apr\u00e8s la cr\u00e9ation de F.O., les articles rest\u00e8rent favorables \u00e0 la C.N.T. Ce soutien permit en revanche aux adversaires de la C.N.T. ou \u00e0 ceux qui \u00e9taient r\u00e9ticents vis-\u00e0-vis d\u2019elle, de l\u2019identifier \u00e0 la F.A. Ainsi, pourquoi quitter une C.G.T. entre les mains des communistes pour rejoindre une C.N.T. entre les mains des anarchistes\u00a0? Il \u00e9tait cependant faux d\u2019affirmer que la C.N.T. \u00e9tait contr\u00f4l\u00e9e par la F.A. Il est ind\u00e9niable que certains responsables de la C.N.T \u00e9taient en m\u00eame temps responsables \u00e0 la F.A. (Joyeux, Jacquelin, Fontenis, Joulin,&#8230;). Parane affirmait au contraire que la C.N.T. et la F.A., c\u2019\u00e9tait la m\u00eame chose\u00a0: \u201cIl a fallu deux ans pour s\u2019apercevoir qu\u2019en bien des localit\u00e9s, les syndicats de la C.N.T. n\u2019\u00e9taient en fait que des groupes anarchistes r\u00e9unis dans un m\u00eame local, anim\u00e9s par les m\u00eames copains, mais disposant d\u2019un cachet suppl\u00e9mentaire\u201d.\u00a0[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb66\">66<\/a>]<\/p>\n\n\n\n<p>Si identifier la C.N.T. \u00e0 la F.A. est exag\u00e9r\u00e9, les liens entre la C.N.T. et le mouvement anarchiste restent forts. Le paysage anarchiste de l\u2019entre-deux-guerre se retrouve en effet \u00e0 la C.N.T.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui divisa la C.N.T., ce fut la question de savoir si elle \u00e9tait une centrale syndicale anarchiste ou une centrale syndicaliste r\u00e9volutionnaire. Autrement dit, la C.N.T. \u00e9tait-elle une organisation politique qui pla\u00e7ait la fid\u00e9lit\u00e9 aux principes anarchistes avant l\u2019action syndicale&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b) Divisions entre syndicalistes anarchistes et syndicalistes r\u00e9volutionnaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9bat autour de la nature de la C.N.T. se manifeste essentiellement par rapport \u00e0 l\u2019article 7 des statuts. Cet article stipulait au d\u00e9part que le syndicalisme \u00e9tait ind\u00e9pendant de tout parti politique, de toute secte philosophique ou religieuse. Les militants qui \u00e9taient adh\u00e9rents \u00e0 la F.A. refus\u00e8rent l\u2019adoption de cet article. Henri Bouy\u00e9, lors du congr\u00e8s constitutif, affirma que \u201csi nous acceptons l\u2019article 7 dans sa teneur actuelle, il est impossible \u00e0 un camarade de la F\u00e9d\u00e9ration anarchiste d\u2019\u00eatre responsable de la conf\u00e9d\u00e9ration. Nous ne pouvons l\u2019admettre.\u201d Les responsables des provinces \u00e9tant le plus souvent adh\u00e9rents \u00e0 la F.A., ils eurent la majorit\u00e9 et modifi\u00e8rent cet article qui devint&nbsp;: \u201cLa conf\u00e9d\u00e9ration est ind\u00e9pendante de tout parti politique, sectes philosophiques ou religieuses ne se r\u00e9clamant pas de la lutte des classes\u201d, ce qui revenait \u00e0 rompre l\u2019ind\u00e9pendance de la conf\u00e9d\u00e9ration \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la F.A. Cette d\u00e9cision entra\u00eena le d\u00e9part d\u2019un des fondateurs de la C.N.T., Julien Toublet. Dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 la C.N.T. dat\u00e9e du 14 d\u00e9cembre, il \u00e9crit&nbsp;: \u201cIls (les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s anarchistes) n\u2019ont pas su r\u00e9sister \u00e0 la tentation de faire de la C.N.T. naissante, une C.N.T. anarchiste\u201d. Selon Toublet, l\u2019article 7 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 de telle sorte que les responsables de la F.A. puissent concilier leur poste avec un poste responsable de la C.N.T. Cette d\u00e9cision ne peut que conduire la C.N.T. \u00e0 l\u2019isolement \u00e9tant donn\u00e9 \u201cla tradition syndicale dans ce pays, toute ax\u00e9e sur la notion de l\u2019ind\u00e9pendance du syndicalisme\u201d. Toublet d\u00e9cida alors de cr\u00e9er l\u2019Union F\u00e9d\u00e9raliste du Syndicalisme Ind\u00e9pendant. Dans une seconde lettre, il \u00e9crit que \u201cpas un minoritaire apolitique de la C.G.T. ne peut accepter le texte que vous avez adopt\u00e9\u201d. Ainsi, ce que Toublet affirme, c\u2019est que la C.N.T. ne peut recruter que des adh\u00e9rents d\u00e9j\u00e0 acquis aux id\u00e9es anarcho-syndicalistes&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb67\">67<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au congr\u00e8s de 1950, il est d\u00e9cid\u00e9 de reformuler l\u2019article 7 tel qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au congr\u00e8s constitutif de d\u00e9cembre 1946. Cette modification de l\u2019article peut s\u2019expliquer par le d\u00e9part de la C.N.T. de nombreux responsables de la F.A. \u00e0 la suite du retrait du cartel, mais aussi de la g\u00e9n\u00e9ration qui \u00e9tait adh\u00e9rente avant la guerre \u00e0 la C.G.T.S.R., laissant alors la majorit\u00e9 \u00e0 ceux qui se d\u00e9signent comme syndicalistes r\u00e9volutionnaires en opposition aux anarchistes syndicalistes. A ce congr\u00e8s, il est aussi question de savoir s\u2019il faut coller l\u2019\u00e9tiquette anarcho-syndicaliste \u00e0 la C.N.T. Toublet affirme que le fait de coller l\u2019\u00e9tiquette anarcho-syndicaliste \u00e0 la C.N.T. la viderait. Cette tendance syndicaliste r\u00e9volutionnaire \u00e9tait plus mod\u00e9r\u00e9e que celle des anarcho-syndicalistes ou \u201canarchistes syndicalistes\u201d, puisqu\u2019elle reconnaissait l\u2019utilit\u00e9 de la repr\u00e9sentativit\u00e9 de la C.N.T. dans les diff\u00e9rents organismes. Pour ces adh\u00e9rents catalogu\u00e9s comme \u201cmod\u00e9r\u00e9s\u201d ou \u201cr\u00e9formistes\u201d, le syndicat doit \u00eatre r\u00e9volutionnaire dans sa finalit\u00e9, mais r\u00e9formiste dans son action journali\u00e8re. Ils \u00e9taient donc partisans de repr\u00e9senter la C.N.T. au sein des comit\u00e9s d\u2019entreprises, des conseils des prud\u2019hommes et des commissions paritaires. Mais seule la participation aux \u00e9lections des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du personnel fut accept\u00e9e au congr\u00e8s de 1950.<\/p>\n\n\n\n<p>d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du personnel fut accept\u00e9e au congr\u00e8s de 1950.<\/p>\n\n\n\n<p>A propos de la repr\u00e9sentativit\u00e9, Aim\u00e9e Capelle indique que \u201cEn 46, nous avions re\u00e7u du Minist\u00e8re du Travail des imprim\u00e9s \u00e0 remplir, sur l\u2019activit\u00e9 de l\u2019organisation pendant l\u2019Occupation. Elle n\u2019existait pas mais la C.G.T.S.R. existait. En somme, la C.N.T. \u00e9tait la continuation de la C.G.T.S.R. et elle avait la possibilit\u00e9 de demander la repr\u00e9sentativit\u00e9, au m\u00eame titre qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 la C.G.T. et \u00e0 la C.F.T.C. [&#8230;] Les imprim\u00e9s n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 remplis\u201d. On peut trouver na\u00eff que certains aient cru que la repr\u00e9sentativit\u00e9 puisse \u00eatre accord\u00e9e \u00e0 la C.N.T., mais en l\u2019occurrence la C.N.T. a tout simplement refus\u00e9 de la demander.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi on peut observer deux tendances quant \u00e0 la d\u00e9finition de la C.N.T. La premi\u00e8re, anarcho-syndicaliste, qui a dirig\u00e9 la C.N.T. entre 1946 et 1950, a certainement contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019isolement de la C.N.T. par son attitude un peu puriste. La seconde en revanche, si elle est plus souple, va \u00e0 l\u2019encontre des principes anarcho-syndicalistes. Ce dilemme constitue le point faible de l\u2019anarcho-syndicalisme et du syndicalisme r\u00e9volutionnaire organis\u00e9s dans une centrale se r\u00e9clamant de ces courants.<\/p>\n\n\n\n<p>On constate qu\u2019apr\u00e8s cinq ann\u00e9es d\u2019existence, du fait des luttes internes et des prises de position controvers\u00e9es, la C.N.T. s\u2019est consid\u00e9rablement affaiblie. Dans son article intitul\u00e9 \u201cvivant\u201d\u00a0[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nb68\">68<\/a>], Parane nous explique les raisons de cette courte apog\u00e9e qu\u2019a connu la C.N.T. entre 1946 et 1950\u00a0: \u201cSouvenirs fumeux de la r\u00e9volution espagnole, regrets impr\u00e9cis de la C.G.T.S.R., envie d\u2019\u00eatre entre copains, croyance que les sursauts manifest\u00e9s chez les cheminots, les postiers, les m\u00e9tallos supposaient des troupes pr\u00eates \u00e0 se grouper sous notre banni\u00e8re, voil\u00e0 quelques uns des \u00e9l\u00e9ments qui ont contribu\u00e9 \u00e0 cette flamb\u00e9e d\u2019enthousiasme. [&#8230;]. Nous avons fait trop de syndicalisme de meeting et trop de syndicalisme th\u00e9orique. Et les occasions que l\u2019actualit\u00e9 nous pr\u00e9sentait ont \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 notre propagande et \u00e0 notre action\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>NOTES<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh1\">1<\/a>] Notons toutefois ce t\u00e9moignage de Paul Lapeyre sur Ren\u00e9 Doussot&nbsp;: \u201c&#8230;Pendant toute la dur\u00e9e de l\u2019occupation, DOUSSOT r\u00e9unit chez lui, chaque mois, la Commission administrative du S.U.B. (Syndicat unique du B\u00e2timent) pass\u00e9 \u00e0 la C.G.T.S.R. et du S.U.M.&nbsp;(Syndicat unique des M\u00e9taux) et tint \u00e0 jour les proc\u00e8s-verbaux de ces r\u00e9unions, pour prouver que la C.G.T.S.R. avait continu\u00e9 d\u2019exister. On peut en sourire aujourd\u2019hui&nbsp;; n\u2019emp\u00eache&nbsp;: si la police avait d\u00e9couvert ces cahiers, DOUSSOT aurait \u00e9t\u00e9 au moins d\u00e9port\u00e9&#8230;.\u201d, Les anarchistes dans la r\u00e9sistance, volume 2, C.I.R.A.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh2\">2<\/a>] Appel aux Syndicalistes R\u00e9volutionnaires, C.I.R.A. de Marseille.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh3\">3<\/a>] Les t\u00e9moignages de Aim\u00e9 Capelle sont extraits de l\u2019ouvrage de CAROUX-DESTRAY Jacques. Un couple ouvrier traditionnel. La vieille garde autogestionnaire. Paris, Anthropos, 1974, pp. 189-212 (Aim\u00e9 Capelle est pr\u00e9sent\u00e9 sous le nom d\u2019Am\u00e9d\u00e9e Domat dans ce livre, mais un recoupement avec les archives de l\u2019organisation permet de l\u2019identifier).<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh4\">4<\/a>] Statuts de la F\u00e9d\u00e9ration Syndicaliste. Archives de la C.N.T. de Toulouse.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh5\">5<\/a>] BIARD Roland. Histoire du mouvement anarchiste. 1945-1975. Editions Galil\u00e9e, 1976, p. 92. Contrairement ce qu\u2019affirme Biard, ce n\u2019est pas cette prise de position des dirigeants c\u00e9g\u00e9tistes qui provoqua la scission.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh6\">6<\/a>] Nos Cahiers. Bulletin mensuel du Comit\u00e9 d\u2019Etudes Techniques Economiques et Sociales. N\u00b013, 1er octobre 1946. Il s\u2019agit d\u2019une revue publi\u00e9e par des adh\u00e9rents de la C.G.T. se r\u00e9clamant du syndicalisme r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh7\">7<\/a>] Apr\u00e8s la cr\u00e9ation de F.O., ils formeront la tendance \u201cUnit\u00e9 syndicale\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh8\">8<\/a>] Ce titre fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la cr\u00e9ation de la CGT-U en 1921. Lors de ce congr\u00e8s, les exclus de la CGT ou les d\u00e9\u00e7us (communistes, syndicalistes r\u00e9volutionnaires de la tendance de Pierre Monatte, anarcho-syndicalistes, m\u00eame si ce qualificatif n\u2019est pas encore utilis\u00e9, de la tendance de Pierre Besnard et anarchistes) se r\u00e9unissent pour fonder une CGT unitaire en opposition \u00e0 la CGT devenue trop r\u00e9formiste. Mais la position des syndicalistes r\u00e9volutionnaires fera de cette nouvelle CGT un outil aux mains du tout nouveau PCF (encore appel\u00e9e SFIC). Ainsi, tout comme en 1921, ce congr\u00e8s de 1946 fait de la CGT un instrument du PCF. Sur cette scission de 1921, cf. l\u2019ouvrage assez vieilli mais bien complet de Maurice LABBI. La grande division des travailleurs. Premi\u00e8re scission de la CGT&nbsp;: 1914-1921. Les Editions ouvri\u00e8res, 1964.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh9\">9<\/a>] On peut se demander, \u00e9tant donn\u00e9 la nature de cet appel \u00e0 la conf\u00e9rence qui d\u00e9cide avant m\u00eame son d\u00e9roulement la constitution de la C.N.T. et son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019A.I.T., si le regroupement des anarcho-syndicalistes au sein de la F.S.F. et des C.D.S. n\u2019avait pas comme objectif de pr\u00e9parer la constitution d\u2019une centrale anarcho-syndicaliste, comme ils l\u2019avaient d\u00e9j\u00e0 fait en 1921 avec le pacte secret de Pierre Besnard. Les anarcho-syndicalistes devaient bien avoir conscience de ne jamais pouvoir peser sur les orientations de la C.G.T. Cette hypoth\u00e8se est d\u2019autant plus probable que lors des assises du mouvement libertaire tenues les 6 et 7 octobre 1945, la F.S.F. avait d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u201cIl est urgent de cr\u00e9er la force du syndicalisme v\u00e9ritable qui s\u2019opposera \u00e0 celle de la C.G.T. communiste [&#8230;]\u201d, fa\u00e7on indirecte d\u2019annoncer la cr\u00e9ation prochaine de la C.N.T. Compte-rendu des \u201cAssises du mouvement libertaire et du congr\u00e8s de la F.A. (6 et 7 octobre et 2 d\u00e9cembre 1945)\u201d, cit\u00e9 par D\u2019OVIDIO Pierre. Les anarchistes en France de 1945 \u00e0 la veille de mai-juin 1968. M\u00e9moire de ma\u00eetrise, sous la direction de Jean Maitron et Jacques Droz. Paris I, 1974, p.109.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh10\">10<\/a>] En effet, la C.G.T.S.R. n\u2019a pas connu un grand succ\u00e8s. Le nombre des adh\u00e9rents \u00e9tant tr\u00e8s faible, certains anarchistes l\u2019appelaient la \u201cC.G.T.-Sans Rien\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh11\">11<\/a>] Ordre du jour qui reste assez vague, certainement pour attirer le plus de monde possible parmi les syndicalistes d\u00e9\u00e7us par la C.G.T. L\u2019orientation ouvertement anarcho-syndicaliste aurait pu provoquer une certaine r\u00e9ticence chez les syndicalistes.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh12\">12<\/a>] Pour Besnard, la lutte des classes ne devait pas se restreindre aux lieux de travail et devait prendre en compte les probl\u00e8mes du quotidien, l\u2019homme n\u2019\u00e9tant pas qu\u2019un producteur mais aussi un consommateur.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh13\">13<\/a>] Il se situera \u00e0 partir de 1947 au 39, rue de la Tour d\u2019Auvergne dans le 9\u00e8me. Ce local est toujours utilis\u00e9 par les compagnons de la \u201cC.N.T. 2\u00b0 UR\u201d, cf plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh14\">14<\/a>] \u201cRapport sur l\u2019activit\u00e9 de la Commission administrative et du Bureau conf\u00e9d\u00e9ral du 6 mai 1946 au 13 octobre 1946\u201d r\u00e9dig\u00e9 par Eug\u00e8ne Juhel, alors secr\u00e9taire \u00e0 la propagande.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh15\">15<\/a>] Il s\u2019agit du total des souscriptions parues dans L\u2019Action Syndicaliste entre mai et novembre 1946.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh16\">16<\/a>] Circulaire conf\u00e9d\u00e9rale n\u00b05, s.d.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh17\">17<\/a>] Par copie conforme, nous entendons mot pour mot, except\u00e9 quelques d\u00e9tails qui ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s ou ajout\u00e9 du fait du contexte historique. Les statuts des deux organisations sont \u00e9galement tr\u00e8s proches. Il n\u2019y a aucune diff\u00e9rence dans le fond.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh18\">18<\/a>] Il est int\u00e9ressant de voir l\u2019importance de la charte d\u2019Amiens pour les organisations syndicales. Se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 celle-ci sert \u00e0 se donner une l\u00e9gitimit\u00e9 et \u00e0 se pr\u00e9senter comme la vraie incarnation du syndicalisme. La C.G.T. de 1906 devient alors le r\u00e9f\u00e9rant et l\u2019id\u00e9al type du syndicalisme.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh19\">19<\/a>] Nous reviendrons sur ce th\u00e8me de l\u2019unit\u00e9 qui divisera la C.N.T.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh20\">20<\/a>] Il s\u2019agit des syndicats des m\u00e9taux, transports et manutention, textile, bois-ameublement, cuirs et peaux, employ\u00e9s, m\u00e9tiers d\u2019art, S.U.B., fonctionnaires et sant\u00e9 publique, service sant\u00e9, H.C.R.C. et cheminots (ce syndicat compte 6 sections, mais apr\u00e8s discussion ces 6 sections comptent comme un syndicat).<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh21\">21<\/a>] Apr\u00e8s la victoire des franquistes en 1939, les Espagnols du sud ne pouvant plus rejoindre la France m\u00e9tropolitaine se sont exil\u00e9s au Maghreb fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh22\">22<\/a>] L\u2019organe de la F.T.R. prendra successivement le titre de Rail encha\u00een\u00e9, puis \u00e0 partir de juin 1947 Le Cri du cheminot et enfin apr\u00e8s son congr\u00e8s f\u00e9d\u00e9ral de septembre 1948 Rail-C.N.T.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh23\">23<\/a>] BEAULATON Raymond. Contribution \u00e0 l\u2019histoire de la C.N.T. (1945-1950). s.d., 11 p.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh24\">24<\/a>] DOLLEANS Edouard et DEHOVE G\u00e9rard. Histoire du travail en France. Mouvement ouvrier et l\u00e9gislation sociale. T.2&nbsp;: de 1919 \u00e0 nos jours. Editions Domat Montchrestien, 1955.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh25\">25<\/a>] Contre-rapport sur le rapport moral de l\u2019U.L. de Bordeaux pour le congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9ral de septembre 1948.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh26\">26<\/a>] HAMELET Michel P. \u201co\u00f9 va le syndicalisme fran\u00e7ais&nbsp;?\u201d, Revue de Paris, janvier 1949.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh27\">27<\/a>] Le 31 octobre 1947, sur 1293 cartes vendues, on compte 479 pour le S.U.B. Ainsi, en un an, le nombre d\u2019adh\u00e9sion de ce syndicat aurait \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par 9,45. Probablement un autre \u00ab\u00a0feu de paille\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh28\">28<\/a>] FROLAN Xavier. Notre place dans le mouvement ouvrier fran\u00e7ais. Ed. C.D.E.S. (Centre de Documentation et d\u2019Etudes Sociales), s.d., 26 p.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh29\">29<\/a>] BIARD Roland rel\u00e8ve dans cette m\u00eame usine une gr\u00e8ve \u201c\u00e0 direction C.N.T.\u201d en d\u00e9cembre 1946.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh30\">30<\/a>] FALLACHON P. \u201cgr\u00e8ves de la R\u00e9gie Renault en 1947\u201d, Mouvement social, n\u00b081, 1972.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh31\">31<\/a>] T\u00e9moignage d\u2019un cheminot fait le 9 juin, rapport\u00e9 dans le num\u00e9ro de juillet 1947 de la revue Esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh32\">32<\/a>] AURIOL Vincent. Journal du septennat. 1947-1954. T.1.&nbsp;: 1947. Armand Colin, 1970.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh33\">33<\/a>] COURTY-VALENTIN Marie-Ren\u00e9e. Les gr\u00e8ves de 1947 en France. Th\u00e8se de 3\u00e8me cycle, sous la direction d\u2019Antoine Prost, I.E.P. de Paris, 1981, p. 244.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh34\">34<\/a>] Le Combat syndicaliste, N\u00b03, juin 1947.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh35\">35<\/a>] Le Combat syndicaliste, n\u00b09, 13 janvier 1949.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh36\">36<\/a>] Le Combat syndicaliste, n\u00b021, janvier 1950.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh37\">37<\/a>] Le Combat syndicaliste, n\u00b021, janvier 1950.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh38\">38<\/a>] Le Combat syndicaliste, n\u00b014, 1er juin 1949.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh39\">39<\/a>] Compte-rendu du congr\u00e8s de 1950.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh40\">40<\/a>] Ces comit\u00e9s mixtes \u00e0 la production ou comit\u00e9s de gestion \u00e9taient constitu\u00e9s par les travailleurs dans certaines usines dont le patron avait collabor\u00e9 avec l\u2019Allemagne. ANDRIEU C., LE VAN L., PROST A. (sous la direction de). Les nationalisations \u00e0 la Lib\u00e9ration. De l\u2019utopie au compromis. F.N.S.P., 1987, 392 p.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh41\">41<\/a>] Le Combat syndicaliste, n\u00b014, 1er juin 1949.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh42\">42<\/a>] Voir \u00e0 ce sujet le t\u00e9moignage de PEYRENET Marcel. Nous prendrons les usines. Les usines Berliet \u00e0 Lyon. Garance, 1980.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh43\">43<\/a>] Des militants de la C.N.T. travaillaient dans ces usines Berliet.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh44\">44<\/a>] On peut \u00e9galement envisager tout simplement, qu\u2019\u00e9tant absente des autres usines o\u00f9 ont \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9s des comit\u00e9s de gestion, elle pr\u00e9f\u00e8re ne pas se prononcer sur ces exp\u00e9riences.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh45\">45<\/a>] Le Combat syndicaliste, n\u00b09, 13 janvier 1949.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh46\">46<\/a>] Contre-rapport au rapport moral pr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019U.L. de Bordeaux \u00e0 l\u2019occasion du congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9ral de septembre 1948.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh47\">47<\/a>] BEAULATON Raymond. Contribution \u00e0 l\u2019histoire de la C.N.T. 1945-1950. s.d., p. 3.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh48\">48<\/a>] Contre-rapport de l\u2019U.L. de Bordeaux.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh49\">49<\/a>] Circulaire conf\u00e9d\u00e9rale n\u00b019, non dat\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh50\">50<\/a>] On retrouve lors du congr\u00e8s constitutif de F.O. tenu les 12 et 13 avril 1948, plusieurs d\u00e9clarations appelant \u00e0 la constitution d\u2019une centrale qui permettrait un large regroupement syndical. Certaines d\u00e9clarations montrent une certaine sympathie pour la C.N.T.&nbsp;; certains propos\u00e8rent m\u00eame l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019A.I.T. et non \u00e0 la F.S.M.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh51\">51<\/a>] BEAULATON Raymond. op. ci t. p. 4.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh52\">52<\/a>] Bulletin Int\u00e9rieur de novembre 1948.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh53\">53<\/a>] Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh54\">54<\/a>] R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, n\u00b0327, mars 1949.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh55\">55<\/a>] Circulaire conf\u00e9d\u00e9rale n\u00b011, juin 1949.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh56\">56<\/a>] Lettre de Arthur Guiller, adh\u00e9rent de la 4\u00e8me U.R., envoy\u00e9e au bulletin int\u00e9rieur<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh57\">57<\/a>] Bulletin int\u00e9rieur, n\u00b012, novembre-d\u00e9cembre 1949.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh58\">58<\/a>] Beaulaton et Robert cr\u00e9ent par la suite l\u2019A.S.C.A. (Alliance Syndicale des Cheminots Anarchistes) dont l\u2019organe est le Rail encha\u00een\u00e9 (n\u00b01, avril 1953). Ils pr\u00e9virent pour 1954, la cr\u00e9ation d\u2019une \u201cConf\u00e9d\u00e9ration syndicale des travailleurs anarchistes avec l\u2019Alliance anarchiste des P.T.T. et l\u2019Alliance syndicale anarchiste de la R.A.T.P.\u201d. Cette conf\u00e9d\u00e9ration ne na\u00eetra jamais, ou peut-\u00eatre qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019Alliance Ouvri\u00e8re Anarchiste (A.O.A.) cr\u00e9\u00e9e en 1956.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh59\">59<\/a>] Les anarcho-syndicalistes fran\u00e7ais ont d\u2019une certaine mani\u00e8re repris le mod\u00e8le espagnol. La C.N.T. espagnole \u00e9tait en effet ouvertement anarchiste puisqu\u2019elle s\u2019\u00e9tait dot\u00e9e d\u2019une organisation politique anarchiste, la F.A.I. (F\u00e9d\u00e9ration Anarchiste Ib\u00e9rique). Or le succ\u00e8s du mod\u00e8le espagnol s\u2019explique par des raisons historiques qui ne sont pas les m\u00eames en France. En Espagne, l\u2019anarchisme dominait le mouvement ouvrier, alors qu\u2019en France, il n\u2019\u00e9tait qu\u2019une composante minoritaire de celui-ci.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh60\">60<\/a>] En prenant un \u00e9chantillon de militants qui ont particip\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation de la C.N.T. (par exemple en se r\u00e9f\u00e9rant au Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier), on voit clairement que la C.N.T. a principalement \u00e9t\u00e9 cr\u00e9e par des anarchistes de l\u2019entre-deux guerres.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh61\">61<\/a>] Le Lien, bulletin int\u00e9rieur de la F.A., N\u00b03, janvier-f\u00e9vrier-mars 1946.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh62\">62<\/a>] Maurice Joyeux quitte la C.N.T. pour rejoindre la C.G.T.F.O. \u00e0 laquelle il adh\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 sa retraite. Son d\u00e9part de la C.N.T. pour F.O. est cependant assez contradictoire puisqu\u2019il s\u2019opposait \u00e0 une unit\u00e9 entre la C.N.T. et la F.O. Il est \u00e9galement \u00e9tonnant que dans ses ouvrages autobiographiques, Maurice Joyeux ne fasse jamais allusion \u00e0 son passage \u00e0 la C.N.T. qu\u2019il a pourtant contribu\u00e9 \u00e0 fonder. D\u2019apr\u00e8s Raymond Beaulaton, certains militants avaient la double appartenance C.N.T. et F.O.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh63\">63<\/a>] Citation extraite de BIARD Roland. Histoire du mouvement anarchiste. 1945-1975. Editions Galil\u00e9e, 1976, p. 97.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh64\">64<\/a>] Ibid. Notons que le courant de Fontenis ne faisant pas l\u2019unanimit\u00e9 fut \u00e0 l\u2019origine d\u2019une scission \u00e0 la F.A. Fontenis cr\u00e9a alors la F\u00e9d\u00e9ration Communiste Libertaire (F.C.L.).<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh65\">65<\/a>] Premi\u00e8re page du Libertaire du 12 juillet 1947.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh66\">66<\/a>] PARANE S. \u201cvivant\u201d, Etudes anarchistes, n\u00b06, mai 1950.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh67\">67<\/a>] Toublet revient n\u00e9anmoins \u00e0 la C.N.T. en 1950 et est nomm\u00e9 responsable du C.S., apr\u00e8s l\u2019exclusion de Fernand Robert. Il quittera par la suite une nouvelle fois la C.N.T.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_399.html#nh68\">68<\/a>] PARANE S. \u201cvivant\u201d, Etudes anarchistes, n\u00b06, mai 1950.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article CNT-AIT 2006 UNE COURTE APOG\u00c9E (1945 &#8211; ANN\u00c9ES 1950) jeudi 19 octobre 2006 Nous verrons dans cette premi\u00e8re partie comment la C.N.T., apr\u00e8s sa constitution, conna\u00eet une rapide apog\u00e9e. Elle fut \u00e9court\u00e9e par des probl\u00e8mes th\u00e9oriques et pratiques qui divis\u00e8rent la C.N.T. 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