Aide à domicile : 63 euros, deux centimes et l’oubli de la majorité !

Le gouvernement a fini par agréer, le 29 mai 2026, les avenants 75 et 76 de la branche de l’aide à domicile (BAD), après les avoir bloqués à trois reprises depuis 2025. Cette validation est présentée comme une avancée pour les « métiers essentiels ». Dans les faits, elle concède une miette à une minorité des travailleuses du domicile, sans régler ni la question du carburant, ni celle du financement, ni la fragmentation organisée du secteur.

CE QUE LA MESURE CHANGE – ET CE QU’ELLE CACHE

Une revalorisation de 63 euros après quatre ans de gel

L’avenant 75, agréé le 29 mai 2026 et applicable au 1er juin, revalorise de 11 points la grille des rémunérations du secteur associatif de la branche, soit un gain moyen d’environ 63 euros bruts mensuels pour près de 100 000 salariées. Il reprend les termes de l’avenant 72, que l’État avait refusé d’agréer le 19 mars 2026.

Présentée comme une « bonne nouvelle », cette somme est en réalité la première revalorisation collective de la branche depuis 2021 : quatre années de gel, pendant que l’inflation et l’énergie flambaient. Dans le même temps, les tarifs du secteur restent plafonnés à +2 % pour 2026. On « augmente » d’une main et on étrangle de l’autre. Ce n’est pas une reconnaissance, c’est un rattrapage tardif et partiel.

Le carburant : deux centimes, et l’exclusion des aides

L’avenant 76 porte l’indemnité kilométrique de 0,38 à 0,40 euro par kilomètre. Les intervenantes à domicile demeurent par ailleurs écartées des dispositifs publics d’aide carburant, réservés aux transporteurs, taxis et pêcheurs.

Le budget carburant est souvent le premier poste de dépense professionnelle de ces salariées, qui enchaînent les tournées toute la journée avec leur propre véhicule, notamment en zone rurale. La hausse des prix se traduit par une saignée directe sur la paye et par des refus de missions jugées trop éloignées, qui laissent des personnes sans accompagnement. Deux centimes ne couvrent pas le coût réel d’un métier qui roule toute la journée.

Un financement non garanti, un reste à charge menacé

Le coût de la revalorisation, estimé à environ 145 millions d’euros, repose sur les départements et la Sécurité sociale, sans compensation pérenne garantie par l’État. Les fédérations d’employeurs elles-mêmes alertent sur l’absence de garanties de cofinancement.

Faute de financement assuré, des services déjà fragilisés devront absorber seuls le surcoût ou augmenter leurs tarifs, avec un risque direct de hausse du reste à charge pour les personnes âgées et handicapées accompagnées. L’État se défausse sur les départements, les départements renvoient la facture à l’État. On organise ainsi l’affrontement entre les bas salaires des intervenantes et le porte-monnaie des personnes aidées.

Une mesure pour quelques-unes, l’oubli pour la majorité

Les avenants 75 et 76 ne s’appliquent qu’au secteur associatif de la branche. Les salariées des particuliers employeurs — plus de 1,4 million de personnes, soit 61 % du secteur — relèvent d’une autre convention et n’ont obtenu qu’un alignement de 3 % calé sur le SMIC, sans mesure carburant. Les salariées des entreprises privées lucratives n’ont, elles, obtenu aucune revalorisation salariale en 2026, leur grille étant gelée depuis 2024.

Mêmes métiers, mêmes tournées, mêmes pleins d’essence — mais des droits radicalement inégaux selon le statut de l’employeur. La hausse de l’indemnité kilométrique, en particulier, ne profite qu’au secteur associatif, alors que la flambée du carburant frappe toutes les intervenantes. C’est l’illustration d’un secteur fragmenté à dessein, où l’on affiche une « avancée » en laissant la majorité des concernées sur le bord de la route. Ce n’est pas un oubli : c’est un choix de classe.

Quinze ans de promesses sur le grand âge, zéro réforme

La réforme du grand âge, promise depuis 2007 et annoncée pour l’automne 2025, puis janvier, puis février 2026, a été reportée à chaque échéance. En parallèle, un projet de décret prévoit de repousser de 70 à 80 ans l’âge d’exonération de cotisations patronales pour les particuliers employeurs.

Faute de cadre structurant et de financement, le secteur s’effondre par manque de bras quand la démographie vieillit à toute vitesse. Reculer l’âge d’exonération, c’est réduire encore le recours aux aides à domicile, donc leur volume d’heures. On nous applaudissait en 2020 ; on nous abandonne aujourd’hui.

Avec la CNT-SO, nous revendiquons :

Sur les salaires et l’égalité des droits
  • Un salaire décent, bien au-dessus du SMIC, pour toutes et tous et dans toutes les branches du domicile. L’avenant 75 est un plancher, pas un solde de tout compte.

  • L’égalité des droits entre tous les statuts — associatif, particuliers employeurs, entreprises privées, public : mêmes salaires, mêmes indemnités de déplacement, mêmes protections, contre la mise en concurrence des travailleuses.

Sur le carburant et les frais professionnels
  • La compensation intégrale des frais kilométriques au coût réel, et l’inclusion immédiate des intervenantes à domicile dans les dispositifs publics d’aide carburant.

  • La mise à disposition de véhicules de service et de matériels adaptés, pour cesser d’user les voitures personnelles au profit de structures qui ne couvrent pas leurs salariées.

Sur le temps de travail et les conditions d’exercice
  • La réduction du temps de travail à 32 heures sans perte de salaire ni de garanties : dans nos métiers, c’est une nécessité de santé publique.

  • La fin du temps partiel imposé et des horaires coupés, qui frappent huit travailleuses sur dix et les obligent à cumuler les employeurs pour survivre.

  • L’accès facilité à la médecine du travail et la prise en charge complète des frais de santé, à la hauteur d’une sinistralité trois fois supérieure à celle du BTP.

  • Une véritable politique de formation sur le temps de travail, et la systématisation des temps collectifs, des groupes d’échange de pratique et de la supervision.

Sur le financement et la responsabilité publique
  • Un financement national, pérenne et intégral par l’État des revalorisations, sans transfert sur les départements ni sur le reste à charge des personnes accompagnées.

  • L’ouverture immédiate d’une réforme du grand âge à la hauteur des besoins, après quinze ans de reports.

  • Des sanctions fermes contre les employeurs négligents — structures, associations ou particuliers — qui dégradent les conditions de travail ou font obstacle à l’organisation syndicale.

La CNT-SO appelle l’ensemble des travailleuses et travailleurs du domicile — associatif, public, privé, particuliers employeurs — à se syndiquer, à se fédérer et à refuser l’isolement dans lequel le patronat et les pouvoirs publics voudraient les maintenir.

Refusant toute subvention de l’État ou du patronat, la CNT-SO auto-finance un réseau de défense syndicale au service des salariées.

L’améliorations de nos conditions de travail ne se négocient pas dans les couloirs ministériels : elles s’arrachent par l’organisation collective.