{"id":822,"date":"2010-09-01T22:00:10","date_gmt":"2010-09-01T20:00:10","guid":{"rendered":"https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/?p=822"},"modified":"2021-12-24T11:17:55","modified_gmt":"2021-12-24T10:17:55","slug":"breve-histoire-de-la-cnt-espagnole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/2010\/09\/01\/breve-histoire-de-la-cnt-espagnole\/","title":{"rendered":"Br\u00e8ve histoire de la  CNT espagnole"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>I.<\/strong>&nbsp;De la fondation au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930<\/p>\n\n\n\n<p>Organisation ouvri\u00e8re espagnole continuatrice de la vieille F\u00e9d\u00e9ration r\u00e9gionale [de l\u2019AIT]. Cette derni\u00e8re, sous diff\u00e9rents sigles, avait surv\u00e9cu depuis 1870, en d\u00e9pit des p\u00e9rip\u00e9ties de la r\u00e9pression. La CNT poursuit la tradition de l\u2019aile bakouniniste de la premi\u00e8re Internationale. C\u2019est un mouvement ouvrier orient\u00e9 qui a pour but le renversement aussi bien du syst\u00e8me capitaliste que de toute forme d\u2019\u00c9tat, qui aspire \u00e0 la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 actuelle en un socialisme int\u00e9gral, sans transiger sur les formules autoritaires bourgeoisies ni sur la pr\u00e9tendue dictature du prol\u00e9tariat propos\u00e9 par les \u00e9coles socialistes autoritaires.<br>La CNT fut fond\u00e9e \u00e0 Barcelone en 1910, durant le congr\u00e8s de l\u2019organisation Solidaridad Obrera, qui s\u2019\u00e9tait reconnue limit\u00e9e lors de la critique des \u00e9v\u00e9nement de 1909 , durement r\u00e9prim\u00e9s par le gouvernement d\u2019Antonio Maura et Juan de la Cierva.<br>Ses tactiques de luttes pour les revendications imm\u00e9diates sont celles du syndicalisme fran\u00e7ais du d\u00e9but du XX si\u00e8cle : l\u2019action directe entre les parties en conflit, le boycott, le sabotage, la gr\u00e8ve professionnelle et r\u00e9volutionnaire (gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale expropriatrice). Le syndicalisme r\u00e9volutionnaire pro-pose le f\u00e9d\u00e9ralisme de ses syndicats et de ses f\u00e9d\u00e9rations comme solution fonctionnelle de la soci\u00e9t\u00e9 post r\u00e9volutionnaire<br>La CNT eut \u00e0 peine le temps de tenir son premier congr\u00e8s en 1911, qu\u2019elle dut se terrer dans la clandestinit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 1914. Lorsque la Premi\u00e8re Guerre mondiale \u00e9clata, il y eut dans la Catalogne industrielle une expansion \u00e9conomique due au fait que l\u2019Espagne, qui ne participait pas au conflit, approvisionnait les arm\u00e9es des alli\u00e9s. Il y eut par voie de cons\u00e9quence une demande de main d\u2019\u0153uvre non sp\u00e9cialis\u00e9e, une forte immigration vers la Catalogne et le Pays basque d\u2019ouvriers agricoles. L\u2019incompr\u00e9hension proverbiale de la bourgeoisie permit que les ouvriers barcelonais, d\u00e9j\u00e0 aguerris dans les luttes sociales, forgent leur conscience de classe.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e9ment explosif se trouva \u00eatre le manque de produits alimentaires et la hausse des prix. La pes\u00e8te en vint \u00e0 perdre la moiti\u00e9 de son pouvoir d\u2019achat, tandis que les salaires journaliers n\u2019avaient augment\u00e9 que de 20 \u00e0 40 %. Il y eut des gr\u00e8ves et des agitations pour demander la baisse des prix des denr\u00e9es plus que pour la hausse des salaires . La CNT fit en 1916 un pacte avec l\u2019UGT [le syndicat d\u00e9pendant du PS] et les deux centrales lanc\u00e8rent la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale. La bourgeoisie dut c\u00e9der parfois \u00e0 cause de cette conjoncture exceptionnelle pour ses int\u00e9r\u00eats et les gr\u00e8ves victorieuses faisaient que le prestige de l\u2019organisation montait vertigineusement.<br>Sous l\u2019\u00e9gide de la CNT et de l\u2019UGT, une gr\u00e8ve r\u00e9volutionnaire \u00e9clata en ao\u00fbt 1917. En 1917 tous les groupes politiques de gauches, pouss\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements sensationnels qui s\u2019\u00e9taient produit en Russie, croyaient compl\u00e8tement \u00e0 une influence r\u00e9volutionnaire sur l\u2019arm\u00e9e espagnole. Le gouverne-ment fit \u00e9chouer, tr\u00e8s habilement, une assembl\u00e9e de parlementaires qui \u00e9taient all\u00e9 semer l\u2019insubordination \u00e0 Barcelone. Il domina la fronde militaire avec des promesses de satisfaction de leurs demandes et il provoqua autant et quand il le voulut la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale r\u00e9volutionnaire que devaient d\u00e9clencher les cheminots second\u00e9s par la CNT et l\u2019UGT. Les militaires rebelles renouvel\u00e8rent leur attitude de discipline en mitraillant les travailleurs.<br>En 1918, la CNT r\u00e9organisait sa structure avec l\u2019innovation qu\u2019\u00e9taient les \u00ab syndicats uniques \u00bb , nouvelle formule de regroupement industriel. Mais subitement on passa \u00e0 une \u00e9conomie d\u2019apr\u00e8s guerre, sans avoir de base solide. La crise commen\u00e7a \u00e0 se faire jour. De s\u00e9rieux conflits apparurent contre l\u2019oligarchie industrielle, en faveur alors d\u2019une intransigeance atroce. En 1919, la CNT prend de l\u2019importance, passant de 800.000 \u00e0 un million d\u2019adh\u00e9rents. L\u2019UGT n\u2019en contr\u00f4lait que quelques 300.000. Une grande d\u00e9monstration de force et d\u2019organisation a \u00e9t\u00e9 le conflit \u00e0 l\u2019entreprise \u00ab Canadiense \u00bb (Riegos y Fuerza del Ebro), puissante compagnie hydro\u00e9lectrique o\u00f9 le syndicat uni-que fut mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. La bourgeoisie allait prendre sa revanche avec la d\u00e9claration d\u2019un vaste lock-out fin 1918. La gr\u00e8ve avait dur\u00e9 44 jours paralysant 70 % de l\u2019industrie de la province de Barcelone. Le lock-out fut de 10 semaines et toucha 200.000 travailleurs. Cette offensive patronale avait choisi le moment de la d\u00e9pression \u00e9conomique pour concentrer contre l\u2019organisation ouvri\u00e8re toutes les forces r\u00e9actionnaires de Catalogne. La bourgeoisie industrielle s\u2019\u00e9tait organis\u00e9e \u00e0 son tour en une sorte de \u00ab syndicat unique \u00bb : la F\u00e9d\u00e9ration patronale, qui nommait et limogeait les pr\u00e9fets [gobernadores civiles]. Deux de ces pr\u00e9fets, cr\u00e9atures de la F\u00e9d\u00e9ration patronale furent le comte Salvatierra et le g\u00e9n\u00e9ral Mart\u00ednez Anido. Ce dernier devint une sorte de vice-roi de 1920 \u00e0 1922, car c\u2019est sous ses ordres qu\u2019eut lieu la r\u00e9pression anti-ouvri\u00e8re la plus f\u00e9roce dans l\u2019histoire sociale espagnole. Les militants ouvriers les plus connus \u00e9taient d\u00e9busqu\u00e9s \u00e0 chaque coin de rues par des tueurs \u00e0 gage pay\u00e9s par le patronat. Tous les jours les \u00ab actions \u00bb de ces \u00ab pistoleros \u00bb nourrissaient la chronique barcelonaise des homicides. Ces criminels \u00e9tendaient parfois leur rayon d\u2019action au reste de la r\u00e9gion catalane, en Aragon et \u00e0 Valence. L\u2019assassinat atteignit le comble de la perfection avec la pr\u00e9tendue \u00ab loi de fuite \u00bb, proc\u00e9d\u00e9 qui consistait \u00e0 ce que d\u00e8s l\u2019aube on sorte certains prisonniers de prison sous le pr\u00e9texte de les lib\u00e9rer. En allant \u00e0 leur domicile ils \u00e9taient cribl\u00e9s de balles par des tueurs post\u00e9s \u00e0 chaque coin de rues. Les attentats se faisaient aussi en plein jour, vu l\u2019impunit\u00e9 dont jouissaient les agresseurs munis de laissez-passer officiels qui les prot\u00e9geaient. Les c\u00e9n\u00e9tistes se d\u00e9fendaient courageusement, en rendant parfois coup pour coup. Ils tu\u00e8rent le policier Bravo Portillo, qui avait organis\u00e9 l\u2019assassinat du fameux militant conf\u00e9d\u00e9ral Pablo Sabater. L\u2019ex pr\u00e9fet le comte Salvatierra paya \u00e9galement ses crimes, tout comme le pr\u00e9sident du Conseil des ministres Eduardo Dato , qui avait nomm\u00e9 le monstre Mart\u00ednez Anido comme vice-roi de la potence et du couteau. Mais le tribut de sang fut \u00e9norme du c\u00f4t\u00e9 de la CNT : c\u2019est par centaines qu\u2019on peut \u00e9num\u00e9rer ses victimes. Les pertes les plus sensibles ont \u00e9t\u00e9 celles de Salvador Segu\u00ed et Evelio Boal, deux secr\u00e9taires r\u00e9gionaux de Catalogne de grande valeur.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"726\" height=\"1000\" src=\"https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2021\/12\/ob_136545_cnt-fai-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-827\" srcset=\"https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2021\/12\/ob_136545_cnt-fai-1.jpg 726w, https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2021\/12\/ob_136545_cnt-fai-1-218x300.jpg 218w\" sizes=\"auto, (max-width: 726px) 100vw, 726px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>En 1923 il y eut un coup d\u2019\u00c9tat militaire suivi de l\u2019installation de la dictature du g\u00e9n\u00e9ral Primo de Rivera. Cet \u00e9v\u00e9nement fermait un nouveau chapitre de l\u2019histoire de la CNT. Dans cette \u00e9tape, Evelio Boal et Salvador Segu\u00ed occupent une place de premier plan : le premier ayant un grand talent d\u2019organisateur, le second, l\u2019un des meilleurs tribuns du mouvement ouvrier. \u00c1ngel Pesta\u00f1a, \u00e9galement orateur, du groupe des militants tenaces, avait fait un voyage en Russie en 1920, mandat\u00e9 par l\u2019Organisation. Il assista au second congr\u00e8s de l\u2019Internationale communiste o\u00f9 fut fond\u00e9e l\u2019Internationale Syndicale Rouge. Son rapport, tr\u00e8s pessimiste quant au miracle rouge, eut pour effet que la CNT retire son adh\u00e9sion conditionnelle du congr\u00e8s de 1919 \u00e0 la politique de Moscou. D\u2019autres militants de premier plan se pr\u00e9sentaient, Eusebio C. Carb\u00f3, \u00e9crivain et pol\u00e9miste ; Manuel Buenacasa, le premier des historiens de cette p\u00e9riode ; Felipe Alaiz, le premier des \u00e9crivains ; El\u00edas Garc\u00eda, po\u00e8te et homme d\u2019action ; Ram\u00f3n Ac\u00edn, professeur [d\u2019arts plastiques] du lyc\u00e9e de Huesca, et Pedro Vallina, m\u00e9decins des d\u00e9munis et conspirateur tenace, avec son vieux ma\u00eetre Ferm\u00edn Salvochea.<br>Apr\u00e8s des manifestations publiques, la CNT fut une nouvelle fois condamn\u00e9e \u00e0 la clandestinit\u00e9. La dictature s\u2019empressa de fermer ses locaux et de supprimer sa presse, d\u2019emprisonner ses militants, dont beaucoup \u00e9migr\u00e8rent en France. Le gouvernement ne leva l\u2019\u00e9tat de guerre qu\u2019en mai 1925. Et imm\u00e9diatement les hostilit\u00e9s reprirent dans les hautes sph\u00e8res politiques. Les militants conf\u00e9d\u00e9raux avaient commenc\u00e9 \u00e9galement le combat, avec des incursions \u00e0 travers les Pyr\u00e9n\u00e9es pour tuer le bourreau de Barcelone, comme repr\u00e9sailles contre ses ex\u00e9cutions, et ils avaient tent\u00e9 un assaut contre la caserne d\u2019Atarazanas. Ces exploits caus\u00e8rent des peines de mort et de nombreuses condamnations au bagne. En 1926, il y eut une tentative d\u2019enl\u00e8vement du roi Alfonso XII, par Durruti, Jover et Francisco Ascaso. Ce dernier \u00e9tait poursuivi pour l\u2019attentat qui entra\u00eena la mort de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Saragosse, le cardinal Soldevila (r\u00e9ponse, semble-t-il, \u00e0 l\u2019assassinat de Salvador Segu\u00ed).<br>En Espagne et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, les militants conf\u00e9d\u00e9raux intervinrent dans un cycle de conspirations avec les politiciens et les militaires aigris. Diff\u00e9rentes actions eurent lieu, comme le complot de S\u00e1nchez Guerra (monarchiste lib\u00e9ral), celui de la ville de Prats de Moll\u00f3, organis\u00e9 par le leader s\u00e9paratiste catalan Francisco Mac\u00eda, et la fameuse de la \u00ab nuit de la Saint Jean \u00bb.La CNT intervint dans toutes ces actions, tout comme dans les contacts pris aupr\u00e8s du fameux scientifique Ram\u00f3n y Cajal , afin de lui proposer la pr\u00e9sidence de la r\u00e9publique, que l\u2019on pensait instaurer.<br>Une s\u00e9rie de gr\u00e8ves \u00ab spontan\u00e9es \u00bb contre \u00ab l\u2019imp\u00f4t en utilit\u00e9s \u00bb fut l\u2019\u0153uvre de la CNT chez les ouvriers du textile et les briquetiers en 1928. Pendant cette p\u00e9riode plusieurs pl\u00e9nums clandestins eurent lieu en pleine montagne. Certains finirent en prison et au bagne.&nbsp;<br>La dictature eut certains \u00e9gards pour la presse secondaire. On a ainsi put publier \u00ab La Revista Blanca \u00bb depuis 1923 d\u00e9part du coup d\u2019\u00c9tat, et par intermittence des p\u00e9riodiques anarchistes comme \u00ab El Productor \u00bb, de Blanes [en Catalogne] et \u00ab Redenci\u00f3n \u00bb d\u2019Alcoy [province d\u2019Alicante]. \u00ab Generaci\u00f3n Consciente \u00bb \u00e0 Valence fut une publication culturelle de qualit\u00e9, qui devint ensuite \u00ab Estudios \u00bb. Le feu sacr\u00e9 conf\u00e9d\u00e9ral trouva son expression dans un p\u00e9riodique, \u00e9dit\u00e9 au nord-ouest de la P\u00e9ninsule \u00ab \u00a1 Despertad ! \u00bb de Vigo. Un peu plus tard, il y eut \u00ab Acci\u00f3n Social Obrera \u00bb de San Feliu de Guixols (province de G\u00e9rone). \u00c0 partir de 1929 \u00ab Acci\u00f3n \u00bb, organe officieux du Comit\u00e9 National de la CNT, put appara\u00eetre, pour devenir \u00e0 la chute de la dictature le classique \u00ab Solidaridad Obrera \u00bb.<br>La fin de la dictature fut l\u2019antichambre de la r\u00e9publique. La fermentation antiroyaliste surgit au grand jour avec de fortes agitations sociales et conspiratrices, qui, du fait qu\u2019elles gravitaient autour de la CNT, donn\u00e8rent \u00e0 son renouveau une vigueur d\u2019apoth\u00e9ose.<\/p>\n\n\n\n<p>La proclamation de la R\u00e9publique le 14 avril 1931 allait d\u00e9montrer l\u2019incapacit\u00e9 des nouveaux gouvernants \u00e0 ne pas tomber dans les m\u00eames d\u00e9fauts que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Les h\u00e9sitations, les complaisances et la temporisation \u00e9taient l\u2019ombre qui se cachait derri\u00e8re les splendeurs de la rh\u00e9torique parlementaire. On s\u2019occupait tardivement, mal ou jamais des probl\u00e8mes vitaux : la r\u00e9forme agraire et la dignit\u00e9 de la condition ouvri\u00e8re. Le grand capital et les grands bourgeois, tout comme l\u2019\u00e9piscopat, sabotaient impun\u00e9ment le nouveau r\u00e9gime. Et le gouvernement n\u2019avait pas d\u2019autre obsession que de r\u00e9primer les manifestations ext\u00e9rieures, matraquant le peuple, imbu d\u2019une interpr\u00e9tation fauss\u00e9e de l\u2019ordre public \u00e0 travers les fusils de la garde civile. Le divorce entre le peuple et la R\u00e9publique se produisit apr\u00e8s une courte lune de miel .<\/p>\n\n\n\n<p><strong>II.<\/strong>&nbsp;De la R\u00e9publique \u00e0 la guerre civile<\/p>\n\n\n\n<p><br>Les hostilit\u00e9s entre la CNT et le gouvernement r\u00e9publicain commenc\u00e8rent par une gr\u00e8ve contre l\u2019entreprise t\u00e9l\u00e9phonique nationale (un monopole conc\u00e9d\u00e9 par la dictature). Le conflit fut compliqu\u00e9 par la pr\u00e9sence de Largo Caballero \u00e0 la t\u00eate du minist\u00e8re du Travail. Largo Caballero \u00e9tait en m\u00eame temps le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019UGT. La CNT commen\u00e7ait \u00e0 faire des manifestations \u00e0 Madrid devant la Maison du Peuple socialiste. La gr\u00e8ve de la Telef\u00f3nica devenait une op\u00e9ration strat\u00e9gique pour l\u2019h\u00e9g\u00e9monie syndicale . La gr\u00e8ve fut d\u00e9clar\u00e9e ill\u00e9gale et poursuivie par la force publique sous pr\u00e9-texte du refus de la CNT des jurys mixtes. La CNT ne pouvait accepter ces organismes d\u2019arbitrages pour deux raisons : d\u2019abord parce que les accepter impliquait de renoncer \u00e0 ses tactiques d\u2019action directe traditionnelles ; ensuite parce que les jurys mixtes \u00e9taient les fameux Comit\u00e9s Paritaires, avec un autre nom. Les Comit\u00e9s Paritaires avaient \u00e9t\u00e9 introduits en Espagne par la dictature apr\u00e8s un voyage de la famille royale et du dictateur au paradis fasciste de Mussolini. Le ministre Aun\u00f3s les mit en pratique pour en finir d\u2019un point de vue fasciste avec \u00ab la lutte de classes \u00bb. Tandis que la CNT combattait les Comit\u00e9s Paritaires, l\u2019UGT les acceptait et, qui plus est, envoya Largo Caballero au Conseil d\u2019\u00c9tat de la dictature.<br>Le conflit de la Telef\u00f3nica devint une bataille de Largo Caballero contre la CNT par garde civile interpos\u00e9e. Mais les r\u00e9sultats furent compl\u00e8tement oppos\u00e9s \u00e0 ce qui \u00e9tait attendus. La CNT augmentait en agressivit\u00e9 au rythme de la r\u00e9pression qui lui \u00e9tait destin\u00e9s.\u00a0<br>En f\u00e9vrier 1932 il y eut une insurrection anarchiste dans le bassin minier du Haut Llobregat. Le gouvernement r\u00e9pliqua en d\u00e9portant au Sahara espagnol une charrette de c\u00e9n\u00e9tistes. En signe de protestation il y eut un autre soul\u00e8vement arm\u00e9 dans la ville importante de Tarrasa. Les tribunaux militaires impos\u00e8rent des peines s\u00e9v\u00e8res aux insurg\u00e9s. Une autre escalade apparut avec le mouvement r\u00e9volutionnaire de janvier 1933, qui eut des r\u00e9percussions en Catalogne, dans le Levant et en Andalousie. C\u2019est l\u00e0-bas qu\u2019il y eut le b\u00fbcher de Casas Viejas. Les gardes d\u2019Assaut assi\u00e9g\u00e8rent la baraque d\u2019une famille anarchiste y mirent le feu et attendirent que les cendres refroidissent. Ce crime froidement pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9, induit par le gouvernement, remplit de stupeur l\u2019opinion publique. Les partis de droite l\u2019exploit\u00e8rent \u00e0 des fins \u00e9lectorales. Et lorsqu\u2019en novembre de la m\u00eame ann\u00e9e, des \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales furent annonc\u00e9es, la CNT lan\u00e7a une campagne anti-\u00e9lectorale de grande envergure qui acheva la d\u00e9-faite des partis de gauche. Mais les militants conf\u00e9d\u00e9raux, qui avaient pr\u00e9vu les cons\u00e9quences de leur boycott \u00e9lectoral, d\u00e9clench\u00e8rent imm\u00e9diatement un mouvement insurrectionnel qui se proposait d\u2019instaurer le communisme libertaire dans toute la P\u00e9ninsule. C\u2019est uniquement en Aragon que la ba-taille fut assez forte. La Catalogne, le Levant et l\u2019Andalousie, encore us\u00e9s par les efforts de janvier, et leurs militants les plus combatifs \u00e9tant encore dans les bagnes, ne purent tenir leur engagement. Dans le reste de la P\u00e9ninsule il n\u2019y eut pas d\u2019actions importantes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"290\" height=\"315\" src=\"https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2021\/12\/CNT-AIT-FAI-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-829\" srcset=\"https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2021\/12\/CNT-AIT-FAI-2.jpg 290w, https:\/\/cnt-so.org\/auvergne\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2021\/12\/CNT-AIT-FAI-2-276x300.jpg 276w\" sizes=\"auto, (max-width: 290px) 100vw, 290px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Les blessures r\u00e9ciproques entra\u00eeneront une rupture qui n\u2019en finissait pas entre socialistes et anarchistes, pas m\u00eame la veille de la r\u00e9volution aux Asturies en 1934. Un grand militant de la CNT (V. Orob\u00f3n Fern\u00e1ndez) essaya en vain de couper le n\u0153ud gordien de l\u2019incompr\u00e9hension en proposant tout un plan strat\u00e9gique d\u2019alliance ouvri\u00e8re r\u00e9volutionnaire. Les ouvertures que fit Largo Caballero, apr\u00e8s la d\u00e9faite \u00e9lectorale de 1933, et les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9volutionnaires d\u2019octobre 1934, \u00e9taient interpr\u00e9t\u00e9s par la majorit\u00e9 des c\u00e9n\u00e9tistes comme nostalgie du pouvoir ou opportunisme politique. La v\u00e9rit\u00e9 est que la direction socialiste ne fit jamais une ouverture en r\u00e8gle. L\u2019union r\u00e9volutionnaire r\u00e9alis\u00e9e aux Asturies \u00e9tait une entente de type r\u00e9gionale .<br>En Catalogne, l\u2019h\u00e9g\u00e9monie politique de la Lliga regionalista avait \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9e par celle d\u2019un autre parti, l\u2019Esquerra Republicana de Catalunya (gauche r\u00e9publicaine de Catalogne), dont le mentor \u00e9tait le vieux s\u00e9paratiste Francisco Maci\u00e1. Apr\u00e8s sa mort, Luis Companys le rempla\u00e7a, et lorsque le statut autonomique fut accord\u00e9 \u00e0 al Catalogne, il pr\u00e9tendit faire de la CNT une organisation officieuse. Et comme il n\u2019y arrivait pas, il en fit la cible de ses pers\u00e9cutions. L\u2019Esquerra dut se contenter d\u2019\u00eatre la protectrice de la petite bourgeoisie industrielle et agraire. Il y avait donc un accord entre le gouverne-ment central et le gouvernement autonomique dans leur politique de r\u00e9pression contre le mouvement conf\u00e9d\u00e9ral et anarchiste, qui ne voulait pas abandonner sa personnalit\u00e9. D\u00e8s qu\u2019une gr\u00e8ve se d\u00e9clarait, elle \u00e9tait d\u00e9clar\u00e9e ill\u00e9gale. Sous pr\u00e9texte de garantir la libert\u00e9 du travail, la force publique stimulait la pr\u00e9sence des briseurs de gr\u00e8ves. Le choc \u00e9tait in\u00e9vitable, avec son bilan de bless\u00e9s, de morts et d\u2019inculp\u00e9s. La CNT devait contre-attaquer sur deux fronts : contre les polices des deux gouvernements, qui loin d\u2019arriver \u00e0 la dominer, la renfor\u00e7aient en faisant appara\u00eetre les tendances les plus extr\u00e9mistes. Les mod\u00e9r\u00e9s ou les r\u00e9alistes \u00e9taient \u00e9cart\u00e9s des responsabilit\u00e9s conf\u00e9d\u00e9rales. C\u2019est alors que surgit la crise des Trente. Trente militants, dont Peir\u00f3 et Pesta\u00f1a, lanc\u00e8rent un manifeste pour d\u00e9noncer les exc\u00e8s de la tendance extr\u00e9miste. Les dissidents furent vaincus. Il y avait parmi eux des \u00e9l\u00e9ments r\u00e9formistes, des transfuges en puissance et aussi des camarades influents, qui auraient peut-\u00eatre jou\u00e9 un r\u00f4le mod\u00e9rateur entre les deux extr\u00eames. La supr\u00e9matie du seul secteur d\u2019extr\u00eame gauche entra\u00eena dans la CNT une dangereuse situation de d\u00e9s\u00e9quilibre, au milieu d\u2019un panorama international enclin au fascisme.<br>Au moment de la crise r\u00e9volutionnaire de 1934, la CNT se trouva en face d\u2019une situation paradoxale. Ceux que l\u2019on pourrait appeler ses alli\u00e9s naturels (l\u2019UGT) \u00e9taient unis aux gouvernants de Catalogne, qui \u00e9taient, comme on l\u2019a vu, les ennemis les plus acharn\u00e9s de la CNT. Le 6 octobre le gouvernement catalan fit un soul\u00e8vement arm\u00e9 contre celui de Madrid, et sa premi\u00e8re mesure fut de fermer les syndicats de la CNT, d\u2019attaquer \u00e0 main arm\u00e9e la r\u00e9daction et les ateliers de \u00ab\u00a0Solidaridad Obrera\u00a0\u00bb, et de mettre en prison tous les militants importants qu\u2019il put faire arr\u00eater. Parmi eux figurait Buenaventura Durruti. Sans la force et les masses aguerries de la CNT, l\u2019espoir de l\u2019insurrection du catalanisme fut vaincu en quelques heures par les compagnies de l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois domin\u00e9e facilement la parade des troupes de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 , qui jet\u00e8rent leurs armes sans \u00e0 peine en faire usage, au bruit de quelques coups de canons de projectiles sans d\u00e9tonateur ; une fois neutralis\u00e9e la CNT catalane, l\u2019UGT du reste de l\u2019Espagne, pusillanime, n\u2019alla au-del\u00e0, quand ce fut le cas, d\u2019une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale pacifique, les r\u00e9volutionnaires asturiens, socialistes et anarchistes , \u00e9taient \u00e0 la merci des r\u00e9giments du Tercio [l\u00e9gion \u00e9trang\u00e8re.] et des troupes r\u00e9guli\u00e8res de la zone marocaine. La r\u00e9pression fut \u00e9pouvantable. Et tout comme la sauvagerie commise \u00e0 Casas Viejas avait entra\u00een\u00e9 la perte du gouvernement des r\u00e9publicains et des socialistes, le g\u00e9nocide anti-ouvrier aux Asturies fut la fin de l\u2019\u00e9quipe des \u00ab deux ann\u00e9es noires \u00bb. Le 16 f\u00e9vrier 1936, les partis de gauche revenaient au pou-voir gr\u00e2ce \u00e0 une nouvelle victoire \u00e9lectorale. La CNT, cette fois, ferma les yeux devant le miracle des urnes. 30.000 prisonniers, ouvriers pour la plupart et de nombreux conf\u00e9d\u00e9raux, attendaient leur libert\u00e9 de l\u2019humeur du corps \u00e9lectoral.<br>Durant cette p\u00e9riode, des influences furent exerc\u00e9es surtout, de fait de leur ascendant sur les mas-ses, par Garc\u00eda Oliver, Francisco Ascaso, et Buenaventura Durruti, tous les trois des agitateurs r\u00e9volutionnaires ; par le m\u00e9decin Isaac Puente, divulgateur du communisme libertaire ; Federica Montseny ; \u00e9crivain vigoureux et bon orateur ; Jos\u00e9 Mar\u00eda Mart\u00ednez et Acracio Bartolom\u00e9 des Asturies, disciples d\u2019Eleuretio Quintanilla ; le Galicien Jos\u00e9 Valverde et l\u2019habitant de Cadix Vicente Ballester. Au-dessus de tous, il faut placer Valeriano Orob\u00f3n Fern\u00e1ndez, \u00e9crivain excellent, conf\u00e9rencier important, tr\u00e8s cultiv\u00e9 et document\u00e9 sur le contexte international. Juan Peir\u00f3, encore que form\u00e9 dans la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente, aurait pu apporter tout son talent \u00e0 la CNT de la R\u00e9publique, s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas rest\u00e9 obscur parmi les Trente .<br>Mais on aurait tort de supposer que la CNT se r\u00e9duisait \u00e0 cette douzaine de personnes de grand prestige. La vraie richesse en militants \u00e9tait la source d\u2019anonymes qui \u00e9crivaient \u00e0 peine et s\u2019exprimaient maladroitement. Plac\u00e9s entre la masse d\u2019alluvions d\u2019adh\u00e9rents et les \u00e9lites remarquables, ils portaient le poids de l\u2019Organisation \u00e0 la base, en contact direct avec les usines, alternant leur apostolat syndicaliste avec leur qualit\u00e9 de techniciens professionnels. Ils organisaient et ils fourmillaient dans les sections techniques. Ils \u00e9tudiaient et ils pr\u00e9sentaient les revendications. Ils soutenaient les conflits avec vigueur, en payant de leur vie. C\u2019\u00e9taient eux qui donnaient l\u2019exemple du sacrifice et de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Ces militants moyens, \u00e9chelonn\u00e9s en g\u00e9n\u00e9rations progressives, constituaient de part leur importance la grande r\u00e9serve d\u2019\u00e9nergies de l\u2019Organisation, m\u00eame s\u2019ils se risquaient trop. Quand les syndicats \u00e9taient ferm\u00e9s par les autorit\u00e9s, l\u2019action continuait souterrainement gr\u00e2ce \u00e0 ce fourmillement insaisissable pour les services de police.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>III.<\/strong>&nbsp;la guerre civile<\/p>\n\n\n\n<p><br>En juillet 1936 ce fut le coup d\u2019\u00c9tat militaire que la CNT elle-m\u00eame n\u2019avait pas cess\u00e9 de pronostiquer dans des documents qui sont entr\u00e9s dans l\u2019histoire. Le coup surprit les membres du gouvernement r\u00e9publicain pris dans une nouvelle vague de r\u00e9pression antiouvri\u00e8re. Depuis la chute du gouvernement des \u00ab\u00a0deux ann\u00e9es noires\u00a0\u00bb, les extr\u00e9mistes du parti socialiste avaient \u00e9teint la m\u00e8che de la r\u00e9volution, tandis que le bloc de droite, qui avait re\u00e7u en pleine figure le coup des Asturies, pr\u00e9parait le sien.<br>La CNT atteint le point culminant de sa popularit\u00e9 pendant la bataille de rues, surtout \u00e0 Barcelone. La victoire des anarchistes barcelonais sur l\u2019arm\u00e9e galvanisa l\u2019esprit antifasciste dans le centre de la P\u00e9ninsule, plus de la moiti\u00e9 de l\u2019Espagne put \u00eatre sauv\u00e9e. Mais les pertes de Saragosse et de S\u00e9ville furent fatales. La vigueur de la CNT fut frein\u00e9e par une strat\u00e9gie absurdement localiste. Encore que l\u2019Espagne soit connue comme \u00e0 l\u2019origine de la gu\u00e9rilla, dans toutes les tentatives insurrectionnelles de l\u2019anarchisme des ann\u00e9es 30, la r\u00e9volution n\u2019\u00e9tait tent\u00e9e que dans le p\u00e9rim\u00e8tre des villes et des villages. La r\u00e9volution \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme ayant \u00e9chou\u00e9e lorsque les forces du gouvernement d\u00e9logeaient les r\u00e9volt\u00e9s des rues et des places. Pendant les premiers jours de la guerre civile, une gu\u00e9rilla active et bien entra\u00een\u00e9e aurait disloqu\u00e9 l\u2019arm\u00e9e professionnelle en inclinant autrement le plateau de la balance. Cependant le r\u00e9flexe de tous les membres des organisations antifascistes, d\u00e8s qu\u2019ils se sentaient accul\u00e9s, \u00e9tait de se cacher et de rejoindre le camp ami. Dans les circonstances d\u2019alors, c\u2019\u00e9tait un cadeau offert aux militaires professionnels. En termes tactiques, avec des lignes de r\u00e9sistance et de fronts continus, l\u2019avantage revenait au secteur le plus habile \u00e0 man\u0153uvrer.<br>Apr\u00e8s la bataille \u00e9pique livr\u00e9e \u00e0 Barcelone les 10 et 20 juillet 1936, la CNT, en tant que premi\u00e8re force de combat, fut ma\u00eetre virtuellement de la Catalogne. Mais imm\u00e9diatement elle dut se rendre compte que les plans r\u00e9volutionnaires de la veille \u00e9taient plus ou moins inapplicables, non seulement \u00e0 cause de l\u2019\u00e9clatement de la guerre civile, mais parce que sur le plan politique, face aux autres secteurs antifascistes, elle se reconnaissait minoritaire. Les militants repr\u00e9sentants le courant extr\u00e9miste furent les premiers \u00e0 chercher \u00e0 convaincre le reste de leurs camarades de la n\u00e9cessit\u00e9 de la collaboration avec les autres secteurs politiques, y compris les communistes. Ce principe de collaboration devait les amener, avec l\u2019\u00e9pisode d\u00e9favorable de la guerre, \u00e0 une abdication pure et simple des vieux principes libertaires. Avant la fin de l\u2019ann\u00e9e 1936, la CNT faisait partie du gouvernement central et de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de Catalogne, ainsi que de tous les organismes gouvernementaux. En contrepartie, \u00e0 l\u2019initiative des militants et des travailleurs de la base, il y eut la r\u00e9alisation d\u2019un intense travail d<\/p>\n\n\n\n<p>e collectivisation d\u2019entreprises industrielles et agricoles, avec leurs services d\u2019\u00e9changes, leur transport, leurs coop\u00e9ratives de consommation, leurs services de statistiques et leurs f\u00e9d\u00e9rations. Il y eut des cas de socialisation tr\u00e8s efficace dans l\u2019industrie du bois et la panification de Barcelone. Un autre fait tr\u00e8s important fut la cr\u00e9ation du Conseil r\u00e9gional des Asturies qui, avec la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de Catalogne et le gouvernement autonome basque donn\u00e8rent \u00e0 l\u2019Espagne r\u00e9publicaine un certain caract\u00e8re f\u00e9d\u00e9raliste.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>III.<\/strong>&nbsp;la guerre civile<\/p>\n\n\n\n<p><br>En juillet 1936 ce fut le coup d\u2019\u00c9tat militaire que la CNT elle-m\u00eame n\u2019avait pas cess\u00e9 de pronostiquer dans des documents qui sont entr\u00e9s dans l\u2019histoire. Le coup surprit les membres du gouvernement r\u00e9publicain pris dans une nouvelle vague de r\u00e9pression antiouvri\u00e8re. Depuis la chute du gouvernement des \u00ab\u00a0deux ann\u00e9es noires\u00a0\u00bb, les extr\u00e9mistes du parti socialiste avaient \u00e9teint la m\u00e8che de la r\u00e9volution, tandis que le bloc de droite, qui avait re\u00e7u en pleine figure le coup des Asturies, pr\u00e9parait le sien.<br>La CNT atteint le point culminant de sa popularit\u00e9 pendant la bataille de rues, surtout \u00e0 Barcelone. La victoire des anarchistes barcelonais sur l\u2019arm\u00e9e galvanisa l\u2019esprit antifasciste dans le centre de la P\u00e9ninsule, plus de la moiti\u00e9 de l\u2019Espagne put \u00eatre sauv\u00e9e. Mais les pertes de Saragosse et de S\u00e9ville furent fatales. La vigueur de la CNT fut frein\u00e9e par une strat\u00e9gie absurdement localiste. Encore que l\u2019Espagne soit connue comme \u00e0 l\u2019origine de la gu\u00e9rilla, dans toutes les tentatives insurrectionnelles de l\u2019anarchisme des ann\u00e9es 30, la r\u00e9volution n\u2019\u00e9tait tent\u00e9e que dans le p\u00e9rim\u00e8tre des villes et des villages. La r\u00e9volution \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme ayant \u00e9chou\u00e9e lorsque les forces du gouvernement d\u00e9logeaient les r\u00e9volt\u00e9s des rues et des places. Pendant les premiers jours de la guerre civile, une gu\u00e9rilla active et bien entra\u00een\u00e9e aurait disloqu\u00e9 l\u2019arm\u00e9e professionnelle en inclinant autrement le plateau de la balance. Cependant le r\u00e9flexe de tous les membres des organisations antifascistes, d\u00e8s qu\u2019ils se sentaient accul\u00e9s, \u00e9tait de se cacher et de rejoindre le camp ami. Dans les circonstances d\u2019alors, c\u2019\u00e9tait un cadeau offert aux militaires professionnels. En termes tactiques, avec des lignes de r\u00e9sistance et de fronts continus, l\u2019avantage revenait au secteur le plus habile \u00e0 man\u0153uvrer.<br>Apr\u00e8s la bataille \u00e9pique livr\u00e9e \u00e0 Barcelone les 10 et 20 juillet 1936, la CNT, en tant que premi\u00e8re force de combat, fut ma\u00eetre virtuellement de la Catalogne. Mais imm\u00e9diatement elle dut se rendre compte que les plans r\u00e9volutionnaires de la veille \u00e9taient plus ou moins inapplicables, non seulement \u00e0 cause de l\u2019\u00e9clatement de la guerre civile, mais parce que sur le plan politique, face aux autres secteurs antifascistes, elle se reconnaissait minoritaire. Les militants repr\u00e9sentants le courant extr\u00e9miste furent les premiers \u00e0 chercher \u00e0 convaincre le reste de leurs camarades de la n\u00e9cessit\u00e9 de la collaboration avec les autres secteurs politiques, y compris les communistes. Ce principe de collaboration devait les amener, avec l\u2019\u00e9pisode d\u00e9favorable de la guerre, \u00e0 une abdication pure et simple des vieux principes libertaires. Avant la fin de l\u2019ann\u00e9e 1936, la CNT faisait partie du gouvernement central et de la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de Catalogne, ainsi que de tous les organismes gouvernementaux. En contrepartie, \u00e0 l\u2019initiative des militants et des travailleurs de la base, il y eut la r\u00e9alisation d\u2019un intense travail de collectivisation d\u2019entreprises industrielles et agricoles, avec leurs services d\u2019\u00e9changes, leur transport, leurs coop\u00e9ratives de consommation, leurs services de statistiques et leurs f\u00e9d\u00e9rations. Il y eut des cas de socialisation tr\u00e8s efficace dans l\u2019industrie du bois et la panification de Barcelone. Un autre fait tr\u00e8s important fut la cr\u00e9ation du Conseil r\u00e9gional des Asturies qui, avec la G\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de Catalogne et le gouvernement autonome basque donn\u00e8rent \u00e0 l\u2019Espagne r\u00e9publicaine un certain caract\u00e8re f\u00e9d\u00e9raliste.<\/p>\n\n\n\n<p>La contre-r\u00e9volution se manifesta aussit\u00f4t que l\u2019\u00c9tat central, muni de la caution donn\u00e9e au gouvernement par l\u2019entr\u00e9e de la CNT, r\u00e9cup\u00e9ra tous les ressorts strat\u00e9giques traditionnels. Une fois incorpor\u00e9es les milices r\u00e9volutionnaires dans l\u2019arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8res, apr\u00e8s la dissolution ou l\u2019officialisation des organismes arm\u00e9s d\u2019origine populaire dans l\u2019Espagne r\u00e9publicaine, l\u2019\u00c9tat unique et indivisible se consacra syst\u00e9matiquement au d\u00e9mant\u00e8lement des r\u00e9alisations r\u00e9volutionnaires \u00e9conomiques et culturelles, et au d\u00e9sarmement g\u00e9n\u00e9ral.<br>La r\u00e9action des militants r\u00e9volutionnaires contre cette offensive totalitaire entra\u00eena de violents affrontements avec la force publique envoy\u00e9e \u00e0 cet effet par le gouvernement. Le choc le plus spectaculaire eut lieu \u00e0 Barcelone au d\u00e9but de mai 1937. Durant plusieurs jours des batailles sanglantes se d\u00e9-roul\u00e8rent entre les forces officielles et les militants conf\u00e9d\u00e9raux arm\u00e9s. Les opposants \u00e0 la r\u00e9volution \u00e9taient principalement le parti communiste, qui avaient subi un processus de croissance \u00e9l\u00e9phantesque sous le parapluie de l\u2019aide mat\u00e9rielle pay\u00e9e en argent espagnol accord\u00e9 \u00e0 la R\u00e9publique par le gouvernement sovi\u00e9tique. Pendant ces \u00e9v\u00e9nements les anarchistes montr\u00e8rent \u00e0 nouveau leur habilet\u00e9 dans le combat de barricades, second\u00e9s par le Parti Ouvrier d\u2019Unification Marxiste, cruellement pers\u00e9cut\u00e9 par les staliniens. Mais les ministres de la CNT impos\u00e8rent un cesser e feu, en convainquant les cama-rades sur les barricades de la n\u00e9cessit\u00e9 de se retirer pour laisser la rue \u00e0 une colonne de forces du gouvernement central. Il n\u2019est pas clair qu\u2019on aurait \u00e9vit\u00e9 alors un \u00e9croulement du front d\u2019Aragon [si les d\u00e9tachements conf\u00e9d\u00e9raux en route vers Barcelone y \u00e9taient arriv\u00e9s]. Sans la pouss\u00e9e vers l\u2019apaisement de la direction conf\u00e9d\u00e9rale, on serait peut-\u00eatre arriv\u00e9 \u00e0 un compromis honorable o\u00f9 la CNT aurait retrouv\u00e9 le droit au respect. Il est indubitable que le cesser le feu \u00e9tait un acte de reddition des forces r\u00e9volutionnaires, apr\u00e8s lequel la victoire en soi dans le conflit perdait toute \u00e9motion pour les \u00e9l\u00e9ments les plus combatifs. La cons\u00e9quence imm\u00e9diate des faits dramatiques de mai 1937 fut la crise du gouvernement de la R\u00e9publique provoqu\u00e9e par les communistes pour se d\u00e9barrasser de Largo Caballero (qui ne se pliait pas aux exigences sectaires des Russes) et des quatre ministres conf\u00e9d\u00e9raux, qui voyaient ainsi r\u00e9compens\u00e9s leurs bons offices. Il s\u2019ensuivit des attaques contre les collectivit\u00e9s paysannes d\u2019Aragon effectu\u00e9es par des forces r\u00e9guli\u00e8res de l\u2019arm\u00e9e command\u00e9es par des officiers communistes de haut rang, ainsi que toute une s\u00e9rie d\u2019entraves au d\u00e9veloppement de l\u2019autogestion industrielle. En m\u00eame temps l\u2019\u00c9tat central, dans son r\u00f4le d\u2019absorption, proc\u00e9dait \u00e0 la destitution du Conseil d\u2019Aragon et \u00e0 la r\u00e9duction des attributions des r\u00e9gimes autonomiques basque et catalan.<br>La marche galopante absolutiste du gouvernement central, domin\u00e9 par les communistes et les socialistes communisants, fut un peu frein\u00e9e par les op\u00e9rations militaires catastrophiques pour la R\u00e9publique. Dans le but de prot\u00e9ger Madrid, le haut commandement r\u00e9publicain attira \u00e0 plusieurs reprises l\u2019ennemi vers la Catalogne. Cette r\u00e9gion \u00e9tait traumatis\u00e9e par le d\u00e9veloppement du climat politique et par le grand d\u00e9sastre militaire du printemps 1938. La malheureuse op\u00e9ration de l\u2019\u00c9bre lors de l\u2019\u00e9t\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e d\u00e9cida l\u2019ennemi \u00e0 assener un coup d\u00e9finitif contre cet important bastion, qui s\u2019\u00e9croula plus facilement que pr\u00e9vu. La fronti\u00e8re catalane et le port de Barcelone \u00e9tant inaccessibles, l\u2019isolement de la zone centrale la condamnait d\u00e9finitivement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le Centre, les militaires professionnels non politis\u00e9s sortirent de leur mutisme, et d\u2019autres se joignirent \u00e0 eux, en d\u00e9chirant leurs cartes du PC. La CNT du Centre fut le grand centre de ralliement de cette transfiguration dramatique. Mais avec ce bastion coinc\u00e9 entre les troupes ennemies, ivres de victoires, et la mer, on ne pouvait s\u2019attendre \u00e0 des miracles. La CNT fut \u00e0 l\u2019origine du pronunciamiento de ce qu\u2019on a appel\u00e9 la junte de Casado et elle intervint de fa\u00e7on d\u00e9cisive dans la bataille fratricide contre les communistes qui jusqu\u2019au dernier moment d\u00e9fendirent la strat\u00e9gie catastrophique de Staline mise en place par le gouvernement fantoche de Negr\u00edn. Un ministre conf\u00e9d\u00e9ral, Segundo Blanco, lia son sort tristement \u00e0 celui de l\u2019\u00e9quipe de ce politicien aventurier. La lutte \u00e9pique de la R\u00e9-publique contre les militaires factieux semblait pr\u00e9destin\u00e9e \u00e0 finir en une guerre civile dans la guerre civile.<br>Ce qu\u2019on avait voulu \u00e9viter en mai 1937 arriva en mars 1939. La seule diff\u00e9rence \u00e9tait qu\u2019en mai toutes les possibilit\u00e9s d\u2019arriver \u00e0 une solution \u00e9taient intactes. En mars, apr\u00e8s le triomphe de la junte sur la cour ambulante de Negr\u00edn, tout d\u00e9pendait d\u2019un trait de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 vraiment humain du vainqueur franquiste. Ce ne fut pas le cas et il n\u2019y en eut pas. L\u2019histoire de la r\u00e9pression franquiste apr\u00e8s les op\u00e9rations militaires a constitu\u00e9 un vrai g\u00e9nocide \u00e0 cause du non-respect des normes internationales en-vers les prisonniers de guerre et de l\u2019institution de la d\u00e9lation et de la revanche impitoyable comme syst\u00e8me. Et ce le fut, \u00e9videmment, avec l\u2019appui du plus sombre fanatisme des hi\u00e9rarchies de l\u2019\u00c9glise catholique (qui croyait ainsi envoyer des diables en enfer), dont le principe \u00e9tait l\u2019annihilation physique de la moiti\u00e9 de l\u2019Espagne pour que l\u2019autre puisse vivre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>IV.<\/strong>&nbsp;La CNT dans l\u2019exil&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><br>L\u2019histoire de la CNT de l\u2019exil commence dans les camps de concentration de France et d\u2019Afrique du Nord pour ceux des conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s qui avaient pu traverser la mer ou les fronti\u00e8res. C\u2019est seulement un groupe infime qui r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019installer en Angleterre et quelques milliers en Am\u00e9rique Latine la veille de la seconde guerre mondiale et de l\u2019occupation allemande de la France. Les repr\u00e9sentants de la CNT, de la FAI et des Jeunesses Libertaires y avaient constitu\u00e9 un organisme commun appel\u00e9 Mouvement Libertaire Espagnol, dot\u00e9e d\u2019un Conseil G\u00e9n\u00e9ral. Ce dernier s\u2019\u00e9tait donn\u00e9 pour mission de maintenir des contacts avec les organismes r\u00e9publicains officiels \u00e9galement en exil, avec les masses d\u2019intern\u00e9s dans les camps de concentration et, \u00e9ventuellement, avec les camarades qui \u00e9taient rest\u00e9s en Espagne, dans l\u2019int\u00e9rieur. De dix \u00e0 quinze mille r\u00e9fugi\u00e9s de tous les partis et de toutes les organisations avaient pu se rendre en Am\u00e9rique Latine, principalement au Mexique, au Chili et \u00e0 Saint-Domingue. Les con-f\u00e9d\u00e9raux, vu leur importance num\u00e9rique, furent les moins favoris\u00e9s \u00e0 cause des basses besognes des agents communistes La grande masse dut faire face \u00e0 la trag\u00e9die qui s\u2019\u00e9tait abattue sur l\u2019Europe et la France en particulier. Si l\u2019occupation militaire du pays par les Allemands et le besoin de main d\u2019\u0153uvre entra\u00eena au d\u00e9but la lib\u00e9ration des intern\u00e9s, par la suite, lorsque la r\u00e9sistance s\u2019organisa contre l\u2019envahisseur, les cons\u00e9quences de la r\u00e9pression furent brutales.<br>Sur la participation des conf\u00e9d\u00e9raux aux activit\u00e9s de la r\u00e9sistance fran\u00e7aise certaines choses ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites, mais il reste \u00e0 faire un travail exhaustif. Juan Peir\u00f3 fut victime de la Gestapo, livr\u00e9 \u00e0 l\u2019Espagne et fusill\u00e9 \u00e0 Valence, tout comme le r\u00e9publicain Companys et les socialistes Zugazagoitia, Cruz Salido et d\u2019autres. Parmi les 20.000 Espagnols qui laiss\u00e8rent leur vie dans les sinistres camp de d\u00e9portation en Allemagne, le tribut de la CNT a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rable. La CNT en tant qu\u2019organisation a presque toujours exist\u00e9, dans les camps de concentration fran\u00e7ais et aussi dans les cimeti\u00e8res vivants nazis.<br>En pleine occupation allemande, le contact physique avec la CNT de l\u2019Int\u00e9rieur fut \u00e9tabli par des groupes suicidaires qui traversaient les Pyr\u00e9n\u00e9es clandestinement entre une double rang\u00e9e \u00e0 la fronti\u00e8re de limiers nazis et franquistes. Ces m\u00eames groupes, appartenant \u00e0 la r\u00e9sistance fran\u00e7aise, rendirent des services int\u00e9ressants aux \u00e9tats-majors alli\u00e9s.<br>Apr\u00e8s l\u2019occupation militaire de la France, les premiers efforts s\u00e9rieux de r\u00e9organisation se firent dans le Massif Central a partir de 1943. \u00c0 l\u2019av\u00e8nement de la lib\u00e9ration du pays, la CNT redevint l\u2019organisation majoritaire de l\u2019exil et elle dut tenir t\u00eate \u00e0 ses redoutables adversaires communistes qui, soutenus par un stalinisme exultant par l\u2019interm\u00e9diaire du PCF, aspiraient \u00e0 embrigader sous sa tutelle toutes les forces de l\u2019exil dans un organisme appel\u00e9 l\u2019Union Nationale. La CNT de la lib\u00e9ration comptait, rien qu\u2019en France, plus de 30.000 affili\u00e9s. En Angleterre et en Afrique du Nord des noyaux ou des sous-d\u00e9l\u00e9gations de la CNT persistaient, ainsi qu\u2019au Mexique, \u00e0 Saint-Domingue et au Chili, \u00e0 Cuba, aux \u00c9tats-Unis, au Canada, au Venezuela, \u00e0 Panama, au Costa Rica, en \u00c9quateur, en Bolivie, en Argentine, en Uruguay, au Br\u00e9sil et m\u00eame aux antipodes en Australie. C\u2019est au Mexique que sortit le premier p\u00e9riodique de l\u2019exil \u00ab\u00a0Solidaridad Obrera\u00a0\u00bb, vers 1943. L\u2019hebdomadaire \u00ab\u00a0Cultura Proletaria\u00a0\u00bb de New York, avec un long pass\u00e9 sur le nouveau continent, assura les besoins de contact et de solidarit\u00e9 d\u00e8s la d\u00e9faite militaire de la R\u00e9publique. Beaucoup plus tard il commen\u00e7a \u00e0 y avoir en France une presse clandestine et dans la foul\u00e9e \u00ab\u00a0Ruta\u00a0\u00bb des Jeunesses Libertaires, \u00ab\u00a0Exilio\u00a0\u00bb, avant que ne s\u2019imposent les hebdomadaires \u00ab\u00a0CNT\u00a0\u00bb, \u00e0 Toulouse, organe du Comit\u00e9 National, \u00ab\u00a0Solidaridad Obrera\u00a0\u00bb, porte-parole de la f\u00e9d\u00e9ration r\u00e9gionale parisienne, et \u00ab\u00a0Libertad\u00a0\u00bb de Grande Bretagne. L\u2019Afrique du Nord eut aussi sa \u00ab\u00a0Solidaridad Obrera\u00a0\u00bb. La premi\u00e8re revue \u00e0 para\u00eetre a sans doute \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e \u00e0 Buenos Aires, \u00ab\u00a0Tim\u00f3n\u00a0\u00bb dirig\u00e9e par D. A. de Santill\u00e1n. Puis suivirent \u00ab\u00a0Estudios Sociales\u00a0\u00bb, au Mexique, \u00e0 partir de 1943, dirig\u00e9e par Jos\u00e9 Viadiu ; en France \u00ab\u00a0Tiempos Nuevos\u00a0\u00bb, avec A. Garc\u00eda Birl\u00e1n ; \u00ab\u00a0Universo\u00a0\u00bb de Federica Montseny ; \u00ab\u00a0Inquietudes\u00a0\u00bb de Benito Milla et \u00ab\u00a0Cenit\u00a0\u00bb \u00e0 partir de 1951 ; \u00ab\u00a0Presencia\u00a0\u00bb, de la nouvelle vague de jeunes (\u00e0 Paris), eut une existence \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. Il faut ajouter \u00ab\u00a0Ruta\u00a0\u00bb, de Caracas, \u00e0 partir de 1962.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u0153uvre imprim\u00e9e proprement dite repr\u00e9sente un volume incalculable. Outre la r\u00e9\u00e9dition de tous les \u0153uvres classiques, mineures et de certaines fondamentales, des camarades en Argentine, au Mexique et en France entreprirent des projets assez ambitieux. Jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, on a en particulier deux \u00e9ditions de \u00ab\u00a0El Proletariado Militante\u00a0\u00bb d\u2019Anselmo Lorenzo, \u00ab\u00a0La CNT en la revoluci\u00f3n espa\u00f1ola\u00a0\u00bb (trois tomes) de Jos\u00e9 Peirats ; \u00ab\u00a0Contribuci\u00f3n a la historia del movimiento obrero espa\u00f1ol\u00a0\u00bb, de D. A. de Santill\u00e1n (\u00e0 compte d\u2019auteur, semble-t\u2019il), entre autres. Une mention \u00e0 part m\u00e9rite le travail d\u2019\u00e9dition du groupe \u00ab\u00a0Tierra y Libertad\u00a0\u00bb, de Mexico, qui publie le p\u00e9riodique homonyme et son suppl\u00e9ment sous forme de revue. On peut ajouter les titres d\u00e9j\u00e0 consacr\u00e9s en Espagne, ceux qui commen\u00e7aient \u00e0 y \u00eatre connus et ceux qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s en exil.<br>En mai 1945, la CNT de France tint son premier congr\u00e8s \u00e0 Paris. Les militants avaient commenc\u00e9 \u00e0 se diviser en deux courants bien d\u00e9finis : les partisans de la continuit\u00e9 de la ligne gouvernementale trac\u00e9e en Espagne, vu que les circonstances qui l\u2019avaient d\u00e9termin\u00e9e persistaient (position minoritaire en exil, mais majoritaire chez les militants qui s\u2019exprimaient \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur), et ceux qui pensaient que la CNT devait revenir \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 de ses principes traditionnels (tendance de l\u2019immense majorit\u00e9 des militants de l\u2019exil). Pour le congr\u00e8s de Paris, les activistes des deux tendances intervenaient pour conserver ou gagner des positions. Dans le groupe classique on trouvait les branches non moins classiques de la CNT, la FAI, les FIJL [F\u00e9d\u00e9ration Ib\u00e9rique des Jeunesses Libertaires] qui th\u00e9oriquement \u00e9taient organis\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment, tout en acceptant une repr\u00e9sentation commune dans la CNT. Le nom adopt\u00e9 par cette derni\u00e8re (Mouvement Libertaire Espagnol-CNT en France) exprime tr\u00e8s clairement cette nouvelle formule. Apr\u00e8s le congr\u00e8s de 1945, la division se renforce. Le Comit\u00e9 National fonctionnant en Espagne d\u00e9cide autoritairement, ignorant volontairement les r\u00e9percussions de sa d\u00e9cision, de nom-mer des ministres dans le gouvernement r\u00e9publicain en exil qui vient d\u2019\u00eatre constitu\u00e9. Une grande controverse \u00e9clate entre la tendance classique, qui a assum\u00e9 la direction organique au Congr\u00e8s, et la minorit\u00e9 priv\u00e9e de postes de responsabilit\u00e9. Cette derni\u00e8re, pr\u00e9sentant comme cheval de bataille le fait que l\u2019Organisation est surtout en Espagne et s\u2019exprime par la voix du Comit\u00e9 Nationale, fait s\u00e9cession en automne 1945. Deux organisations se forment en exil : MLE-CNT et CNT-MLE. L\u2019organe de cette derni\u00e8re est l&rsquo;hebdomadaire \u00ab\u00a0Espa\u00f1a Libre\u00a0\u00bb. Au Mexique, le m\u00eame courant va d\u00e9velopper en Am\u00e9rique un travail d\u2019\u00e9dition d\u2019une certaine importance qui aboutit en 1962 \u00e0 la sortie de la revue \u00ab\u00a0Comunidad Ib\u00e9rica\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le MLE-CNT en France organisa en 1949 sa seconde Conf\u00e9rence Intercontinentale (la premi\u00e8re avait eu lieu au printemps 1947) \u00e0 Toulouse. Il prit alors le nom de Conf\u00e9d\u00e9ration Nationale du Travail d\u2019Espagne en Exil. La nouvelle structure faisait des vieilles r\u00e9gions des interd\u00e9partementales ou des sections. Chaque sous-d\u00e9l\u00e9gation de l\u2019Ext\u00e9rieur devint un noyau d\u00e9pendant du secr\u00e9tariat inter-continental, dont le si\u00e8ge est \u00e0 Toulouse.<br>En Espagne, avec la victoire alli\u00e9e en 1945, le r\u00e9gime resta un certain temps \u00e0 l\u2019expectative. L\u2019Allemagne et l\u2019Italie, maintenant vaincues, avaient \u00e9t\u00e9 \u00e0 tout moment un soutien de Franco. La CNT profita de cette h\u00e9sitation pour entreprendre une r\u00e9organisation, surtout en Catalogne. Mais la scission conf\u00e9d\u00e9rale, qui se fit en sens contraire \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur, entra\u00eena une perte de temps pr\u00e9cieux en luttes qui allaient au-del\u00e0 des discussions byzantines. D\u2019une part et de l\u2019autre des Pyr\u00e9n\u00e9es, il y eut le m\u00eame manque de consid\u00e9ration pour les minorit\u00e9s, le m\u00eame manque de bon sens vis \u00e0 vis du temps et des occasions \u00e0 saisir. Entre-temps, la raison d\u2019\u00c9tat des puissances occidentales, se fondant hypocritement sur la guerre froide, les poussa \u00e0 jouer la carte de Franco, en choisissant un \u00c9tat fort et fortement anti-communiste plut\u00f4t que les forces d\u00e9sunies qu\u2019offrait l\u2019opposition antifranquiste dans et hors d\u2019Espagne.<br>Le franquisme n\u2019attendit pas davantage pour d\u00e9clencher la seconde vague de r\u00e9pression. La premi\u00e8re avait commenc\u00e9 imm\u00e9diatement apr\u00e8s la fin des op\u00e9rations militaires en mars 1939. La seconde d\u00e9truisit la structure fragile de la r\u00e9organisation int\u00e9rieure. Et elle fut extr\u00eamement dure \u00e0 cause de l\u2019hostilit\u00e9 continuelle venue de l\u2019Ext\u00e9rieur. Tandis que la CNT de l\u2019Int\u00e9rieur avait fait le choix de la reconstitution des cadres organiques et des contacts ou de la collaboration avec les autres forces de l\u2019opposition d\u00e9mocratique, la CNT de l\u2019exil, se basant sur une impression exag\u00e9r\u00e9e de sa propre force et refusant par voie de cons\u00e9quence le moindre compromis avec d\u2019autres forces ou partis, se crut dans l\u2019obligation de lancer une attaque frontale violente et solitaire. Les meilleures \u00e9nergies des jeunes furent br\u00fbl\u00e9es dans ces interf\u00e9rences tactiques et dans un combat aussi in\u00e9gal. Les bagnes de Franco se remplirent de cadavres vivants.<br>La solution diplomatique du probl\u00e8me espagnol chaque fois plus incertaines allait refroidir l\u2019imp\u00e9tuosit\u00e9 des groupes et montrer l\u2019inutilit\u00e9 des oppositions de fond. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 60 un courant vers le rapprochement apparut. Le climat de r\u00e9unification porta ses fruits en 1961. Mais les ressentiments allaient s\u2019av\u00e9rer plus forts en termes \u00e9motionnels que la capacit\u00e9 d\u2019analyse en termes objectifs. Un certain processus de vieillissement, l\u2019\u00e9rosion venant d\u2019un quart de si\u00e8cle \u00e0 l\u2019\u00e9cart d\u2019un milieu propice, l\u2019amputation brutale par le franquisme des \u00e9l\u00e9ments les plus combatifs, l\u2019absence de g\u00e9n\u00e9rations de rechange, tout cela produisit une usure intellectuelle chez les minorit\u00e9s avanc\u00e9es, et \u00e0 la base chez les affili\u00e9s, une soumission totale aux consignes bureaucratiques. Il y eut par intermittence de courtes r\u00e9actions contre la vieille garde par des promotions r\u00e9duites pas tellement jeunes, qui se sont sold\u00e9s par des exacerbations aveugles des vieux militants, qui, en liquidant en leur faveur cette fronde avec une furie d\u00e9mesur\u00e9e, frustr\u00e8rent sans doute la derni\u00e8re lueur de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration cellulaire. Au moment o\u00f9 nous \u00e9crivons, un horizon o\u00f9 pointe une nouvelle apparition du mouvement libertaire espagnol repose sur de s\u00e9rieuses confirmations dans les milieux intellectuels et \u00e9tudiants, dans le sillage d\u2019une r\u00e9volution internationale juv\u00e9nile dont le foyer est dans les universit\u00e9s. Ce qui est une promesse pour le monde vaut \u00e9galement en Espagne, ne serait-ce qu\u2019\u00e0 cause de la plus grande fertilit\u00e9 de ses s\u00e9diments historiques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>V.<\/strong>&nbsp;Conclusions<\/p>\n\n\n\n<p><br>Les trente-trois mois, \u00e0 peu de jours pr\u00e8s, de la dur\u00e9e de la guerre civile, reposait sur un questionnement : faisions-nous la r\u00e9volution ou faisions-nous la guerre ? En d\u2019autres mots : attaquions-nous ou nous d\u00e9fendions-nous ? Pour beaucoup de gens, m\u00eame pour certains soi-disant r\u00e9volutionnaires la question n\u2019avait pas d\u2019autre alternative : le fait \u00e9pisodique du d\u00e9but des hostilit\u00e9s, de la part \u00e9videmment des r\u00e9actionnaires, servaient leur r\u00e9volution. Selon ce crit\u00e8re classique, la r\u00e9volution est une entreprise priv\u00e9e, une sorte de programme avec des d\u00e9lais fix\u00e9s sans rapport avec les \u00e9v\u00e9nements et avec le climat existant. L\u2019entreprise priv\u00e9e est le \u00ab parti r\u00e9volutionnaire \u00bb, qui en est le d\u00e9terminant absolu.<br>C\u2019est conduit par cette mentalit\u00e9 classiste qu\u2019avaient \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9s en Espagne une s\u00e9rie de mouvements r\u00e9volutionnaires, m\u00e9prisant ostensiblement les facteurs psychologiques et environnementaux. Le congr\u00e8s conf\u00e9d\u00e9ral de Saragosse en fit une critique s\u00e9v\u00e8re avec des conclusions non formul\u00e9es , mais qui rest\u00e8rent dans les esprits. Les r\u00e9volutions ne se fabriquent pas, elles ne se font pas sur commande et sur mesure, elles ne sont pas faites par quelques individus mais par tous : c\u2019est le peuple qui les fait et non le Parti. Elles sont le r\u00e9sultat maximal d\u2019un sentiment collectif de d\u00e9passement combin\u00e9 avec une s\u00e9rie de faits dans le m\u00eame temps.<br>Ce que le congr\u00e8s de Saragosse n\u2019aborda pas, fut \u00e9labor\u00e9, avec tous ses articles et ses clauses, le 19 juillet. Les minorit\u00e9s, les organisations et les programmes jouent strictement leur r\u00f4le. Le reste, c\u2019est le peuple qui le fait. Le sacrifice personnel ne se perd pas cette fois, comme un cri sans \u00e9cho, dans le d\u00e9sert de l\u2019indiff\u00e9rence. Et c\u2019est de l\u00e0 qu\u2019est sortie la r\u00e9volution, une des plus grandes r\u00e9volutions de l\u2019histoire. Seule la post\u00e9rit\u00e9 saura lui rendre justice. Nous-m\u00eames, les r\u00e9volutionnaires nous sommes diminu\u00e9s par l\u2019immensit\u00e9 de cette \u0153uvre. Toutes les imperfections, toutes les faiblesses, toutes les tares sont effac\u00e9es comme les taches sur le disque solaire, par la magnificence resplendissante des principales r\u00e9alisations. Jamais l\u2019esprit de transformation de l\u2019homme ne s\u2019\u00e9tait appliqu\u00e9 si \u00e0 fond. Les classes et les institutions n\u2019avaient jamais senti une secousse si audacieuse et si profonde. La port\u00e9e des r\u00e9alisations populaires ne s\u2019\u00e9tait pas \u00e9lev\u00e9e si haut, si fermement et si profond\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n\u2019avait fix\u00e9 la date de maturit\u00e9 de la r\u00e9volution de juillet. L\u2019\u00e9clatement fut la r\u00e9sultante d\u2019une conjonction de faits, de sentiments et de volont\u00e9s. Pendant le processus, chaque nouvelle secousse approche davantage de l\u2019objectif. Octobre 1934 est d\u00e9j\u00e0 une rectification de la pr\u00e9cision du tir. La r\u00e9volution \u00e9largit de plus en plus sa base dans la foul\u00e9e des exp\u00e9riences. L\u2019ennemi a capt\u00e9 ce mes-sage alarmant. Le 18 juillet est une sortie d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e contre le danger. Perfidie ? D\u00e9loyaut\u00e9 ? La seule chose \u00e9vidente c\u2019est la conduite perverse et douteuse des minorit\u00e9s au gouvernement. Franco et ses hordes n\u2019ont jamais cach\u00e9 leurs intentions funestes. Le clerg\u00e9 n\u2019a jamais cess\u00e9 ses provocations. Les seuls \u00e0 ne pas se d\u00e9finir, ce sont les diff\u00e9rents r\u00e9cits de gouvernants, d\u2019historiens ou de faussaires. L\u2019ennemi joue au tout pour le tout. Il sait parfaitement en quoi consiste l\u2019enjeu. Si ce n\u2019est pas lui qui attaque, la r\u00e9volution le prendra \u00e0 la gorge, un jour proche.<br>La r\u00e9volution a eu la malchance de se produire au pire moment. La l\u00e2che attitude des partis politiques espagnols n\u2019\u00e9tait que le reflet de la l\u00e2chet\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de la d\u00e9mocratie internationale, ce qui stimula le d\u00e9ploiement du fascisme. Tout s\u2019unit pour \u00e9touffer dans l\u2019\u0153uf le ph\u00e9nom\u00e8ne collectif le plus cat\u00e9gorique. La r\u00e9volution, enterr\u00e9e sous une grosse couche de cadavres constamment renouvel\u00e9s, va germer un jour avec la force des bonnes graines bien trait\u00e9es.<br>Attendons la fin de l\u2019hiver et la fonte des neiges.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Jos\u00e9 Peirats (1972)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I.&nbsp;De la fondation au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 Organisation ouvri\u00e8re espagnole continuatrice de la vieille F\u00e9d\u00e9ration r\u00e9gionale [de l\u2019AIT]. Cette derni\u00e8re, sous diff\u00e9rents sigles, avait surv\u00e9cu depuis 1870, en d\u00e9pit des p\u00e9rip\u00e9ties de la r\u00e9pression. 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