{"id":799,"date":"2010-09-01T20:30:22","date_gmt":"2010-09-01T18:30:22","guid":{"rendered":"https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/?p=799"},"modified":"2022-02-01T17:21:37","modified_gmt":"2022-02-01T16:21:37","slug":"histoire-de-la-cnt-de-1973-au-debut-des-annees-903eme-partie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/2010\/09\/01\/histoire-de-la-cnt-de-1973-au-debut-des-annees-903eme-partie\/","title":{"rendered":"Histoire de la CNT de 1973 au d\u00e9but des ann\u00e9es 90(3\u00e8me partie)"},"content":{"rendered":"\n<p>Article CNT-AIT 2006<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">UNE LONGUE RECONSTRUCTION<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>\u00c9tudier la reconstruction de la C.N.T. permet de conna\u00eetre le parcours de quelques militants, une vingtaine, qui se sont obstin\u00e9s \u00e0 remettre sur pied une organisation devenue quasi-inexistante. Cette t\u00e2che, loin d\u2019\u00eatre ais\u00e9e, aboutira \u00e0 la construction d\u2019un courant anarcho-syndicaliste organis\u00e9 au sein de ce qu\u2019on appelle les nouveaux mouvements sociaux. Cependant, ce d\u00e9veloppement ne se fit pas sans divisions, les probl\u00e8mes tant th\u00e9oriques que pratiques conduisant \u00e0 une scission.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1- Un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement&nbsp;: l\u2019interprofessionnel<\/h3>\n\n\n\n<p>La renaissance de la C.N.T. ne se fit pas par la cr\u00e9ation de sections syndicales sur les lieux de travail. Pendant quelques ann\u00e9es, elle n\u2019eut aucune base syndicale. La priorit\u00e9 \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 de consolider et de multiplier des noyaux de militants dans les villes, \u00e0 partir desquels des cr\u00e9ations de sections syndicales pourraient alors \u00eatre envisag\u00e9es. Il fallait donc dans un premier temps se lancer \u00e0 la conqu\u00eate des villes.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>a) \u00c9volution de l\u2019implantation g\u00e9ographique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La reconstruction de la C.N.T. dans les ann\u00e9es soixante-dix, se traduit tout d\u2019abord par une volont\u00e9 de d\u00e9velopper les unions locales correspondant essentiellement \u00e0 des noyaux de militants. Au lendemain du congr\u00e8s de 1973 tenu \u00e0 Paris, la C.N.T. ne comptait que six U.L. qui fonctionnaient r\u00e9ellement&nbsp;: Toulouse, Paris, Bordeaux, Marseille, Perpignan et Lyon. Il faut cependant nuancer le terme utilis\u00e9 par l\u2019organisation lorsqu\u2019elle parle d\u2019Unions Locales. Il ne s\u2019agit pas d\u2019unions qui regroupent les diff\u00e9rents syndicats des villes, mais de noyaux de militants. Il peut arriver que des syndicats existent, comme \u00e0 Toulouse o\u00f9 l\u2019on trouve un syndicat du b\u00e2timent, mais celui-ci n\u2019\u00e9tait anim\u00e9 que par un militant, Joseph Vincent. Ces syndicats sont le plus souvent des structures sans fonctionnement r\u00e9el et qui correspondent simplement aux professions des diff\u00e9rents militants du noyau C.N.T. de telle ou telle ville. Cette situation am\u00e8ne \u00e0 constituer des syndicats interprofessionnels permettant le regroupement de militants isol\u00e9s sur leur lieu de travail&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb1\">1<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont ces noyaux que la C.N.T. s\u2019efforce de multiplier. Par le biais de contacts, le plus souvent des individus isol\u00e9s dans leurs villes, la C.N.T. parvient \u00e0 mettre en place des groupes de militants dans des villes o\u00f9 elle \u00e9tait jusque-l\u00e0 absente. Lors du XV\u00e8me congr\u00e8s de l\u2019A.I.T. qui se tient \u00e0 Paris en 1975, le repr\u00e9sentant de la C.N.T. explique de cette fa\u00e7on leur mani\u00e8re de se d\u00e9velopper&nbsp;: \u201cCette section (la C.N.T.F.) reprend un peu \u201cdu poil de la b\u00eate\u201d depuis quatre ans. Dans certaines r\u00e9gions, les contacts d\u2019abord individuels ont donn\u00e9 naissance \u00e0 des groupes, puis \u00e0 des U.L. Notre activit\u00e9 est de structurer, d\u2019implanter des U.L. Ainsi, si il y a 5 ans, seules six U.L. fonctionnaient r\u00e9ellement, ce sont aujourd\u2019hui quinze qui travaillent\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb2\">2<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p>Si la C.N.T. s\u2019implante dans de plus en plus de villes, certaines sections ont toutefois une existence \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Prenons l\u2019exemple de Tarascon qui appara\u00eet lors du congr\u00e8s de 1979. Cette section ne r\u00e9appara\u00eet plus par la suite, alors que dans son compte-rendu d\u2019activit\u00e9 elle d\u00e9clarait pourtant avoir une douzaine de militants. Entre 1979 et 1981, des sections ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es comme \u00e0 Troyes, Nogent-le-Rotrou, Bonneville, Cannes, pour dispara\u00eetre rapidement, puisqu\u2019au congr\u00e8s de 1981 le B.C. d\u00e9clare ne plus avoir de nouvelles de ces sections. Dans le cas o\u00f9 elles ne disparaissent pas totalement, leur existence reste fragile. C\u2019est notamment le cas de la section de La Rochelle qui appara\u00eet en 1979. Mais du fait des difficult\u00e9s d\u2019implantation, elle ne r\u00e9appara\u00eet qu\u2019en 1985. L\u2019implantation par le biais de noyaux de militants conna\u00eet donc certaines limites.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9ographiquement, la C.N.T. se d\u00e9veloppe essentiellement dans la r\u00e9gion parisienne, o\u00f9 l\u2019on voit des sections appara\u00eetre dans les d\u00e9partements de l\u2019Ile de France. Dans les ann\u00e9es soixante-dix, la C.N.T., dans cette r\u00e9gion, n\u2019existait qu\u2019\u00e0 Paris avec un local situ\u00e9 rue de la Tour d\u2019Auvergne. Apr\u00e8s un conflit entre militants, la C.N.T. de Paris se divisa en deux, avec une section \u00e0 Saint-Ouen, et l\u2019autre rue de la Tour d\u2019Auvergne. La section de Saint-Ouen s\u2019installa rapidement au local de la C.N.T.E. en exil au 33, rue des Vignoles, qui restera le local de la C.N.T. de Paris, mais aussi le si\u00e8ge de la C.N.T. La C.N.T. bas\u00e9e rue de la Tour d\u2019Auvergne fut exclue en 1977&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb3\">3<\/a>]. Dans les ann\u00e9es quatre-vingt, deux sections \u00e9mergent \u00e0 Choisy et \u00e0 Plaisir. Entre 1989 et 1991, le mouvement s\u2019acc\u00e9l\u00e8re et la r\u00e9gion parisienne compte huit sections.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bilan de l\u2019implantation, malgr\u00e9 ces difficult\u00e9s, reste positif. Alors qu\u2019en 1973, la C.N.T. n\u2019existe que dans 12 villes&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb4\">4<\/a>], en 1991 elle est implant\u00e9e dans 30 villes ou d\u00e9partements et compte 26 syndicats professionnels avec une activit\u00e9 syndicale r\u00e9elle, contrairement \u00e0 1973, o\u00f9 les syndicats \u00e9taient des structures fant\u00f4mes. A la fin des ann\u00e9es quatre-vingt, les sections qui se cr\u00e9ent ne sont plus \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. M\u00eame si elles sont faibles en effectifs, elles maintiennent leur existence. Si entre 1973 et 1987 les noyaux de militants n\u2019ont pas toujours donn\u00e9 lieu \u00e0 de r\u00e9elles implantations, c\u2019est \u00e0 dire \u00e0 des sections qui se p\u00e9rennisent, \u00e0 partir du congr\u00e8s de 1987, celles qui se cr\u00e9ent ont une existence durable.<\/p>\n\n\n\n<p>En terme d\u2019effectifs, ce d\u00e9veloppement correspond \u00e0 celui d\u2019un groupuscule. En juillet 1978, \u00e0 partir d\u2019un rapport de la tr\u00e9sorerie conf\u00e9d\u00e9rale qui fait \u00e9tat du nombre de cartes demand\u00e9es par les U.L., on arrive \u00e0 un total de 178 cartes. Ce nombre est donc le maximum que l\u2019on puisse envisager dans la mesure o\u00f9 les commandes sont parfois sup\u00e9rieures \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, dans l\u2019espoir de voir arriver de nouveaux adh\u00e9rents. Quand une U.L. ne demande qu\u2019une carte&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb5\">5<\/a>] ou deux d\u2019adh\u00e9sion, le terme de \u201c noyau \u201d semble plus appropri\u00e9 pour qualifier le groupe. Il faut cependant souligner qu\u2019une U.L. telle que Arles qui ne commande qu\u2019une carte consolide au fil des ann\u00e9es son implantation avec une section dans une entreprise de transports qui remporte les \u00e9lections de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du personnel avec 85%. En revanche, lorsqu\u2019une section telle que Grenoble commande \u00e0 la tr\u00e9sorerie conf\u00e9d\u00e9rale quinze cartes, cela rel\u00e8ve du pur fantasme puisque cette U.L. dispara\u00eet rapidement pour ne r\u00e9appara\u00eetre qu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es quatre-vingt. On peut enfin remarquer \u00e0 partir de ce tableau que les villes de Bordeaux, Paris et Toulouse restent les bastions historiques de la C.N.T. Ce sont en effet les trois villes o\u00f9 la C.N.T. n\u2019a jamais r\u00e9ellement cess\u00e9 d\u2019exister&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb6\">6<\/a>]. Le nombre de 178 adh\u00e9rents ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9&nbsp;: le congr\u00e8s de 1981 permet de faire une autre estimation. A partir des comptes-rendus d\u2019activit\u00e9, la C.N.T. semblerait compter environ 110 adh\u00e9rents. Or, la section de Lille avance le nombre de 200 militants. On constate qu\u2019il est bien difficile d\u2019\u00e9valuer pr\u00e9cis\u00e9ment ces effectifs. Ainsi, afin d\u2019avoir une id\u00e9e de l\u2019\u00e9tat de la C.N.T. \u00e0 la fin des ann\u00e9es soixante-dix, d\u00e9but quatre-vingt, nous nous limiterons \u00e0 une estimation d\u2019environ 150 adh\u00e9rents. Ce nombre aussi ridicule soit-il, n\u2019en traduit pas moins une nette progression de l\u2019organisation si on le compare \u00e0 celui de 1973.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant les ann\u00e9es quatre-vingt, l\u2019organisation continue de progresser. Elle ne parvint pas cependant \u00e0 d\u00e9passer son stade groupusculaire. Au moment de la scission, en 1993, il est peu probable qu\u2019elle d\u00e9passe le millier d\u2019adh\u00e9rents. Il ne faut donc pas tenir compte de l\u2019article paru dans la revue Liaisons sociales du 19 novembre 1992. Dans cet article, nous pouvons lire&nbsp;: \u201cAujourd\u2019hui, la C.N.T. estime \u00e0 3000 le nombre de ses adh\u00e9rents et d\u00e9clare ne pas conna\u00eetre de crise du militantisme\u201d. Ce chiffre avanc\u00e9 par des dirigeants de la C.N.T. de Paris est grossi\u00e8rement gonfl\u00e9 et suscite m\u00eame de vives critiques de la part d\u2019U.L.&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb7\">7<\/a>]. En effet, au moment de la scission, la C.N.T. encore unifi\u00e9e devait compter un peu plus de 500 adh\u00e9rents&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb8\">8<\/a>] dont une bonne partie dans la r\u00e9gion parisienne qui connut un d\u00e9veloppement plus important que les autres U.L.<\/p>\n\n\n\n<p>Afin de consolider et de d\u00e9velopper ces sections, le travail effectu\u00e9 par les militants rel\u00e8ve parfois plus de celui d\u2019une organisation politique, c\u2019est \u00e0 dire qu\u2019il s\u2019inscrit dans une vision id\u00e9ologique avec des prises de positions politiques, d\u00e9passant le cadre syndical de l\u2019\u00e9conomie, \u00e0 savoir l\u2019entreprise.<\/p>\n\n\n\n<p><em>b) La C.N.T.&nbsp;: un \u201csyndicat-parti\u201d<\/em>&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb9\">9<\/a>]&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La base de la C.N.T. est tr\u00e8s souvent le syndicat interprofessionnel, appel\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019interco\u00a0\u00bb&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb10\">10<\/a>], et non la section d\u2019entreprise. Son d\u00e9veloppement repose donc tr\u00e8s peu sur ses activit\u00e9s syndicales&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb11\">11<\/a>]. L\u2019originalit\u00e9 de la C.N.T. tient \u00e0 sa dimension inter-professionnelle. Les activit\u00e9s des syndicats interprofessionnels consistent essentiellement \u00e0 un travail de propagande&nbsp;: collages d\u2019affiches, ventes du journal et parfois la parution de journaux propres aux intercos de certaines villes. Lille faisait para\u00eetre Action Directe, Paris Catacombes, et Toulouse La Castagne&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb12\">12<\/a>]. Ce travail de propagande abordait des th\u00e8mes souvent plus proches du politique que du syndicalisme. La C.N.T. ne se limite pas aux probl\u00e8mes li\u00e9s aux lieux de production. Elle traite en effet des probl\u00e8mes de soci\u00e9t\u00e9 tels que le ch\u00f4mage et la pr\u00e9carit\u00e9, le racisme, l\u2019antimilitarisme. A maintes reprises, elle participe \u00e0 des mouvements relatifs \u00e0 ces th\u00e8mes. Cette participation est bien entendue proportionnelle \u00e0 son niveau de d\u00e9veloppement. Ainsi, en 1983, elle m\u00e8ne une campagne anti-militariste contre le protocole Hernu-Savary. En 1984, elle sort tout un mat\u00e9riel de propagande (autocollants, affiches, nombreux articles dans le C.S.) contre les T.U.C. (Travaux d\u2019Utilit\u00e9 Collectifs) en d\u00e9non\u00e7ant le caract\u00e8re pr\u00e9caire de ces contrats. Mais la participation de la C.N.T. \u00e0 divers mouvement commence surtout \u00e0 partir des ann\u00e9es quatre-vingt-dix. En janvier 1991, la C.N.T. se mobilise pour lutter contre la guerre du Golfe. Outre la pr\u00e9sence de cort\u00e8ge C.N.T. dans les manifestations, elle participe \u00e9galement aux assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales et aux quelques gr\u00e8ves qui ont eu lieu parfois dans le public, notamment dans les centres de tri de Lyon et de Bordeaux o\u00f9 des militants de la C.N.T. prirent la parole \u201cpour expliquer la port\u00e9e sociale et anti-militariste de la gr\u00e8ve\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb13\">13<\/a>]. Elle est d\u2019ailleurs certainement la seule organisation syndicale \u00e0 appeler \u00e0 la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale, tout en \u00e9tant consciente que l\u2019\u00e9cho de cet appel sera insignifiant. En 1992, c\u2019est au cours des manifestations contre le Front National&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb14\">14<\/a>] que se forment des cort\u00e8ges rouges et noirs. Ceux-ci se manifestent \u00e0 nouveau lors des grandes manifestations pour la la\u00efcit\u00e9 en 1993. En 1994, la C.N.T. participe \u00e0 la manifestation nationale contre le ch\u00f4mage.<\/p>\n\n\n\n<p>La participation de la C.N.T. \u00e0 tous ces mouvements en tant que structure interprofessionnelle, si elle est volontairement la base de la C.N.T. pour certaines U.L., cela ne doit pas en revanche cacher une r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 savoir la difficult\u00e9 pour les militants de d\u00e9velopper des sections syndicales.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faut pas pour autant r\u00e9duire la C.N.T. \u00e0 un simple groupe id\u00e9ologique qui se limiterait \u00e0 brandir le drapeau rouge et noir de l\u2019anarcho-syndicalisme, et cela sans r\u00e9alit\u00e9 syndicale. En effet, \u00e0 partir des syndicats interprofessionnels, des sections d\u2019entreprises vont se cr\u00e9er. L\u2019int\u00e9r\u00eat des interprofessionnels est de consolider une base militante avant que les effectifs ne se dispersent dans leurs sections professionnelles. La C.N.T. n\u2019est donc pas seulement une composante du mouvement anarchiste fran\u00e7ais, elle est aussi une composante du syndicalisme fran\u00e7ais. Elle s\u2019est toujours efforc\u00e9e d\u2019affirmer son identit\u00e9 syndicale, sans renier pour autant son affiliation \u00e0 l\u2019anarchisme. La fin des ann\u00e9es soixante et le d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt correspond en effet \u00e0 une orientation syndicaliste\u00a0; orientation qui, comme nous allons le voir, conna\u00eet quelques succ\u00e8s mais aussi des limites.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2- La C.N.T., une organisation syndicale<\/h3>\n\n\n\n<p><strong>a &#8211; L\u2019affirmation de l\u2019identit\u00e9 syndicale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut avant tout souligner que la C.N.T. b\u00e9n\u00e9ficie de peu de sympathie au sein du milieu libertaire. Quand celui-ci n\u2019est pas anti-syndicaliste, il est hostile \u00e0 la C.N.T. consid\u00e9r\u00e9e comme un groupe id\u00e9ologique et non pas comme une organisation syndicale. Dans les ann\u00e9es soixante-dix, les libertaires pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent rester dans leurs centrales traditionnelles, C.G.T. et F.O., ou, ph\u00e9nom\u00e8ne nouveau \u00e0 partir de mai 68, entrent en grand nombre \u00e0 la C.F.D.T. A cette p\u00e9riode, les discours d\u2019Edmond Maire sur l\u2019autogestion attiraient beaucoup d\u2019anarchistes (et \u00e9galement des trotskistes de tendance L.C.R.). La C.F.D.T. \u00e9tait donc devenue la centrale id\u00e9ale aux yeux d\u2019une grande partie de la g\u00e9n\u00e9ration de mai 68, avec laquelle il \u00e9tait difficile pour la C.N.T. de rivaliser. Celle-ci, lass\u00e9e des critiques adress\u00e9es par le milieu libertaire, veut prouver qu\u2019il est possible de faire du syndicalisme \u00e0 la C.N.T.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re \u00e9tape de cette orientation syndicaliste, c\u2019est la campagne contre les \u00e9lections prud\u2019homales en 1979&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb15\">15<\/a>]. Cette campagne de boycott repositionne en effet la C.N.T. comme une organisation syndicale fran\u00e7aise et non plus comme une annexe de la C.N.T. espagnole&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb16\">16<\/a>]. Ce repositionnement ne trouve cependant d\u2019\u00e9cho qu\u2019au sein du mouvement libertaire&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb17\">17<\/a>] et il ne s\u2019agit l\u00e0 que d\u2019une activit\u00e9 de propagande.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019orientation syndicaliste ne se concr\u00e9tise r\u00e9ellement qu\u2019\u00e0 Bordeaux, en 1982 et 1983. Pendant ces deux ann\u00e9es, l\u2019U.L. de Bordeaux conna\u00eet quatre conflits pendant lesquels les syndicats C.N.T. jouent un r\u00f4le important. Le premier conflit eut lieu dans une entreprise du b\u00e2timent. Pendant ce conflit, la C.N.T. force la C.G.T. \u00e0 accepter que les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s soient \u00e9lus en assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales. La plupart de ces d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s sont des adh\u00e9rents de la C.N.T. Ce conflit aura permis \u00e0 la C.N.T. d\u2019avoir une influence au sein de l\u2019entreprise. Cette influence se manifeste lors des \u00e9lections au comit\u00e9 d\u2019entreprise qui eurent lieu apr\u00e8s le conflit. En effet, la C.N.T. est le seul syndicat \u00e0 appeler au boycott de ces \u00e9lections, appel qui eut un \u00e9cho dans la mesure o\u00f9 le taux d\u2019abstention fut de 75% dans toute l\u2019entreprise et de 100% l\u00e0 o\u00f9 la C.N.T. \u00e9tait pr\u00e9sente&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb18\">18<\/a>]. Le second conflit fut celui des cin\u00e9mas Concorde de Bordeaux dans lesquels la C.N.T. mena une gr\u00e8ve assez dure avec boycott des cin\u00e9mas. Autre gr\u00e8ve \u00e0 laquelle participa la C.N.T., celle de l\u2019usine S.A.F.T. (m\u00e9tallurgie). Le syndicat de cette usine n\u2019\u00e9tant pas reconnu par la direction, il du pour pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier des droits syndicaux (panneaux d\u2019affichage, pr\u00e9sence du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical aux r\u00e9unions du comit\u00e9 d\u2019entreprise) se pr\u00e9senter aux \u00e9lections des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du personnel. Mais le principal conflit reste celui de la clinique des Orangers en 1983. Cette gr\u00e8ve, si elle n\u2019a rien de particulier en soi constitue cependant un symbole fort pour la C.N.T. puisque, \u00e9tant le seul syndicat, c\u2019est elle qui m\u00e8ne le conflit. Ce conflit a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 au niveau de toute l\u2019organisation et ne s\u2019est pas limit\u00e9 \u00e0 l\u2019U.L. de Bordeaux. Il a mobilis\u00e9 beaucoup de force militante&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb19\">19<\/a>]. A travers cette gr\u00e8ve, la C.N.T. rencontre une certaine sympathie sur le plan local, puisqu\u2019elle voit l\u2019adh\u00e9sion d\u2019ambulanciers \u00e9galement en gr\u00e8ve et qui \u00e9taient \u00e0 la C.G.T. Ces adh\u00e9sions sont importantes dans la mesure o\u00f9 il ne s\u2019agit pas d\u2019anarchistes qui rejoignent la C.N.T., mais de syndicalistes qui quittent la C.G.T. pour la C.N.T. C\u2019est ce type d\u2019adh\u00e9sion, non id\u00e9ologique, qui confirme l\u2019identit\u00e9 syndicaliste de la C.N.T. L\u2019utilisation maximale du conflit, au niveau national, eut un impact positif au sein du milieu libertaire. A la suite de ces deux ann\u00e9es d\u2019intense activit\u00e9 \u00e0 Bordeaux&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb20\">20<\/a>], la C.N.T. n\u2019\u00e9tait plus un simple groupuscule d\u2019id\u00e9ologues anarcho-syndicalistes et pouvait d\u00e8s lors se faire reconna\u00eetre en tant que syndicat.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ces conflits, sur le plan national, n\u2019ont eu une importance que symbolique. Ils n\u2019ont pas aboutit \u00e0 une r\u00e9elle implantation syndicale. L\u2019implantation dans le priv\u00e9 est ainsi suspendue pendant quelques ann\u00e9es. Le public constitue quant \u00e0 lui l\u2019occasion de devenir une organisation syndicale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>b) Le secteur public&nbsp;: un tremplin pour la C.N.T.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le secteur public correspond en effet beaucoup plus \u00e0 un fief d\u2019implantation que le priv\u00e9. Le syndicalisme b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une tol\u00e9rance plus large dans le public que dans le priv\u00e9, la C.N.T. eut plus de facilit\u00e9 \u00e0 s\u2019exprimer.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019\u00e9ducation qui fut le premier secteur professionnel o\u00f9 la C.N.T. parvint \u00e0 s\u2019implanter. Le syndicat de l\u2019\u00e9ducation de Toulouse avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 publier en f\u00e9vrier 1979 Le Courrier de l\u2019\u00e9ducation libertaire. Ce journal devait servir \u00e0 l\u2019origine \u00e0 maintenir une liaison entre des enseignants de Toulouse, Tarbes et Montauban r\u00e9unis lors d\u2019une r\u00e9union. Mais Le Courrier de l\u2019\u00e9ducation libertaire est tr\u00e8s vite devenu un journal s\u2019adressant non pas seulement aux c\u00e9n\u00e9tistes mais \u201c\u00e0 tous les autres libertaires du secteur \u00e9ducation\u201d. Entre 1979 et 1981, le tirage de ce journal passe de cent \u00e0 six cent exemplaires. Outre ce journal qui ne concerne que le syndicat de l\u2019\u00e9ducation de Toulouse, la C.N.T. conna\u00eet une forte activit\u00e9 dans ce secteur entre 1980 et 1982. Au Havre et \u00e0 Lille, elle participe en 1980 \u00e0 la gr\u00e8ve des M.I.\/S.E. (Ma\u00eetres d\u2019Internat\/Surveillants Externes) et des instituteurs. A Toulouse, en plus de l\u2019activit\u00e9 de propagande, le syndicat participe \u201cactivement\u201d \u00e0 la gr\u00e8ve des \u00e9ducateurs sp\u00e9cialis\u00e9s \u00e0 travers une intersyndicale C.G.T.\/C.F.D.T.\/C.N.T. et une coordination des \u00e9ducateurs en formation sur le plan national. En 1981 et 1982, la C.N.T. poursuit son orientation syndicale. En effet, la r\u00e9forme de la fonction publique avec les lois Auroux permet \u00e0 la C.N.T. de d\u00e9velopper un discours syndicaliste contre l\u2019int\u00e9gration du syndicalisme, et d\u2019appara\u00eetre ainsi comme une organisation syndicale dans l\u2019\u00e9ducation. La C.N.T. conna\u00eet alors de nouvelles adh\u00e9sions dans ce secteur, mais qui restent cependant tr\u00e8s faibles. Les sections dans le secteur de l\u2019\u00e9ducation se multiplient peu \u00e0 peu dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es quatre-vingt, mais semble conna\u00eetre un recul par la suite. L\u2019implantation de la C.N.T. dans l\u2019\u00e9ducation semble s\u2019\u00eatre sold\u00e9e par un \u00e9chec dans cette premi\u00e8re moiti\u00e9 des ann\u00e9es quatre-vingt. En effet, quand ces syndicats ne disparaissent pas&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb21\">21<\/a>], ils se r\u00e9organisent souvent en structures plus larges, les syndicats Sant\u00e9-Social-Education (S.S.E.), ce qui r\u00e9v\u00e8le leur faiblesse.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, le nombre de ces syndicats S.S.E. progresse quelque peu au d\u00e9but des ann\u00e9es quatre-vingt-dix, donnant lieu en mars 1992 \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une f\u00e9d\u00e9ration S.S.E. Lors de la constitution de cette f\u00e9d\u00e9ration, seulement cinq syndicats S.S.E. ou li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation \u00e9taient pr\u00e9sents. La cr\u00e9ation de cette f\u00e9d\u00e9ration traduit la volont\u00e9 pour la C.N.T. de se structurer selon le sch\u00e9ma traditionnel d\u2019une conf\u00e9d\u00e9ration syndicale&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb22\">22<\/a>] et donc d\u2019affirmer encore une fois son identit\u00e9 syndicale. Cette structure, qui certes traduit le d\u00e9veloppement de l\u2019organisation mais dans le m\u00eame temps un signe de faiblesse, n\u2019en reste pas moins originale dans la mesure o\u00f9 elle f\u00e9d\u00e8re des syndicats qui n\u2019ont parfois pas grand chose en commun.<\/p>\n\n\n\n<p>La C.N.T. poursuit cependant son d\u00e9veloppement dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation. Quelques syndicats d\u2019enseignants se cr\u00e9ent, mais la nouveaut\u00e9 r\u00e9side surtout dans l\u2019organisation des \u00e9tudiants au sein de la C.N.T. Si les statuts avaient envisag\u00e9 l\u2019organisation des jeunes au sein de la C.N.T. avec la constitution de Jeunesses Syndicalistes R\u00e9volutionnaires comme cela avait \u00e9t\u00e9 le cas \u00e0 la fin des ann\u00e9es soixante, la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er des syndicats \u00e9tudiants n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb23\">23<\/a>]. C\u2019est \u00e0 Caen qu\u2019une structure \u00e9tudiante appara\u00eet pour la premi\u00e8re fois en 1991 sous le nom de Coordination Libertaire Etudiante, mais elle se limite \u00e0 cette ville. C\u2019est l\u2019ann\u00e9e suivante que l\u2019implantation de la C.N.T. dans l\u2019\u00e9ducation \u00e0 travers les jeunes se confirme avec la cr\u00e9ation en juin 1992 de la F.A.U. (Formation Action Universitaire)&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb24\">24<\/a>]. A ses d\u00e9buts, ce syndicat n\u2019existe que dans la r\u00e9gion parisienne et est surtout pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Paris X (Nanterre). La F.A.U. est partie prenante du syndicat des travailleurs de l\u2019\u00e9ducation de la r\u00e9gion parisienne. Dans sa plate-forme&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb25\">25<\/a>], la F.A.U. se positionne aux \u201cantipodes du corporatisme universitaire\u201d et a entre autres pour but \u201cde faire le lien entre le monde du travail et de l\u2019\u00e9ducation\u201d. Elle se refuse \u00e0 \u00eatre \u201cun syndicat \u00e9tudiant corporatiste et jamais elle ne limitera son action au seul cr\u00e9neau de l\u2019enseignement\u201d. Ce syndicat conna\u00eet quelques activit\u00e9s lors de la lutte contre les expuls\u00e9s de Vincennes et lors des manifestations contre le C.I.P. en 1993. Son implantation reste cependant localis\u00e9e et il faut attendre le mouvement de novembre-d\u00e9cembre 1995 pour qu\u2019elle devienne une composante non n\u00e9gligeable du paysage syndical \u00e9tudiant.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019inverse de l\u2019\u00e9ducation, la C.N.T. conna\u00eet un d\u00e9veloppement croissant et continu dans le secteur des P.T.T. Les P.T.T. peuvent en effet \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme le principal fer de lance pour la C.N.T. Ce secteur repr\u00e9sente \u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es quatre-vingts un fort potentiel de d\u00e9veloppement syndical pour la C.N.T., comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas pour la C.F.T.C. ou pour F.O., et comme \u00e7a le sera par la suite pour S.U.D. Il est cependant plus r\u00e9aliste de comparer la situation de la C.N.T. \u00e0 celle que conna\u00eet dans le m\u00eame temps le S.U.D.-P.T.T. Le fait que ces deux organisations syndicales connaissent un d\u00e9veloppement dans les P.T.T. tient certainement \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019une extr\u00eame-gauche (trotskistes de la L.C.R. ou anarchistes) dans ce secteur. Dans les P.T.T., cette extr\u00eame-gauche \u00e9tait organis\u00e9e essentiellement \u00e0 la C.F.D.T. pour les raisons que nous avons vues pr\u00e9c\u00e9demment. Si ce sont des anciens de la C.F.D.T. qui cr\u00e9ent S.U.D.-P.T.T.\u00a0[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb26\">26<\/a>], ce sont \u00e9galement, pour une bonne partie, des anciens de la C.F.D.T. qui renforcent la C.N.T.-P.T.T. Le secteur des P.T.T. est ainsi l\u2019illustration et la sc\u00e8ne d\u2019une recomposition syndicale par l\u2019action de militants issus de l\u2019extr\u00eame-gauche\u00a0[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb27\">27<\/a>].<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9veloppement de la C.N.T. dans les P.T.T. ne devient r\u00e9el qu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es quatre-vingts. Son implantation auparavant \u00e9tait limit\u00e9e \u00e0 Paris, alors seule ville \u00e0 poss\u00e9der un syndicat dans les P.T.T. Puis, en 1987, apr\u00e8s la cr\u00e9ation un an plus t\u00f4t de la f\u00e9d\u00e9ration P.T.T., on compte cinq syndicats C.N.T.-P.T.T. Lors du congr\u00e8s de 1991, onze syndicats P.T.T. sont recens\u00e9s dont trois pour la r\u00e9gion parisienne. Le secteur des P.T.T. constitue alors le principal lieu d\u2019implantation de la C.N.T. A en croire un texte d\u2019un militant des P.T.T., \u201cle secteur P.T.T. repr\u00e9sente environ 1\/3 de la conf\u00e9d\u00e9ration en adh\u00e9rent(e)s\u201d&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb28\">28<\/a>]. Afin de comprendre l\u2019importance des P.T.T. dans certaines localit\u00e9s, il est int\u00e9ressant de s\u2019arr\u00eater sur l\u2019exemple lyonnais qui illustre le d\u00e9veloppement de la C.N.T. Si dans de nombreuses villes, c\u2019est le mod\u00e8le interprofessionnel qui a pr\u00e9valu pour se d\u00e9velopper, \u00e0 Lyon c\u2019est le sch\u00e9ma inverse qui s\u2019est r\u00e9alis\u00e9&nbsp;[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nb29\">29<\/a>]. Apr\u00e8s leur exclusion de la C.F.D.T. en 1977, des travailleurs des P.T.T. cr\u00e9ent en 1978 un Syndicat Autogestionnaire des Travailleurs (S.A.T.). Mais, en 1985, ce syndicat ouvertement anarcho-syndicaliste qui regroupa jusqu\u2019\u00e0 soixante adh\u00e9rents fut dissout suite \u00e0 sa non-reconnaissance juridique. Sept anciens adh\u00e9rents de ce syndicat d\u00e9cident alors de cr\u00e9er une C.N.T.-P.T.T. Ce syndicat implant\u00e9 dans un centre de tri de Lyon, celui de Montrochet, conna\u00eet un d\u00e9veloppement lors des gr\u00e8ves de novembre 1987 contre le projet de Longuet visant la privatisation des t\u00e9l\u00e9coms et de la poste. La C.N.T. anime une gr\u00e8ve de 12 jours dans ce centre de tri, ce qui lui vaut la sympathie de nombreux travailleurs, notamment \u00e0 cause de l\u2019attitude des autres syndicats qui mettaient en gr\u00e8ve les autres centres de tri un \u00e0 un. Le deuxi\u00e8me moment fort pour ce syndicat est la fermeture du centre de tri de Montrochet en octobre 1993. La C.N.T. lance alors une gr\u00e8ve qui dura un mois avec occupation des locaux. Le syndicat C.N.T.-P.T.T. de Lyon poursuit son travail \u00e9galement en-dehors des P.T.T. en maintenant une pr\u00e9sence dans les manifestations d\u2019ordre politique, notamment contre la guerre du Golfe. Cette participation aux manifestations g\u00e9n\u00e9rales qui facilitent la propagande conna\u00eet un succ\u00e8s en 1994 lorsque cinq personnes d\u00e9cid\u00e8rent de cr\u00e9er un syndicat interprofessionnel. Le d\u00e9veloppement de la C.N.T. lyonnaise trouve ainsi son origine dans la C.N.T.-P.T.T.<\/p>\n\n\n\n<p>La C.N.T. a donc connu un d\u00e9veloppement dans le secteur public et principalement dans les P.T.T. Cependant, la C.N.T. est encore loin de peser sur le champ syndical. Si au cours des ann\u00e9es quatre-vingts, la C.N.T. a voulu prouver qu\u2019il \u00e9tait possible de faire du syndicalisme dans son organisation, cette orientation n\u2019est plus pour certains syndicats la priorit\u00e9. Le d\u00e9sir de construire une organisation selon les structures traditionnelles du syndicalisme (sections syndicales, f\u00e9d\u00e9rations) est remis en cause.<\/p>\n\n\n\n<p>NOTES<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh1\">1<\/a>] Il faut noter que lors des congr\u00e8s, aux c\u00f4t\u00e9s des syndicats interprofessionnels qui prennent part aux votes, les sections syndicales comme le S.U.B. de Toulouse votent \u00e9galement. Autrement dit, les militants qui votent pour le syndicat interprofessionnel sont les m\u00eames qui votent pour les sections syndicales. Un militant adh\u00e8re donc parfois \u00e0 deux syndicat&nbsp;: le syndicat interprofessionnel et au syndicat correspondant \u00e0 sa profession (quand celui-ci existe, car les militants ne cr\u00e9ent pas syst\u00e9matiquement un syndicat fant\u00f4me sur leur lieu de travail).<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh2\">2<\/a>] Compte-rendu du XV\u00e8me congr\u00e8s de l\u2019A.I.T.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh3\">3<\/a>] Le groupe bas\u00e9 rue de la Tour d\u2019Auvergne a continu\u00e9 son activit\u00e9 sous le nom de CNT 2\u00e8me UR. Il a fusionn\u00e9 avec la CNT-AIT en mars 2006.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh4\">4<\/a>] Sur ces douze villes, elle cesse d\u2019exister dans certaines d\u2019entre elles comme Lorient et Pau pour y r\u00e9appara\u00eetre plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh5\">5<\/a>] Attention, cela ne signifie pas qu\u2019il n\u2019y ait qu\u2019un seul militant, m\u00eame si cette situation se retrouve parfois.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh6\">6<\/a>] La quatri\u00e8me ville o\u00f9 cette continuit\u00e9 s\u2019observe \u00e9galement et qui ne figurait pas dans le rapport de la tr\u00e9sorerie conf\u00e9d\u00e9rale, c\u2019est Marseille<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh7\">7<\/a>] Ce gonflement des effectifs s\u2019observe \u00e0 nouveaux dans un article du Monde, o\u00f9 la C.N.T.-Vignoles avance le nombre de 3 000, cf. Le Monde du 7 ao\u00fbt 1999. Ces chiffres sont totalement mensongers. A l\u2019\u00e9poque o\u00f9 ces articles sont parus, il est plus r\u00e9aliste d\u2019\u00e9valuer les effectifs de la C.N.T.-Vignoles entre 1000 et 1500 adh\u00e9rents. Le cort\u00e8ge de la C.N.T. \u00e0 Paris, \u00e0 l\u2019occasion du 1er mai 2000, certes imposant (sup\u00e9rieur \u00e0 celui de la C.G.T.) donne l\u2019illusion d\u2019une importante organisation. Or, ce cort\u00e8ge \u00e9tait compos\u00e9 de nombreux sympathisants, de militants de syndicats \u00e9trangers tels que la C.G.T. espagnole et la S.A.C. su\u00e9doise. De plus, le fait de doter un grand nombre de militants de banderoles et de drapeaux rouges et noirs donne l\u2019impression d\u2019une foule compacte et d\u2019une forte densit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh8\">8<\/a>] Estimation de militants.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh9\">9<\/a>] Cette formulation est celle BROCHIER Jean-Luc et DELOUCHE Herv\u00e9. Les nouveaux sans-culottes. Enqu\u00eate sur l\u2019extr\u00eame-gauche. Grasset, 2000. 286 p.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh10\">10<\/a>] Abr\u00e9viation de syndicat inter-corporatif<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh11\">11<\/a>] Nous entendons par l\u00e0, les activit\u00e9s r\u00e9alis\u00e9es dans les entreprises, sur le lieu de travail.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh12\">12<\/a>] Ces journaux \u00e9taient des suppl\u00e9ments \u00e0 Espoir et n\u2019ont pas connu une longue vie. A partir de la fin des ann\u00e9es quatre-vingt, on voit rena\u00eetre des journaux r\u00e9gionaux&nbsp;: Guerre sociale publi\u00e9 par la C.N.T. Doubs&nbsp;; La lettre du C.D.E.S. par Toulouse&nbsp;; Il vit souvent la nuit (faisant allusion au chat noir) par la C.N.T. Pau.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh13\">13<\/a>] Le Combat syndicaliste, n\u00b0108, janvier 1991. La C.N.T. n\u2019est cependant pas la seule organisation syndicale \u00e0 s\u2019\u00eatre mobilis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh14\">14<\/a>] Ces manifestations anti-F.N. rassemblant souvent un grand nombre de jeunes, on peut se demander si la participation de la C.N.T. \u00e0 celles-ci ne lui aurait pas facilit\u00e9 la venue des jeunes.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh15\">15<\/a>] La C.N.T. lance \u00e0 nouveau cette campagne lors des \u00e9lections prud\u2019homales suivantes (1983, 1987, 1991). Le slogan de ces campagnes est que \u201cles prud\u2019hommes ne d\u00e9fendent pas les travailleurs, ils les jugent\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh16\">16<\/a>] Cette situation cessa \u00e0 la mort de Franco, lorsque la C.N.T. espagnole redevient une organisation l\u00e9gale.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh17\">17<\/a>] D\u2019apr\u00e8s des militants, la F.A. aurait tent\u00e9 de freiner cet \u00e9cho, dans la mesure o\u00f9 la C.N.T. \u00e9tait quasiment boycott\u00e9e sur Radio-Libertaire.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh18\">18<\/a>] Ces chiffres sont donn\u00e9s par l\u2019U.L. de Bordeaux \u00e0 l\u2019occasion du congr\u00e8s de 1987.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh19\">19<\/a>] Des militants de Toulouse se sont rendus une semaine sur les lieux de la gr\u00e8ve pour soutenir les infirmi\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh20\">20<\/a>] Nous ne faisons ici qu\u2019\u00e9num\u00e9rer les diff\u00e9rents conflits. Ces mouvements se sont accompagn\u00e9s par la suite d\u2019une forte r\u00e9pression patronale (proc\u00e8s, licenciements). L\u2019U.L. de Bordeaux tira un bilan assez critique de ces deux ann\u00e9es de conflits. Compte-rendu d\u2019activit\u00e9s des syndicats pour le 18\u00e8me congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh21\">21<\/a>] Dans des villes comme Troyes et Nogent-le-Rotrou, nouveaux lieux d\u2019implantation de la C.N.T., ces nouveaux adh\u00e9rents se sont imm\u00e9diatement organis\u00e9s en syndicat de l\u2019\u00e9ducation et ce sans base militante. Leur existence fut alors \u00e9ph\u00e9m\u00e8re (deux, trois ans).<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh22\">22<\/a>] Nous verrons que cette structuration ne fait pas l\u2019unanimit\u00e9 au sein de la C.N.T. et qu\u2019elle est un des objets de la division qui donna lieu \u00e0 la scission.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh23\">23<\/a>] L\u2019existence de syndicat \u00e9tudiant au sein d\u2019une organisation syndicale constitue une nouveaut\u00e9. Il existera par la suite des syndicats S.U.D. \u00e9tudiant, mais S.U.D. n\u2019\u00e9tant pas une conf\u00e9d\u00e9ration, la C.N.T. reste la seule conf\u00e9d\u00e9ration \u00e0 organiser en son sein des \u00e9tudiants.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh24\">24<\/a>] Bien que la F.A.U. a entre autre pour but de regrouper \u201cles \u00e9tudiants, les I.A.T.O.S.S., les professeurs&#8230;\u201d (plate-forme), sa composante est essentiellement \u00e9tudiante.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh25\">25<\/a>] Cette plate-forme est publi\u00e9e dans le Combat syndicaliste, n\u00b0124, juin 1992.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh26\">26<\/a>] Anciens de la C.F.D.T. mais aussi pour certains d\u2019entre eux des membres de la L.C.R. comme Christophe Aguiton.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh27\">27<\/a>] Ce constat ne signifie pas pour autant que S.U.D.-P.T.T. et C.N.T.-P.T.T. sont identiques sur le plan id\u00e9ologique ou syndical. Au contraire, leurs pratiques syndicales telle que se pr\u00e9senter ou non aux \u00e9lections des commissions administratives paritaires suffisent \u00e0 les diff\u00e9rencier.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh28\">28<\/a>] Alternative syndicaliste, n\u00b02, octobre 1992. Nous tenons \u00e0 \u00e9mettre une hypoth\u00e8se qui nous semble int\u00e9ressante. En 1989, au moment o\u00f9 S.U.D.-P.T.T. se cr\u00e9e, les deux organisations qui repr\u00e9sentent une sorte de gauche du syndicalisme sont assez concurrentes, S.U.D. ne pouvant pr\u00e9voir le succ\u00e8s qu\u2019il aura plus tard. Si la C.N.T.-P.T.T. s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e aux \u00e9lections des C.A.P., il aurait \u00e9t\u00e9 probable qu\u2019elle vole la vedette \u00e0 S.U.D. ou du moins qu\u2019elle se montre embarrassante pour le d\u00e9veloppement de ce dernier. Cette id\u00e9e a certainement d\u00fb traverser l\u2019esprit des dirigeants de S.U.D.-P.T.T. D\u2019o\u00f9, peut-\u00eatre, l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019envisager le regroupement des deux organisations au sein d\u2019un syndicat plus large.<\/p>\n\n\n\n<p>[<a href=\"http:\/\/sipncntait.free.fr\/article_401.html#nh29\">29<\/a>] D\u2019apr\u00e8s l\u2019article de BEN. \u201chistoire de l\u2019anarcho-syndicalisme et du syndicalisme r\u00e9volutionnaire \u00e0 Lyon de 1971 \u00e0 1999\u201d, in La Griffe, n\u00b017, juin 2000. pp. 11-14 et des militants de la C.N.T.-P.T.T. de Lyon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article CNT-AIT 2006 UNE LONGUE RECONSTRUCTION \u00c9tudier la reconstruction de la C.N.T. permet de conna\u00eetre le parcours de quelques militants, une vingtaine, qui se sont obstin\u00e9s \u00e0 remettre sur pied une organisation devenue quasi-inexistante. 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