{"id":112,"date":"2016-04-27T11:48:48","date_gmt":"2016-04-27T09:48:48","guid":{"rendered":"https:\/\/testwp.cnt-so.org\/rhone-alpes\/2016\/04\/27\/a-lyon-et-dans-sa-banlieue-lexploitation-ordinaire-et-les-luttes-des-travailleurs-du-nettoyage\/"},"modified":"2016-04-27T11:48:48","modified_gmt":"2016-04-27T09:48:48","slug":"a-lyon-et-dans-sa-banlieue-lexploitation-ordinaire-et-les-luttes-des-travailleurs-du-nettoyage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cnt-so.org\/rhone-alpes\/2016\/04\/27\/a-lyon-et-dans-sa-banlieue-lexploitation-ordinaire-et-les-luttes-des-travailleurs-du-nettoyage\/","title":{"rendered":"\u00c0 Lyon et dans sa banlieue, l\u2019exploitation ordinaire et les luttes des travailleurs du nettoyage"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">  <strong>Face \u00e0 la d\u00e9gradation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des conditions des travail, notamment parmi les plus pr\u00e9caires et les plus exploit\u00e9s, la question de la possibilit\u00e9 d&rsquo;organiser des mobilisations victorieuses, de mener des ripostes sociales \u00e9mancipatrices, constituent des enjeux fondamentaux, incontournables pour le syndicalisme de lutte. Le sujet qu&rsquo;aborde cet article, constitu\u00e9 \u00e0 base d&rsquo;entretiens, est non seulement la description d&rsquo;un secteur d&rsquo;activit\u00e9, le nettoyage, o\u00f9 r\u00e8gne g\u00e9n\u00e9ralement une exploitation intensive assez souvent hors-la-loi, mais aussi le probl\u00e8me de l&rsquo;organisation d\u00e9fensive et offensive des travailleurs dans ces conditions de forte pr\u00e9carit\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">\t<strong> <em>Autre Futur<\/em>  a d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9 le th\u00e8me du secteur du nettoyage, notamment en partant de <a href=\"http:\/\/www.autrefutur.net\/Les-femmes-dans-le-nettoyage-et-l\">la question plus sp\u00e9cifique des femmes, \u00e0 partir de t\u00e9moignages recueillis en r\u00e9gion parisienne<\/a>. Cette fois, c&rsquo;est dans la banlieue lyonnaise que nous avons rencontr\u00e9 Mourad Chikhi, Zaidi Rabah, agents  de nettoyage dans le m\u00e9tro, Lydie Molle, femme de m\u00e9nage, Chantal L.,  responsable de chantier r\u00e9cemment licenci\u00e9e, tous adh\u00e9rents du syndicat du nettoyage lyonnais <a href=\"http:\/\/www.cnt-so.org\/\">CNT-Solidarit\u00e9 Ouvri\u00e8re<\/a>, ainsi que Didier Goncalves, d\u00e9fenseur syndical, et leur avocate, Me Lucie Davy, inscrite au barreau de Lyon, par ailleurs membre du <a href=\"http:\/\/www.lesaf.org\/accueil.html\">Syndicat des Avocats de France<\/a>, en particulier de sa commission sociale qui a pour mission d&rsquo;\u0153uvrer \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des droits des salari\u00e9s et des demandeurs d\u2019emploi.<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">\t<strong>Il s&rsquo;agit donc ici, en premier lieu, d&rsquo;attirer l&rsquo;attention sur des situations concr\u00e8tes parfois m\u00e9connues, en proposant une pr\u00e9sentation d\u00e9taill\u00e9e de la situation des salari\u00e9s du secteur. Mais il importera aussi de retranscrire des exp\u00e9riences de lutte, en en soulignant les r\u00e9ussites encourageantes, \u00e0 partir d&rsquo;un exemple de d\u00e9veloppement syndical significatif, sans en masquer les difficult\u00e9s et les limites. L&rsquo;objectif est ainsi d&rsquo;inviter et de contribuer \u00e0 une r\u00e9flexion plus globale en terme de strat\u00e9gie syndicale et de mobilisation, en lien avec la sp\u00e9cificit\u00e9 d&rsquo;un secteur mais aussi avec des enjeux plus g\u00e9n\u00e9raux inh\u00e9rents \u00e0 toute perspective \u00e9mancipatrice inscrite dans le monde du travail. En ce sens, c&rsquo;est aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9change et \u00e0 des contributions sur la th\u00e9matique du syndicalisme de lutte aujourd&rsquo;hui tout comme sur le probl\u00e8me de l&rsquo;organisation des classes populaires que l&rsquo;on voudrait inciter, au-del\u00e0 des clivages partisans ou des querelles d&rsquo;appartenance syndicale.<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Autre Futur : Commen\u00e7ons par pr\u00e9senter la situation des salari\u00e9s dans le secteur professionnel du nettoyage. Y-a-t-il une particularit\u00e9 de ce secteur par rapport \u00e0 d&rsquo;autres ? Quels sont les principaux probl\u00e8mes que vous y rencontrez ?<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Mourad Chikhi<\/strong> : Je suis agent d&rsquo;entretien en station de m\u00e9tro et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical. Dans le nettoyage, la premi\u00e8re revendication concerne les relations humaines, le respect : \u00e7a commence par l\u00e0. Mais \u00e7a n&rsquo;existe pas.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : Ce secteur est en effet caract\u00e9ris\u00e9 par le manque de respect \u00e0 l&rsquo;encontre des salari\u00e9s. Il y a des probl\u00e8mes partout ailleurs, une d\u00e9gradation des conditions de travail pour l&rsquo;ensemble des salari\u00e9s dans ce pays, c&rsquo;est un fait. Mais dans le nettoyage, tout semble exacerb\u00e9, plus extr\u00eame. Il y a v\u00e9ritablement une atteinte \u00e0 la dignit\u00e9 des salari\u00e9s. La politique des ressources humaines est assez violente, beaucoup de gestion par le stress, entrainant des risques psycho-sociaux importants. Et cette mani\u00e8re de parler aux gens, qui sont  quasiment trait\u00e9s comme des esclaves&#8230; C&rsquo;est quelque chose de terrible, avec parfois un fond de racisme derri\u00e8re et un m\u00e9pris de classe toujours.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Mourad Chikhi<\/strong> : Ceci \u00e9tant dit, au niveau du respect envers nous, le syndicat change aussi un peu les choses, en particulier sur le plan de la communication. Par exemple, depuis que Lydie est syndiqu\u00e9e, son patron a davantage peur d&rsquo;elle et elles est plus respect\u00e9e, \u00e7a c&rsquo;est s\u00fbr.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Lydie Molle<\/strong> : Je suis femme de m\u00e9nage dans une salle de sport et d\u00e9sormais repr\u00e9sentante syndicale dans la soci\u00e9t\u00e9 de nettoyage. Avant, il y avait une dame (ndrl: inspectrice) qui venait, qui contr\u00f4lait et qui ne me respectait pas. Elle me parlait mal : \u00abl\u00e0 c&rsquo;est pas bien fait\u00bb, \u00abl\u00e0 c&rsquo;est pas bien\u00bb, juste pour me faire chier. Mais depuis que je suis syndiqu\u00e9e, elle ne ment plus. Plus personne ne m&#8217;emb\u00eate. <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : Quand Lydie a \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e, il n&rsquo;y a pas eu de contestation de l&#8217;employeur dans les d\u00e9lais impartis. Mais quand j&rsquo;ai ensuite appel\u00e9 l&#8217;employeur pour qu&rsquo;il mette \u00e0 disposition de notre Repr\u00e9sentant de Section Syndicale (RSS) les moyens d&rsquo;exercer son mandat, il m&rsquo;a r\u00e9pondu : \u00ab de toute fa\u00e7on, il n&rsquo;y a jamais eu de syndicat dans ma boite et il n&rsquo;y en aura jamais ! \u00bb. Un quart d&rsquo;heure apr\u00e8s, notre avocate envoyait un courrier recommand\u00e9 \u00e0 l&#8217;employeur pour le rappeler \u00e0 ses obligations et le menacer d&rsquo;une plainte devant le procureur, puisque c&rsquo;est un d\u00e9lit d&rsquo;entrave, p\u00e9nal, passible d&rsquo;une proc\u00e9dure devant le tribunal correctionnel. <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Lydie Molle<\/strong> : Ensuite, la g\u00e9rante est venue me dire : \u00ab il faut fermer les yeux, ne fais plus rien, on va s&rsquo;entendre entre nous. Il n&rsquo;y aura plus de probl\u00e8me avec toi. Avec les autres oui, mais toi, non.  Donc faut arr\u00eater tout \u00e7a&#8230;\u00bb. (rires)<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : Dans cette soci\u00e9t\u00e9, on a d&rsquo;ailleurs pu obtenir rapidement des rappels de salaires, de primes et faire sauter des sanctions disciplinaires. En tant que salari\u00e9s prot\u00e9g\u00e9s(d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s syndicaux ou RSS), Mourad ou Lydie ont une expression plus facile d\u00e9sormais dans leurs entreprises qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 il n&rsquo;y avait aucune repr\u00e9sentation syndicale. Cela permet des choses. Le soutien que leur apporte le syndicat change aussi le rapport de force sur le terrain et l&#8217;employeur est plus dispos\u00e9 \u00e0 parler correctement aupr\u00e8s des salari\u00e9s et \u00e0 respecter leurs droits.<\/p>\n<h2>Une difficult\u00e9 du secteur du nettoyage : connaitre et exprimer ses droits <\/h2>\n<p><img256|center><\/p>\n<p align=\"justify\">A Lyon, beaucoup de salari\u00e9s du nettoyage sont issus du Maghreb, m\u00eame si certains sont fran\u00e7ais, bien entendu. Il y a par ailleurs une r\u00e9partition hommes\/femmes globalement \u00e0 cinquante-cinquante, m\u00eame si cela d\u00e9pend des types de site (industriel, commercial&#8230;), des types de t\u00e2che, etc.<\/p>\n<p align=\"justify\">\tBeaucoup d&rsquo;abus en tous genres sont favoris\u00e9s par les difficult\u00e9s en compr\u00e9hension de la langue de travailleurs migrants qu&rsquo;on retrouve beaucoup dans ces secteurs d&rsquo;activit\u00e9. On trouve ainsi beaucoup d&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9s sur les bulletins de paie, par exemple le non paiement de la prime de transport, le non versement de la prime d&rsquo;exp\u00e9rience, le nombre de jours pay\u00e9s qui ne correspond pas aux jours travaill\u00e9s&#8230;  <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Me Lucie Davy<\/strong> : En ce sens, une sp\u00e9cificit\u00e9 du secteur concerne la capacit\u00e9 de se d\u00e9fendre. En effet, pour les salari\u00e9s, dans le nettoyage, il est plus difficile d\u2019avoir conscience et de connaitre leurs droits et, de fait, de se d\u00e9fendre. Beaucoup sont analphab\u00e8tes dans notre langue. Cela rend les choses beaucoup plus compliqu\u00e9es. Il arrive par exemple souvent que les salari\u00e9s ne comprennent pas forc\u00e9ment tout ce qu\u2019ils sont amen\u00e9s \u00e0 signer ou \u00e0 lire, voire pas du tout. Ils sont donc dans une plus grande pr\u00e9carit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L.<\/strong> : De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les employeurs profitent \u00e9norm\u00e9ment de la situation des salari\u00e9s, ils savent que si la personne ne comprend pas, \u00e7a va \u00eatre plus facile, ils vont lui dire : \u00abje vais te mettre deux heures en plus\u00bb&#8230; et  ils vont lui mettre deux euros. C&rsquo;est dramatique. Les personnes ne savent pas bien s&rsquo;exprimer, elles ne vont parfois pas simplement oser.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Mourad Chikhi<\/strong> : En tant que d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical, je suis en relation avec la soci\u00e9t\u00e9 mais j&rsquo;essaie de mettre en place, avec le syndicat, des r\u00e9unions d&rsquo;\u00e9quipe, des espaces d&rsquo;\u00e9change pour remonter les probl\u00e8mes. Il faut faire remonter, car cela ne se fait pas tout seul, souvent ils ne remontent pas, ils ne savent pas formuler leurs demandes en revendications, ou je ne sais pas&#8230; Ce sont des ex\u00e9cutants, ils n&rsquo;ont pas forc\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;esprit de faire remonter toutes les injustices. Mais il y a aussi une m\u00e9connaissance \u00e0 tous les niveaux de la hi\u00e9rarchie sur ce qui se passe en bas sur le terrain. C&rsquo;est l&rsquo;agent, l&rsquo;\u00e9chelon le plus bas, qui peut apporter les v\u00e9ritables informations. Mais c&rsquo;est tr\u00e8s difficile \u00e0 formuler. Nos moyens en terme de communication restent limit\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"justify\">\tIl faut vraiment parvenir \u00e0 cr\u00e9er des espaces d&rsquo;\u00e9change, en apprenant \u00e0 utiliser les termes techniques, pour qu&rsquo;on puisse mieux s&rsquo;exprimer. C&rsquo;est important car sans \u00e7a, \u00e7a peut s&rsquo;\u00e9crouler, certains ont vraiment besoin d&rsquo;\u00eatre aid\u00e9s. Je me d\u00e9brouille comme je peux mais il faut vraiment ces endroits l\u00e0 o\u00f9 on peut apprendre. J&rsquo;essaie d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute et de faire des tours de d\u00e9l\u00e9gation mais je me rends compte ensuite que les gens n&rsquo;ont pas forc\u00e9ment compris. Il faut r\u00e9p\u00e9ter et \u00eatre patient. Il faut comprendre les gens, certaines personnes vous disent qu&rsquo;elles ont compris, mais ce n&rsquo;est pas le cas. <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : Quand les gens viennent \u00e0 la permanence juridique, ils font \u00e9tat de leurs probl\u00e8mes parfois de mani\u00e8re d\u00e9cousue, on remet en place les pi\u00e8ces du puzzle ensemble, on constitue un dossier. On fait en sorte, dans les limites du possible, que les salari\u00e9s soient acteurs de la proc\u00e9dure. On envoie rapidement des courriers recommand\u00e9s aux employeurs, on sollicite les diff\u00e9rents services, l&rsquo;inspection du travail, la m\u00e9decine du travail, on enclenche, le cas \u00e9ch\u00e9ant, des proc\u00e9dures prud&rsquo;hommales, on mobilise notre avocate sur tel contentieux au p\u00e9nal.  <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Mourad Chikhi<\/strong> : En ce qui concerne les gr\u00e8ves, les actions comme \u00e7a, il faut vraiment bien pr\u00e9parer le terrain. Souvent, on a affaire \u00e0 des coll\u00e8gues qui ne comprennent pas. Si on leur met un jugement tout de suite, on peut les perdre et ce n&rsquo;est pas du tout ce qu&rsquo;il faut faire. C&rsquo;est tr\u00e8s important car si on ne mesure pas le risque, \u00e7a peut faire des d\u00e9g\u00e2ts. Il faut prendre le temps d&rsquo;attendre. En tout cas, c&rsquo;est mon exp\u00e9rience.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Me Lucie Davy<\/strong> : Il y a des initiatives int\u00e9ressantes. Un salari\u00e9 licenci\u00e9, suivi par le syndicat et que j\u2019assiste, s&rsquo;est dit que l&rsquo;important \u00e9tait de transmettre la connaissance du droit, au moins, un kit de survie en droit du travail. Il m&rsquo;a demand\u00e9 si j&rsquo;\u00e9tais d&rsquo;accord pour participer \u00e0 des formations en droit du travail sur les radios locales lyonnaises qui sont \u00e9cout\u00e9es par de nombreux salari\u00e9s. Par exemple, sur Radio Canut, il y a une \u00e9mission anim\u00e9e par un Kabyle qui pourrait \u00eatre un biais pour de petites formations.<\/p>\n<p><img255|center><\/p>\n<h2>Une pr\u00e9carit\u00e9 extr\u00eamement r\u00e9pandue<\/h2>\n<p><strong>Autre Futur : Qu&rsquo;en est-il de la pr\u00e9carit\u00e9 dans le secteur ?<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L.<\/strong> : Il faut savoir que les soci\u00e9t\u00e9s de nettoyage, toujours tr\u00e8s cyniques, se disent tr\u00e8s sociales car elles embauchent des gens qui sont pr\u00e9caires&#8230;!<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : On constate une pratique abusive du recours au Contrat \u00e0 Dur\u00e9e D\u00e9termin\u00e9e (CDD) et aux temps partiels.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L. <\/strong> : Il y a beaucoup de CDD, cela arrange l&#8217;employeur parce qu&rsquo;ils sont plus vites mis dehors. Ensuite, vous reprenez quelqu&rsquo;un, vous lui donnez un peu plus de travail que le pr\u00e9c\u00e9dent. Personne le sait et petit \u00e0 petit, \u00e7a \u00e9limine du personnel. Et on tient les gens davantage en CDD.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cela fait que la r\u00e9sistance n&rsquo;est pas toujours \u00e9vidente. Quand on part sur la base d&rsquo;une personne qui a un CDD, mettons de 15 jours ou trois semaines, elle a presque les larmes aux yeux \u00e0 la fin du CDD pour  dire : \u00abquand est-ce que tu me reprends ?\u00bb Sinon, elle se retrouve sans travail et il y a donc une peur tr\u00e8s pr\u00e9sente. <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Me Lucie Davy<\/strong> : Certains n&rsquo;ont pas de carte de r\u00e9sident ou titre de s\u00e9jour de longue dur\u00e9e. Or, ils ont besoin de leur contrat de travail pour voir leurs papiers renouvel\u00e9s. Ces salari\u00e9s ont vraiment le couteau sous la gorge&#8230; <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L.<\/strong> : J&rsquo;ai un exemple dat\u00e9 de la semaine derni\u00e8re. Je connais une personne qui se trouvait depuis plus de 3 ans et demi sur un site de nettoyage, qui avait une carte de s\u00e9jour italienne, dont l&#8217;employeur ne s&rsquo;\u00e9tait pas rendu compte ou qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas voulu voir, et qui se trouve aujourd&rsquo;hui expuls\u00e9e. Il a 3 enfants et tout le monde est expuls\u00e9. La police des fronti\u00e8res est venue et c&rsquo;est parti&#8230; \u00e7a a \u00e9t\u00e9 du rapide.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Me Lucie Davy <\/strong> : Ce sont vraiment des situations qui entra\u00eenent une grande pr\u00e9carit\u00e9 et des difficult\u00e9s plus importantes pour se d\u00e9fendre. <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L.<\/strong> : Les salari\u00e9s ont tellement peur de ne pas avoir de contrat qu&rsquo;ils pr\u00e9f\u00e8rent signer sur le champ ce que la direction leur propose.<\/p>\n<p><img254|center><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves <\/strong> :\tConcernant le recours au CDD, cette pratique est encadr\u00e9e par le code du travail et il faut un objet pr\u00e9cis \u00e0 son recours, une dur\u00e9e temporaire&#8230; L&#8217;employeur est soumis \u00e0 des obligations, ne serait-ce que la signature d&rsquo;un contrat dans les d\u00e9lais pr\u00e9vus. Or, bien souvent, on constate dans le nettoyage que l&#8217;employeur ne respecte pas les dispositions du code du travail qui encadrent l&rsquo;usage du CDD. Dans ce secteur, on est aussi confront\u00e9 \u00e0 la m\u00e9connaissance des salari\u00e9s et \u00e0 la barri\u00e8re de la langue, ce qui favorise cet usage abusif du CDD. C&rsquo;est l&rsquo;occasion pour le syndicat de trainer l&#8217;employeur devant les prud&rsquo;hommes pour obtenir la requalification du CDD en Contrat \u00e0 Dur\u00e9e Ind\u00e9termin\u00e9e(CDI), qui normalement est la norme. A moins qu&rsquo;une transaction, ou m\u00eame un simple courrier recommand\u00e9 avec copie \u00e0 l&rsquo;inspection du travail, suffise \u00e0 obtenir gain de cause. Cela m&rsquo;arrive r\u00e9guli\u00e8rement de voir des personnes venir \u00e0 nos permanences juridiques pour un autre probl\u00e8me et de me rendre compte qu&rsquo;on peut obtenir une requalification du contrat. Si, par exemple, la personne a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9e, elle ne va pas r\u00e9int\u00e9grer l&rsquo;entreprise, mais elle va toucher des indemnit\u00e9s en compensation des pr\u00e9judices subis.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans le monde du travail, plus de 80% des contrats sign\u00e9s aujourd&rsquo;hui sont des CDD, mais, encore une fois, la norme est cens\u00e9e \u00eatre le CDI. Les CDD sont cens\u00e9s \u00eatre utilis\u00e9s pour des remplacements (maladie, cong\u00e9&#8230;), un accroissement temporaire de l&rsquo;activit\u00e9&#8230;<\/p>\n<p><strong>Chantal L. <\/strong> : qui n&rsquo;est bien souvent pas justifi\u00e9&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : Parfois ils ne s&#8217;emb\u00eatent pas avec \u00e7a, ils ne donnent pas de motif au CDD, alors c&rsquo;est la requalification de droit&#8230; Il y a aussi la question des requalifications de temps partiel \u00e0 temps plein. Il y a beaucoup de temps fractionn\u00e9, partiel dans le nettoyage,  temps partiel impos\u00e9. J&rsquo;ai pu constater chez certaines personnes que le salaire de base varie d&rsquo;un mois \u00e0 l&rsquo;autre sans qu&rsquo;il y ait signature d&rsquo;avenant qui puisse le justifier. \u00c9videmment, ce sont des pratiques abusives. Si la personne a eu 151,67 heures pendant un mois, en g\u00e9n\u00e9ral on obtient la requalification du contrat \u00e0 temps plein.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Me Lucie Davy<\/strong> : Il y a souvent des avenants anti-dat\u00e9s, des pressions pour que les gens signent n\u2019 importe o\u00f9, \u00e0 n\u2019importe quelles conditions et n\u2019importe quoi.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L.<\/strong> : J&rsquo;ai rarement vu un contrat qui soit fait dans les temps. Sauf si on est responsable, l\u00e0, g\u00e9n\u00e9ralement on l&rsquo;a tout de suite. Pourquoi ? Parce que si la personne s&rsquo;en va au bout d&rsquo;une journ\u00e9e, \u00e7a passe <em>incognito<\/em>. Les trois-quart du temps, la personne ne sera m\u00eame pas pay\u00e9e et elle n&rsquo;ira pas r\u00e9clamer car elle n&rsquo;a fait qu&rsquo;une journ\u00e9e. Autrement, les contrats seront dat\u00e9s du moment o\u00f9 la personne aura d\u00e9marr\u00e9 mais ils seront sign\u00e9s trois semaines apr\u00e8s, parfois m\u00eame plus&#8230; <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : C&rsquo;est pour \u00e7a que l\u00e0 o\u00f9 le syndicat dispose d&rsquo;\u00e9quipes militantes, il a \u00e9t\u00e9 mis en place certaines pratiques de r\u00e9sistance. Par exemple, si je dois signer un contrat, je le mets \u00e0 la date du jour o\u00f9 je l&rsquo;ai sign\u00e9. Sinon, je demande un temps de r\u00e9flexion, ne serait-ce que pour aller voir les services juridiques du syndicat. Dit ainsi, \u00e7a pourrait paraitre \u00e9vident. Pourtant, on a, en effet, constater certains abus,  de sorte que plusieurs personnes \u00e9taient l\u00e9gitimes \u00e0 demander une requalification de CDD en CDI. C&rsquo;est alors que la soci\u00e9t\u00e9 a envoy\u00e9 son encadrement interm\u00e9diaire sur place pour faire signer les contrats antidat\u00e9s sous la pression, notamment en coin\u00e7ant des salari\u00e9s dans les toilettes dans un centre commercial, en piquant le stylo d&rsquo;une cliente pr\u00e9sente \u00e0 ce moment l\u00e0&#8230; Ce genre de chose caricaturale, je l&rsquo;entends souvent, ce sont des pratiques r\u00e9currentes dans le nettoyage. Pour information, la situation que j&rsquo;\u00e9voque a \u00e9t\u00e9 r\u00e9gularis\u00e9e suite \u00e0 l&rsquo;intervention du syndicat. <\/p>\n<p><img253|center><\/p>\n<h2>Sous-traitance, conditions de travail et syndicalisme<\/h2>\n<p><strong>Autre Futur : Y-a-t-il d&rsquo;autres aspects qui caract\u00e9risent le secteur du nettoyage ?<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : Dans le nettoyage, les salari\u00e9s travaillent pour une entreprise mais elles  travaillent avant tout sur un chantier, avec par exemple la soci\u00e9t\u00e9 TFN, SAMSIC, GOM, etc.  Mais Il y a trente ans, ce sont des salari\u00e9s qui auraient fait parti de l&rsquo;entreprise utilisatrice, des gens \u00e0 statut. Aujourd&rsquo;hui, avec l&rsquo;externalisation, ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, des prestations de nettoyage, il y a une sorte de roulement dans les march\u00e9s et des salari\u00e9s qui vont d&rsquo;une entreprise \u00e0 une autre tout en restant sur le m\u00eame site. Bien souvent, \u00e7a va \u00eatre l&rsquo;occasion pour le nouvel employeur, en contradiction d&rsquo;ailleurs avec les dispositions conventionnelles, de revenir sur les \u00abavantages\u00bb acquis par les salari\u00e9s. Alors que normalement la convention collective est tr\u00e8s claire l\u00e0-dessus, dans son article 7 et suivants. L&#8217;employeur doit reprendre les salari\u00e9s en leur proposant un avenant qui reprend les m\u00eame termes que leur contrat de travail initial. Bien souvent, cela n&rsquo;est pas respect\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Mourad Chikhi<\/strong> : A chaque contrat commercial entre l&rsquo;entreprise utilisatrice et la soci\u00e9t\u00e9 de nettoyage, il y a souvent augmentation de la charge de travail et l&rsquo;exigence de davantage de qualit\u00e9. C&rsquo;est en effet souvent un contrat au rabais, obtenu pour moins cher. C&rsquo;est de la folie&#8230; <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Lydie Molle<\/strong> : C&rsquo;est \u00e0 cette occasion que je me suis syndiqu\u00e9e. Le probl\u00e8me \u00e9tait que lorsqu&rsquo;ils ont chang\u00e9 de contrat, ils m&rsquo;ont enlev\u00e9 des heures. Avant, je travaillais 35 heures avec une autre boite et quand ils ont chang\u00e9 de soci\u00e9t\u00e9, j&rsquo;ai eu ce probl\u00e8me. <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L.<\/strong> : Ils peuvent aussi d\u00e9placer un salari\u00e9 s&rsquo;ils savent que bient\u00f4t ce site ne leur appartiendra plus. Ainsi la personne ne fera plus partie de la soci\u00e9t\u00e9. Ces soci\u00e9t\u00e9s de nettoyage sont  tr\u00e8s bien organis\u00e9es, elles ont des strat\u00e9gies. <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Me Lucie Davy<\/strong> : En effet, les soci\u00e9t\u00e9s peuvent jouer dans le nettoyage de la sp\u00e9cificit\u00e9 de \u00abl&rsquo;article 7\u00bb de la convention collective, qui concerne les transferts de salari\u00e9s. A certaines conditions, cet article oblige la soci\u00e9t\u00e9 entrante \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer les salari\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 sortante lors de la modification de l&rsquo;appel d&rsquo;offre.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L.<\/strong> : Il faut six mois d&rsquo;anciennet\u00e9, ce qui aide la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 pr\u00e9parer ceux qu&rsquo;elle a envie de virer. Si, avec ma soci\u00e9t\u00e9, il y 9 chances sur 10 que je perde le chantier, on va mettre la personne sur ce chantier pour s&rsquo;en d\u00e9barrasser, 6 mois suffisent et \u00e7a passe&#8230; Et la personne est quand m\u00eame indirectement \u00e9ject\u00e9e. C&rsquo;est un fonctionnement normal et r\u00e9gulier.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Me Lucie Davy<\/strong> : Il arrive que des entreprises entrantes refusent de prendre les salari\u00e9s, en disant qu&rsquo;ils ne remplissent pas les conditions, tandis que les entreprises sortantes affirment, quant \u00e0 elles, que ces personnes ne font plus partie de l&rsquo;entreprise. Ces probl\u00e9matiques ne peuvent pas toujours \u00eatre examin\u00e9es dans le cadre d&rsquo;un r\u00e9f\u00e9r\u00e9, en raison de situations complexes. J&rsquo;ai connu une situation o\u00f9 17 femmes se sont ainsi trouv\u00e9es sur le carreau, sans salaires, ballot\u00e9es entre les deux soci\u00e9t\u00e9s, sans pouvoir s&rsquo;inscrire \u00e0 P\u00f4le Emploi, le tout avec des proc\u00e9dures qui durent au minimum 18 mois. Ce type de contentieux \u00e9puise les salari\u00e9s qui peuvent se retrouver dans des situations inextricables, sans aucun revenu durant plusieurs mois.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : On constate que dans le nettoyage la plupart des conflits sociaux se font \u00e0 la faveur des reprises de march\u00e9, soit d&rsquo;une mani\u00e8re d\u00e9fensive, soit d&rsquo;une mani\u00e8re offensive. Au niveau syndical, on peut d\u00e9jouer les plans de la soci\u00e9t\u00e9, quand elles sont en tort, assez facilement. Par ailleurs, l\u00e0 o\u00f9 nous avons une pr\u00e9sence militante importante, \u00e7a va \u00eatre l&rsquo;occasion aussi de n\u00e9gocier, avec l&rsquo;\u00e9quipe, de meilleures conditions de travail pour les salari\u00e9s. Ces passages d&rsquo;une entreprise \u00e0 l&rsquo;autre vont donc \u00eatre des moments importants. <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Mourad Chikhi <\/strong> : Avec le syndicat CNT-Solidarit\u00e9 Ouvri\u00e8re, on les met un peu en difficult\u00e9 \u00e0 ce sujet. Le syndicat sert \u00e0 nous d\u00e9fendre mais a aussi pour effet de faire respecter la voix des salari\u00e9s de soci\u00e9t\u00e9s de nettoyage par rapport au client. Si on nous \u00e9coute pas, il y a des gr\u00e8ves qui peuvent \u00e9clater, des choses comme \u00e7a&#8230; Le client n&rsquo;est d\u2019ailleurs pas toujours inform\u00e9 de toutes les difficult\u00e9s. On les g\u00eane et on am\u00e9liore les conditions de tout le monde. L&rsquo;air de rien&#8230; <\/p>\n<p align=\"justify\"> <strong>Didier Goncalves<\/strong> : A ce propos, les camarades, je crois, ont fait quelque chose d&rsquo;int\u00e9ressant au mois de d\u00e9cembre 2013 avec le syndicat. D&rsquo;habitude, les salari\u00e9s d&rsquo;une entreprise de propret\u00e9 se mobilisent sur un chantier bien d\u00e9termin\u00e9. Au final, ce sont des mouvements isol\u00e9s sur tel ou tel site. L\u00e0, on avait r\u00e9ussi \u00e0 faire des mobilisations sur plusieurs sites, dans le m\u00e9tro, dans un centre commercial, un site industriel, des bureaux avec une v\u00e9ritable solidarit\u00e9 entre chantiers dans la lutte&#8230;<\/p>\n<p><strong>Autre Futur : Que peut-on dire de la convention collective dans le nettoyage ?<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : La convention collective est <em>a minima<\/em>, il n&rsquo;y a pas vraiment d&rsquo;avantages sp\u00e9cifiques, si ce n&rsquo;est un treizi\u00e8me mois pour les cadres et rien du tout pour les ouvriers. On m\u00e8ne \u00e0 ce propos un combat juridique et syndical autour de l&rsquo;application de la convention de la manutention ferroviaire en lieu et place de celle de la propret\u00e9 sur les sites de nettoyage de tramway, m\u00e9tro et gare. En effet, quand deux conventions collectives se chevauchent sur un terrain d\u00e9termin\u00e9, alors est cens\u00e9e s&rsquo;appliquer la plus favorable pour les salari\u00e9s. Or la convention de la manutention ferroviaire est plus avantageuse que celle de la propret\u00e9, puisqu&rsquo;elle pr\u00e9voit, notamment, un treizi\u00e8me mois et une prime vacances \u00e9quivalente \u00e0 45% d&rsquo;un salaire brut, et qui tombe en g\u00e9n\u00e9ral vers le mois de juin. Bien entendu, les employeurs ne veulent pas entendre parler de ces revendications. C&rsquo;est pourquoi plusieurs combats ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9s, d&rsquo;abord sur le terrain par des mouvements de gr\u00e8ve mais aussi par des recours devant le conseil des prud&rsquo;hommes.<\/p>\n<p><img252|center><\/p>\n<p><strong>Autre Futur : D&rsquo;autres observations sur les conditions de travail ?<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Mourad Chikhi<\/strong> : Concernant les horaires de travail, chez nous, dans le m\u00e9tro, l&rsquo;\u00e9quipe de nuit, on travaille de 21h \u00e0 4h. On a une revendication qui concerne la surcharge de travail. Par exemple, les TE&#8230; <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L.<\/strong> : TE signifie Travail Exceptionnel. C&rsquo;est un travail qui vient en suppl\u00e9ment des horaires. Il va \u00eatre pay\u00e9 par le client au patron mais le patron va toujours s&rsquo;arranger pour le donner aux gens qu&rsquo;il a sur le terrain. Donc, c&rsquo;est tout b\u00e9nef, car il ne les paiera pas en plus. Les responsables des soci\u00e9t\u00e9s de nettoyage sont charg\u00e9s de trouver des TE de partout car c&rsquo;est l\u00e0-dessus que la soci\u00e9t\u00e9 fait son pain. En effet, tous ceux qui sont en bas de l&rsquo;\u00e9chelle vont faire le travail dans leur temps de travail. C&rsquo;est tout b\u00e9nef&#8230;<br \/>\n\tMais ce Travail Exceptionnel peut aussi \u00eatre fait par une autre soci\u00e9t\u00e9 pour des t\u00e2ches sp\u00e9cifiques. Par exemple, pour les ascenseurs.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Mourad Chikhi<\/strong> : Justement, r\u00e9cemment, il y avait une porte o\u00f9 il y avait de la graisse. Or, c&rsquo;est un autre prestataire qui a mis la graisse dessus. Le client, le donneur d&rsquo;ordre vient et me dit : \u00abil y a de la graisse\u00bb. Je fais, enfin j&rsquo;ai pas su bien comment lui dire, mais : \u00ab\u00e7a  c&rsquo;est ton travail que tu n&rsquo;as pas fait\u00bb. Parce que normalement, ton prestataire, la partie nettoyage est normalement pay\u00e9e. Donc comment se fait-il qu&rsquo;il ne l&rsquo;a pas fait ? C&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 nous de le faire. Mais qui fait le travail ? Celui qui est \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon le plus bas, l&rsquo;agent de station. Quand on est agent en station, on doit r\u00e9pondre directement au probl\u00e8me et faire tous les travaux : chef d&rsquo;\u00e9quipe, ma\u00eetrise, soci\u00e9t\u00e9 et donneur d&rsquo;ordres en m\u00eame temps. Et puis, quand il y a des rempla\u00e7ants d&rsquo;anciens, on se retrouve avec une ignorance totale, ils doivent faire leurs preuves et il faut les former pendant au moins deux ans. Mais il n&rsquo;y a pas de moyen pour le faire. Donc on se retrouve, simple agent de station, \u00e0 devoir faire avec eux le chef d&rsquo;\u00e9quipe. Mais on est pas pay\u00e9 pour \u00e7a&#8230; <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : Par ailleurs, dans le nettoyage, il faut comprendre que plusieurs personnes travaillant sur un m\u00eame site, c&rsquo;est tout de m\u00eame assez rare. Beaucoup d&#8217;employ\u00e9s dans le nettoyage vont faire le m\u00e9nage soit t\u00f4t le matin, soit tard le soir dans de petites boutiques, une agence bancaire.. Une dame ou un monsieur isol\u00e9 qui va passer le faubert (la serpill\u00e8re), etc. Cette personne ne va jamais rencontrer ses coll\u00e8gues, ou alors dans les transports en commun tr\u00e8s t\u00f4t le matin ou tr\u00e8s tard le soir, mais \u00e7a ne fait pas un collectif de travail. <\/p>\n<p><strong>Lydie Molle<\/strong> :  On est que deux sur mon lieu de travail.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : Dans les faits, leurs coll\u00e8gues sont  les gens qui travaillent sur le site, pas ceux de la soci\u00e9t\u00e9 de nettoyage. Ils n&rsquo;y vont en g\u00e9n\u00e9ral que pour recevoir leur solde de tout compte, ou pour un entretien disciplinaire. Ces soci\u00e9t\u00e9s sont d&rsquo;ailleurs souvent \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des grandes villes, dans des zones industrielles difficiles d&rsquo;acc\u00e8s, pour des gens qui bien souvent ne disposent pas d&rsquo;un v\u00e9hicule personnel. Ce sont dans les sites o\u00f9 il y a plusieurs salari\u00e9s (h\u00f4tel, m\u00e9tro, centre commercial, sites industriels&#8230;) que l&rsquo;on va plus facilement cr\u00e9er des collectifs de lutte. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs une source de contentieux, concernant les droits syndicaux, en particulier le panneau   syndical. L&#8217;employeur va nous proposer de le mettre \u00e0 l&rsquo;agence, o\u00f9 les salari\u00e9s ne vont quasiment jamais. On demande, comme le pr\u00e9voit d&rsquo;ailleurs la convention collective, que ce soit \u00e9galement sur les chantiers o\u00f9 les salari\u00e9s sont pr\u00e9sents. Cela permet de diffuser les coordonn\u00e9es du syndicat, les heures de permanence juridique, les protocoles de fin de conflit qui ont pu \u00eatre adopt\u00e9s dans l&rsquo;entreprise sur un autre chantier pour dire qu&rsquo;eux aussi doivent b\u00e9n\u00e9ficier de ces droits arrach\u00e9s par leurs coll\u00e8gues sur d&rsquo;autres sites dans la m\u00eame entreprise.<\/p>\n<h2>Quelle strat\u00e9gie de mobilisations et de luttes ?<\/h2>\n<p><img257|center><\/p>\n<p><strong>Autre Futur : Dans quelles circonstances vous-\u00eates vous syndiqu\u00e9s ?<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Mourad Chikhi<\/strong> : J&rsquo;avais initialement d\u00e9couvert l&rsquo;existence du syndicat par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;une diffusion de tract. J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 fait des gr\u00e8ves dans le pass\u00e9 avec d&rsquo;autres syndicats et on en cherchait un meilleur depuis bien longtemps. En fait, on a cr\u00e9\u00e9 le syndicat CNT-Solidarit\u00e9 Ouvri\u00e8re bien avant qu&rsquo;il n&rsquo;arrive ! Il r\u00e9pondait \u00e0 nos besoins.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Zaidi Rabah<\/strong> : Je travaille aussi dans le m\u00e9tro. Pour ma part, j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 eu une exp\u00e9rience syndicale en Alg\u00e9rie. J&rsquo;ai connu le mouvement syndical a l\u2019\u00e2ge de 19 ans \u00e0 l\u2019universit\u00e9, j\u2019\u00e9tais membre du comit\u00e9 des \u00e9tudiants de ma facult\u00e9 des sciences, ensuite membre du comit\u00e9 de la coordination des \u00e9tudiants qui regroupe toute les facult\u00e9s (CLE) puis animateur vers la fin de mon cursus universitaire (pr\u00e9sider des AG, affichage, d\u00e9signer des d\u00e9l\u00e9gations mobiles pour les n\u00e9gociations, regroupements\u2026etc). Je me suis syndiqu\u00e9 en raison des conditions de travail, de ce qu\u2019on voit actuellement.  L\u2019exploitation humaine ! <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L.<\/strong> : J&rsquo;\u00e9tais responsable de site dans la boite et j&rsquo;ai finalement \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9e de la boite car ma place \u00e9tait normalement aupr\u00e8s du patron et non aupr\u00e8s des salari\u00e9s. Ils ont utilis\u00e9 un d\u00e9part d&rsquo;une semaine en vacances sans avoir de papiers sign\u00e9s. Ils ont consid\u00e9r\u00e9 \u00e7a comme motif alors que derri\u00e8re tout \u00e7a il y a un an et demi de gal\u00e8re. Comme je parlais bien avec toute l&rsquo;\u00e9quipe, on a fini par me mettre dans un parking o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais avec trois personnes qui parlaient quasiment uniquement l&rsquo;arabe. Bien isol\u00e9e&#8230; Bon, j&rsquo;ai pu lire \u00e9norm\u00e9ment et apprendre plein de choses&#8230; Mais c&rsquo;\u00e9tait fait dans le but de me faire d\u00e9primer, que je c\u00e8de et abandonne tout..<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Me Lucie Davy<\/strong> : Il m&rsquo;arrive aussi de traiter de cas de harc\u00e8lement moral, c&rsquo;est-\u00e0-dire, selon la d\u00e9finition juridique, des actes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s qui entrainent une d\u00e9gradation des conditions de travail, qui ont pour cons\u00e9quence une alt\u00e9ration de la sant\u00e9 physique et\/ou mentale du salari\u00e9. Il est vrai que ce n&rsquo;est pas toujours facile de faire la diff\u00e9rence entre de la souffrance au travail, du management pressurisant et un v\u00e9ritable harc\u00e8lement moral au sens juridique. Puis il y a une autre probl\u00e9matique : celle de la preuve. On a pas toujours les \u00e9l\u00e9ments (t\u00e9moignages, certificats m\u00e9dicaux&#8230;) m\u00eame si ce harc\u00e8lement existe.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L.<\/strong> : \u00c7a  peut \u00eatre des insultes, des changements de tactique pour travailler et fatiguer la personne et essayer justement de l&rsquo;envoyer ailleurs, agir ainsi pour essayer de lui nuire et de la faire tomber&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Me Lucie Davy<\/strong> : Ce sont des ordres et des contre-ordres, des changements d&rsquo;activit\u00e9, des r\u00e9trogradations, des commentaires blessants, des salari\u00e9s qui sont ignor\u00e9s du jour au lendemain \u00e0 qui plus personne n\u2019adresse la parole, des pressions quotidiennes, de la surveillance journali\u00e8re\u2026<\/p>\n<p><strong>Chantal L.<\/strong> : Si on vous fait travailler demain dans un lieu \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;endroit o\u00f9 vous \u00e9tiez, pourquoi pas&#8230; Mais \u00e0 partir du moment o\u00f9 c&rsquo;est dans le but de nuire, c&rsquo;est pas bon&#8230; En tant que responsable de site d&rsquo;une vingtaine de personnes, je sais tr\u00e8s bien que j&rsquo;avais l&rsquo;ordre, si quelqu&rsquo;un m\u2019emb\u00eatait trop, de le mettre sur les ext\u00e9rieurs ou dans les escaliers. Les directives au-dessus, c&rsquo;\u00e9tait : \u00abs&rsquo;il t&#8217;emb\u00eate, c&rsquo;est pas grave, on va le licencier\u00bb, parce que la t\u00eate lui revient pas&#8230; et : \u00abpour le licencier, on va le mettre dans les escaliers\u00bb&#8230; Moi j&rsquo;ai eu de la chance, finalement je suis pas all\u00e9 dans les escaliers, je suis all\u00e9 dans le parking&#8230;<\/p>\n<p><strong>Lucie Davy<\/strong> : Dans les ext\u00e9rieurs&#8230;<\/p>\n<p><strong>Chantal L.<\/strong> : Le probl\u00e8me, c&rsquo;est qu&rsquo;il y fait froid, quand on est en plein hiver&#8230;<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Me Lucie Davy<\/strong> : Sans mat\u00e9riel, sans gilet, sans gants, sans aucun \u00e9quipement ad\u00e9quat. Les salari\u00e9s sont alors oblig\u00e9s d\u2019aller les r\u00e9clamer pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : C&rsquo;est un cas constant&#8230; Des salari\u00e9s qu&rsquo;on fait travailler en plein hiver dehors pour les punir&#8230;Avec le souci parfois de d\u00e9classer un salari\u00e9 qui avait des responsabilit\u00e9s. Ou on fixe des objectifs dont on sait qu&rsquo;ils sont insurmontables avec les moyens qu&rsquo;on met \u00e0 disposition aupr\u00e8s des salari\u00e9s&#8230;<\/p>\n<p><strong>Chantal L.<\/strong> : Pour faire partir une personne, ils peuvent aussi faire des calculs avec un compas et l&rsquo;envoyer sur un autre site. <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : Le syndicat est tr\u00e8s vigilant sur les questions de clause de mobilit\u00e9 abusive. On le laisse jamais passer une clause de mobilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la r\u00e9gion Rh\u00f4ne-Alpes, on estime que c&rsquo;est un territoire bien trop vaste. On fait attention aussi \u00e0 ce qu&rsquo;elle soit bien pr\u00e9cise et pas vague. Ici \u00e0 Lyon, on a aussi des prud&rsquo;hommes l\u00e0-dessus, des lettres recommand\u00e9es et le syndicat obtient tr\u00e8s souvent gain de cause. Donc en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, apr\u00e8s notre intervention, cela ne d\u00e9passe pas le grand Lyon ou sa p\u00e9riph\u00e9rie.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L.<\/strong> : Pour revenir \u00e0 la mani\u00e8re dont j&rsquo;ai rejoint le syndicat, cela s&rsquo;est fait \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une gr\u00e8ve au centre commercial Confluences. Sachant que peu de personnes parlaient bien le fran\u00e7ais, il fallait une personne qui parle bien la langue pour exprimer les revendications. Ils m&rsquo;ont fait porter le chapeau, ce en quoi ils ont en partie tort&#8230; A l&rsquo;\u00e9poque, il y avait eu l&rsquo;ouverture des soldes pour les magasins du centre commercial et donc des personnes avaient fait des heures suppl\u00e9mentaires. Je demandais \u00e0 ce qu&rsquo;elles soient pay\u00e9es. A chaque fois qu&rsquo;un sup\u00e9rieur passait, c&rsquo;\u00e9tait : \u00abt&rsquo;inqui\u00e8te, on va s&rsquo;en occuper\u00bb. Jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 on a d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9clamer autrement&#8230; <\/p>\n<p align=\"justify\">\tLa gr\u00e8ve a ensuite permis de payer les heures suppl\u00e9mentaires qui n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 pay\u00e9es, de remettre sur le terrain une personne qui avait \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9e, qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e un mois apr\u00e8s, la  prise en charge des tenues de travail et le temps d&rsquo;habillage et d\u00e9shabillage compt\u00e9s sur le temps de travail. Quant \u00e0 mon cas personnel, c&rsquo;\u00e9tait surtout pour montrer l&rsquo;exemple aux autres. Puisque je n&rsquo;avais pas peur, et que les autres \u00e9taient davantage dans la crainte, on pouvait leur mettre un peu plus de peur. Leur dire : \u00abvoyez, elle est partie, si vous faites la m\u00eame chose, on fera pareil avec vous\u00bb : \u00e7a, c&rsquo;est d\u00e9solant.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : Pour revenir sur les effets de la gr\u00e8ve, les salari\u00e9s \u00e9taient fiers de leur action, cela leur a permis de voir qu&rsquo;on pouvait se bouger sur un site. M\u00eame si il ne faut jamais perdre de vu que  rien n&rsquo;est jamais acquis, tout d\u00e9pend de la capacit\u00e9 de r\u00e9sistance sur le terrain, qui va d\u00e9terminer l&rsquo;avenir social. Sur ce chantier, on a quand m\u00eame aussi obtenu plusieurs requalifications de CDD en CDI, des passages de temps partiel \u00e0 temps plein, l&rsquo;abandon de sanctions disciplinaires, un passage \u00e0 une qualification sup\u00e9rieur pour un salari\u00e9, des rappels de salaires et des d\u00e9dommagements.<\/p>\n<p><img251|center><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Autre Futur : Quelles ont \u00e9t\u00e9 les diff\u00e9rentes \u00e9tapes de d\u00e9veloppement de votre syndicat du nettoyage dans l&rsquo;agglom\u00e9ration lyonnaise ? Quel est son niveau d&rsquo;implantation dans les soci\u00e9t\u00e9s de nettoyage ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Didier Goncalves<\/strong> : Pour d\u00e9crire un peu l&rsquo;histoire du syndicat, qui ne s&rsquo;est r\u00e9activ\u00e9 que depuis un an et demi, tout a commenc\u00e9 avec la diffusion d&rsquo;un tract, notamment t\u00f4t le matin dans diff\u00e9rents chantiers et aussi dans le m\u00e9tro lyonnais. Tr\u00e8s vite, des salari\u00e9s  du m\u00e9tro me contactent. Les camarades  testent d&rsquo;abord un peu car ils ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9\u00e7us par les autres syndicats. Pourquoi chez nous ce serait mieux ? Il faut faire ses preuves. <\/p>\n<p align=\"justify\">\tIl faut connaitre aussi le paysage syndical dans le nettoyage. Il y a \u00e9norm\u00e9ment de corruption. Les gens se sont vite rendu compte qu&rsquo;avec nous qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas photo. Aujourd&rsquo;hui,  le simple fait de diffuser un tract sur un chantier est vu par l&rsquo;entreprise comme une action radicale&#8230; Les autres syndicats ne font m\u00eame pas ce genre d&rsquo;initiative. Il n&rsquo;y a quasiment pas de gr\u00e8ve, ou alors c&rsquo;est une journ\u00e9e de 24h pr\u00e9par\u00e9e des mois \u00e0 l&rsquo;avance, bien t\u00e9l\u00e9phon\u00e9e, avec un rassemblement bidon devant la chambre patronale du nettoyage et apr\u00e8s il n&rsquo;y a rien d&rsquo;autre. Les salari\u00e9s voient bien la diff\u00e9rence entre ce cin\u00e9ma pseudo revendicatif et la r\u00e9alit\u00e9  sur le terrain.  Des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s CGT, FO, etc., corrompus \u00e9chappent parfois totalement au contr\u00f4le de leur syndicat et des salari\u00e9s qui les ont \u00e9lus. Ces syndicats peuvent \u00eatre combatifs dans d&rsquo;autres secteurs mais pas du tout dans le nettoyage. C&rsquo;est vrai que le type de syndicalisme qu&rsquo;on essaye de mettre en place suppose tout un travail laborieux de terrain, long, on ne grille pas les \u00e9tapes. D\u00e9j\u00e0, la CNT-Solidarit\u00e9 Ouvri\u00e8re b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une image int\u00e8gre. On est pas \u00e0 l&rsquo;abri des probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par les autres organisations. Mais quand m\u00eame, il y a une \u00e9thique syndicale, on pr\u00f4ne un syndicalisme de lutte et nos pratiques d\u00e9mocratiques doivent \u00eatre un rempart \u00e0 des abus potentiels. Dans le nettoyage, certains syndicats sont tellement aux ordres des patrons, pourris et gangren\u00e9s par la corruption, que trainer des tauliers devant les prud&rsquo;hommes rel\u00e8ve d\u00e9j\u00e0 du syndicalisme de combat.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Mourad Chikhi<\/strong> : Ici, dans ce secteur, il n&rsquo;y a pas vraiment de syndicats revendicatifs mis \u00e0 part la CNT-Solidarit\u00e9 Ouvri\u00e8re. Tous les autres sont des partenaires sociaux : si on leur confie quelque chose, on a peur que ce soit r\u00e9p\u00e9t\u00e9 au boss&#8230; Il n&rsquo;y a pas de syndicat, quoi&#8230; C&rsquo;est aussi une question de confiance, ne pas trahir en allant r\u00e9p\u00e9ter au patron. Les autres syndicats dans le nettoyage, c&rsquo;est \u00e7a. Chez nous, ils sont tranquilles de ce c\u00f4t\u00e9 l\u00e0. Un probl\u00e8me est que les gens ont parfois une mauvaise exp\u00e9rience des autres syndicats et ils nous voient pareils. Cela prend un peu de temps pour montrer que c&rsquo;est diff\u00e9rent. Notre syndicalisme peut fonctionner car \u00e7a aide vraiment \u00e0 r\u00e9gler les probl\u00e8mes. <\/p>\n<p><strong>Chantal L.<\/strong> : Des personnes avaient d\u00e9j\u00e0 contact\u00e9 le syndicat avant moi dans mon lieu de travail mais j&rsquo;h\u00e9sitais car j&rsquo;avais eu une mauvaise exp\u00e9rience avec la CGT. Je me suis dit, si c&rsquo;est encore un syndicat qui est dans l&rsquo;entreprise, dans le bureau du patron, la chance ne sera pas de notre c\u00f4t\u00e9&#8230; Une coll\u00e8gue salari\u00e9e \u00e9tait venu ici parce que pendant qu&rsquo;elle \u00e9tait partie en vacances, elle avait re\u00e7u une lettre recommand\u00e9e pour \u00eatre licenci\u00e9e, au motif qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas partie en vacances l\u00e9galement. Du moins, soi-disant, car j&rsquo;\u00e9tais inform\u00e9e, mes sup\u00e9rieurs m&rsquo;avaient dit qu&rsquo;ils avaient aussi la feuille sur le bureau&#8230; Mais \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une mani\u00e8re de la licencier quand elle est revenue de vacances. Je l&rsquo;avais soutenue et elle \u00e9tait venue voir le syndicat du nettoyage de la CNT-Solidarit\u00e9 Ouvri\u00e8re. Alors elle m&rsquo;a dit : \u00abviens, c&rsquo;est pas mal, l\u00e0-bas\u00bb (rires). Je suis donc d&rsquo;abord venue par curiosit\u00e9 et pour me faire ma propre id\u00e9e, avant de me syndiquer. La coll\u00e8gue a d&rsquo;ailleurs \u00e9t\u00e9 r\u00e9int\u00e9gr\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la gr\u00e8ve que nous avons men\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Lydie Molle<\/strong> : J&rsquo;avais aussi \u00e9t\u00e9 syndiqu\u00e9e \u00e0 la CGT mais apr\u00e8s une ann\u00e9e je suis venue \u00e0 la CNT-Solidarit\u00e9 Ouvri\u00e8re car je n&rsquo;avais plus confiance dans les autres. J&rsquo;avais des probl\u00e8mes et j&rsquo;ai rencontr\u00e9 Mourad qui m&rsquo;a donn\u00e9 les coordonn\u00e9es du syndicat. <\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Didier Goncalves<\/strong> : On a d&rsquo;abord eu \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 des probl\u00e8mes individuels de deux\/trois salari\u00e9s, o\u00f9 l&rsquo;on a pu obtenir satisfaction en demandant la simple application de la loi sous la menace de proc\u00e9dures prud&rsquo;homales. Dans le m\u00e9tro, le bouche \u00e0 oreille a ensuite bien fonctionn\u00e9. Il y avait une attente, une forme d&rsquo;organisation collective, mais une attente pour une organisation qui puisse repr\u00e9senter ce collectif et lui donner des droits, en l\u2019occurrence un syndicat. Un repr\u00e9sentant de section syndicale est alors d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 TFN, tr\u00e8s vite le mot circule dans le m\u00e9tro, on en d\u00e9signe un deuxi\u00e8me cette fois dans la soci\u00e9t\u00e9 Challencin avec le m\u00eame type d&rsquo;approche. Ensuite, le bouche \u00e0 oreille a pleinement fonctionn\u00e9 et on a d\u00e9sign\u00e9 d&rsquo;autres sections syndicales. On a eu un premier mouvement de gr\u00e8ve en septembre dans le centre commercial Confluences \u00e0 TFN, suivi d&rsquo;une semaine d&rsquo;action dans diff\u00e9rents chantiers TFN dans l&rsquo;agglom\u00e9ration qui se cl\u00f4t par une gr\u00e8ve le jour de la f\u00eate des Lumi\u00e8re, le 8 d\u00e9cembre, dans le m\u00e9tro lyonnais, suivie de plusieurs mois de n\u00e9gociations et de pas mal d&rsquo;avanc\u00e9es, sur les rappels de salaires et \u00e0 la mise en place d&rsquo;un management plus respectueux de la dignit\u00e9 des salari\u00e9s, sur des passages \u00e0 des qualifications sup\u00e9rieures pour plusieurs agents, sur les droits syndicaux, des annulation de sanctions disciplinaires. On a ensuite \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s \u00e0 des protocoles d&rsquo;accord pr\u00e9-\u00e9lectoraux. Partout, on essaye de faire respecter la loi et les conventions collectives, et demander plus, bien s\u00fbr, quand le rapport de force le permet  \u00e9galement.<\/p>\n<p align=\"justify\">\tMaintenant, nous passons \u00e0 une autre \u00e9tape, qui consiste \u00e0 approfondir les liens interprofessionnels dans notre union d\u00e9partementale et \u00e0 la mise en place de cycles de formations syndicales.  D\u00e9j\u00e0, chaque assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale donne lieu \u00e0 une formation juridique ou historique  assez g\u00e9n\u00e9raliste. On en a fait par exemple une sur le harc\u00e8lement moral avec Me Davy.<\/p>\n<p><img258|center><\/p>\n<p align=\"justify\">De plus, on organise des formations sur le temps de travail, comme le pr\u00e9voit la l\u00e9gislation, pour les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s et les membres du bureau du syndicat, afin de les aider \u00e0 se familiariser avec le droit du travail mais aussi l&rsquo;histoire militante, les origines du syndicalisme, les types de syndicalisme, sur l&rsquo;autogestion, etc. Les camarades animent aujourd&rsquo;hui eux-m\u00eame leurs propres assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales. <\/p>\n<p align=\"justify\">\tOn est parti de rien et on arrive aujourd&rsquo;hui \u00e0 une quinzaine de sections syndicales. Je re\u00e7ois entre 20 et 50 coups de fil par jour, parfois pour simplement des suivis de dossier, mais tout de m\u00eame. Les permanences juridiques ont lieu l&rsquo;apr\u00e8s-midi, dans le nettoyage beaucoup travaillent le matin ou le soir, les horaires classiques d&rsquo;ouverture des syndicats limit\u00e9s \u00e0 des permanences le soir \u00e0 partir de 18h ne suffisent pas. Il faut \u00eatre ouvert quand les gens sont disponibles et avoir un salari\u00e9 au syndicat pour \u00e7a.  Il y a du monde qui passe tous les jours(au moins une cinquantaine par semaine) et de plus en plus de gens qui viennent collectivement.<\/p>\n<p align=\"justify\">\tCela est le r\u00e9sultat d&rsquo; une strat\u00e9gie de d\u00e9veloppement syndical. Comment faire d&rsquo;une demande individuelle un relai de d\u00e9veloppement dans l&rsquo;entreprise ? Il y a une demande forte,  juridique et parfois juste un besoin d&rsquo;\u00e9coute. Je re\u00e7ois des gens qui sont en souffrance au travail. Ils pensent que rien n&rsquo;est possible, qu&rsquo;ils vont \u00eatre vir\u00e9s, que toute leur vie, ils vont supporter \u00e7a, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont le choix que de subir ou de d\u00e9missionner. Or, tout de suite, on regarde le bulletin de paie, le contrat de travail, et apr\u00e8s une lecture de cinq minutes, le rapport de force a potentiellement chang\u00e9. Il y a quasiment \u00e0 chaque fois des irr\u00e9gularit\u00e9s. Un courrier est envoy\u00e9, preuves \u00e0 l&rsquo;appui, ou j&rsquo;appelle : tout de suite, la situation \u00e9volue. La personne est contente. Elle va en parler \u00e0 un, une ou deux coll\u00e8gues qui vont venir. M\u00eame causes, m\u00eame effets. Derri\u00e8re on organise une r\u00e9union, o\u00f9  on travaille \u00e0 une prise de conscience en expliquant avec des mots simples que leurs probl\u00e8mes individuels rel\u00e8vent en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une probl\u00e9matique collective qui fait partie de la strat\u00e9gie en ressources humaines de l&rsquo;entreprise pour les diviser. Une fois que c&rsquo;est int\u00e9gr\u00e9, il y a une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale  qui d\u00e9signe un repr\u00e9sentant syndical de section. A partir de l\u00e0, il ou elle obtient les droits aff\u00e9rents, le rapport de force commence \u00e0 changer et on peut lancer la machine syndicale dans la boite&#8230; Il faut dire que si la r\u00e9activation du syndicat est r\u00e9cente, on s&rsquo;appuie sur vingt ans d&rsquo;exp\u00e9rience du syndicat du nettoyage CNT-Solidarit\u00e9 Ouvri\u00e8re en r\u00e9gion parisienne et on applique actuellement une  strat\u00e9gie similaire \u00e0 Marseille avec des r\u00e9sultats d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s encourageants.<\/p>\n<p><strong>Mourad Chikhi<\/strong> : D\u00e9sormais, on se d\u00e9veloppe, mais on est presque submerg\u00e9 par le boulot.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Chantal L.<\/strong> : On parle \u00e0 beaucoup de personnes, de plus en plus, et on sent des attentes, on nous pose des questions. Les gens savent qu&rsquo;on peut <em>a minima<\/em> les renseigner. Apr\u00e8s, nos moyens restent limit\u00e9s. Par ailleurs, pour beaucoup, le mot syndicat fait encore peur. Parfois, ils peuvent nous \u00e9couter mais ne pas venir pour autant. Mais le jour o\u00f9 ils ont un probl\u00e8me, ils se souviennent de nous et viennent nous voir. Le travail n&rsquo;avance pas imm\u00e9diatement, mais on a quand m\u00eame des r\u00e9percussions apr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>Autre Futur : Le mot de la fin ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Zaidi Rabah<\/strong> : L\u2019union fait la force ! La solidarit\u00e9 ouvri\u00e8re avant tout ! Seule la lutte paye!<\/p>\n<p>\t<strong>Article initialement paru sur le site Autre Futur. Propos recueillis par Fabien Delmotte<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face \u00e0 la d\u00e9gradation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des conditions des travail, notamment parmi les plus pr\u00e9caires et les plus exploit\u00e9s, la question de la possibilit\u00e9 d&rsquo;organiser des mobilisations victorieuses, de mener des ripostes sociales \u00e9mancipatrices, constituent des enjeux fondamentaux, incontournables pour le syndicalisme de lutte. Le sujet qu&rsquo;aborde cet article, constitu\u00e9 \u00e0 base d&rsquo;entretiens, est non seulement [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":111,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17],"tags":[],"class_list":["post-112","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nettoyage"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/cnt-so.org\/rhone-alpes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/112","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/cnt-so.org\/rhone-alpes\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/cnt-so.org\/rhone-alpes\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cnt-so.org\/rhone-alpes\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cnt-so.org\/rhone-alpes\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=112"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/cnt-so.org\/rhone-alpes\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/112\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/cnt-so.org\/rhone-alpes\/wp-json\/wp\/v2\/media\/111"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/cnt-so.org\/rhone-alpes\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=112"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/cnt-so.org\/rhone-alpes\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=112"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/cnt-so.org\/rhone-alpes\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=112"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}