Mettons fin au système de brevets privés ! Pour une industrie pharmaceutique sous contrôle social et un système de vaccination public, universel et gratuit

Appel du Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes

Grâce à un énorme effort scientifique basé sur une collaboration internationale et des sommes historiques d’argent public, l’humanité a pu développer plusieurs vaccins efficaces contre la COVID-19 en moins d’un an.

Toutefois, cette grande réussite pourrait être totalement éclipsée par la cupidité de l’industrie pharmaceutique. Dans une situation aussi critique que celle que nous vivons, le caractère exceptionnel des mesures exigées de la majorité de la population doit également s’appliquer à l’industrie pharmaceutique privée et à sa soif permanente de profit. La suspension des brevets liés au Covid-19 doit être une priorité et une première étape.

Mais nous ne pouvons pas nous arrêter là. Des initiatives telles que COVAX ou C-TAP ont échoué lamentablement, non seulement en raison de leur inadéquation, mais surtout parce qu’elles répondent à l’échec du système actuel de gouvernance mondiale par des initiatives où les pays riches et les multinationales, souvent sous la forme de fondations, cherchent à remodeler l’ordre mondial à leur guise. La philanthropie et les initiatives public-privé en plein essor ne sont pas la solution. Elles le sont encore moins face aux défis planétaires actuels dans un monde dominé par des États et des industries guidées par la seule loi du marché et du profit maximum.

La crise sanitaire est loin d’être résolue. Le système capitaliste et les politiques néolibérales ont joué un rôle fondamental à toutes les étapes. À l’origine de ce virus, il y a la transformation effrénée de la relation entre l’espèce humaine et la nature. La crise écologique et la crise sanitaire sont intimement liées. Et la même logique néolibérale prédatrice a exacerbé les conséquences des deux en appliquant une gestion privée et concurrentielle de la crise. Le résultat est plus d’inégalités, plus de souffrance et plus de morts au nom des intérêts d’une minorité privilégiée.

La pandémie a accéléré et approfondi des tendances dangereuses, des écarts sociaux et des phénomènes multidimensionnels que nous observons depuis des décennies et dont souffrent principalement les classes populaires, en particulier les femmes et les personnes racisées. Les femmes sont majoritaires parmi les personnels de santé qui ont été en première ligne dans la lutte contre la pandémie, mais aussi dans le maintien de la vie face aux réductions des services publics et des droits sociaux dont elles sont les premières victimes.

La santé et l’accès à la santé et à la vaccination sont un droit humain universel. Par conséquent, les vaccins doivent être considérés comme un bien public mondial. Et pour assurer leur accessibilité universelle, la suspension nécessaire et urgente des brevets doit s’accompagner de mécanismes de nationalisation des industries pharmaceutiques privées et d’un fort investissement dans le développement d’industries pharmaceutiques publiques dans tous les pays. Il faut une action décisive qui permette une planification publique de la production et de la distribution des vaccins, en développant les capacités de production locales lorsque cela est possible et en les complétant par une solidarité internationale contraignante dans les autres cas.

Si les virus n’ont pas de frontières, la lutte contre ces derniers ne doit pas en avoir. Le chauvinisme sanitaire est un autre visage de la dérive réactionnaire d’exclusion qui balaie le monde. Les peuples du Sud doivent avoir accès aux vaccins sur un pied d’égalité avec le reste des habitant·es de la planète.
Nous saluons les efforts de Cuba pour développer des vaccins et des traitements pour affronter la pandémie et pour mettre à la disposition de l’humanité les résultats de ceux-ci. Les défis planétaires tels qu’une pandémie nécessitent des réponses mondiales qui soient appropriées.

L’économie privée, la foi aveugle dans le marché et la recherche du profit se sont révélées incompatibles avec la vie. La santé ne peut être une marchandise. La réactivation de l’activité économique ne peut se faire au détriment de la santé ou des droits de la majorité. Il faut choisir : le capital ou la vie. Nous devons agir rapidement et avec force, en pensant à une stratégie globale d’égalité d’accès et de garantie universelle du droit à la santé. Pour toutes ces raisons, nous demandons :
• La suspension des brevets privés sur toutes les technologies, connaissances, traitements et vaccins liés à la COVID-19.
• L’élimination des secrets commerciaux et la publication d’informations sur les coûts de production  et les investissements publics utilisés, de manière claire et accessible à l’ensemble de la population.
• La transparence et le contrôle public à tous les stades du développement du vaccin.
• L’accès universel, libre et gratuit à la vaccination et au traitement.
• L’expropriation et la socialisation sous contrôle social de l’industrie pharmaceutique privée comme base d’un système public et universel de santé qui favorise la production de traitements et de médicaments génériques.
• L’augmentation des investissements et des budgets publics alloués aux politiques publiques de santé et de soins de proximité, incluant une augmentation de l’embauche, des salaires et une  amélioration des conditions de travail du personnel de ces secteurs.
• L’introduction de taxes sur la richesse (patrimoine et revenus du 1 % les plus riches) pour financer la lutte contre la pandémie et assurer une sortie socialement juste et écologiquement pérenne des différentes crises du capitalisme mondial.
• La suspension du paiement des dettes pendant la durée de la pandémie et l’annulation des dettes illégitimes et de celles contractées pour financer la lutte contre le virus.

Emission Radio : Scop, coopératives, syndicalisme et la CNT-SO

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Selon la définition, « la société coopérative et participative (Scop) est une entreprise où les décisions sont basées sur le principe « une personne = une voix ».

Dans la réalité, toutes ne se revendiquent pas de l’héritage des idéaux sociaux de la fin du 19e siècle des premières Sociétés Coopératives « Ouvrière de Production ». Certaines s’arrangent volontiers avec le capitalisme. Lors d’une conférence de presse en 2014, Emmanuel Macron, Ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, vantait la scop comme « la participation de tous au capital, aux décisions, c’est un des moyens de réussir « …

En 2015, pour « vendre » la loi qui porte son nom, il n’hésitait pas à s’adresser aux jeunes français qui « doivent avoir envie de devenir milliardaires « …
Effectivement, dans un monde capitaliste, « on » peut « autogérer » une centrale nucléaire ou une banque et considérer la scop comme « la quintessence de l’esprit d’entreprise ». Mais la scop peut aussi être un moyen pour tendre vers une entreprise sans patron où les travailleurs décident de ce qu’ils font et vont faire.


Le 03 mars, dans son émission sur Radio Libertaire, La CNT- Solidarité Ouvrière invitait Michel, de la coopérative ANDINES pour échanger sur les scop, les coopératives, leurs statuts, leurs dérives mais aussi des perspectives d’un outil au service du « commun »…

Réécouter l’émission.

Conférence au local CNT-SO le samedi 8 novembre : les gauches radicales nées dans les années 1920

Les gauches radicales nées dans les années 1920
Internationalisme et autonomie prolétarienne

Discussion avec Philippe Bourrinet, auteur de différents articles et livres sur le mouvement ouvrier révolutionnaire et membre des éditions Smolny

Dans les années 20, dans différents pays européens (en particulier en Italie, en Allemagne et en Hollande), se développent différents courants qui mettent au centre du débat l’internationalisme et l’autonomie prolétarienne contre l’état (démocratique, socialiste ou fasciste).

Aussi, même s’ils ne représentent qu’une minorité, ils développeront une réflexion théorique intense, sur le rôle des conseils ouvriers, sur le rapport entre organisation et classe, sur l’expérience prolétarienne et sur le sens profond de la révolution. A Marseille, dans les années 30, on retrouvera des traces de cette expérience.

Au local CNT-SO 13, 12 rue de l’Évêché, 13002
samedi 8 novembre 2014 – 15h30 – entrée libre

Organisateurs :
groupe de discussion Marseille
http://zombidiscussion.blogspot.fr/

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Les fonds d’investissement et le marché des écoles du numérique en France

Les fonds d’investissement et le marché des écoles du numérique en France

 » Le numérique, considéré comme un véritable relais de croissance, devrait, d’ici 2015, contribuer au PIB à hauteur de 5,5% et créer 450000 emplois en France, serait le nouvel eldorado de l’économie « .
C’est une des conclusions d’un rapport publié en 2011 par le cabinet américain McKinsey & Company [1], avec le soutien de Google, et intitulé : « Impact d’Internet sur l’économie française », sous-titré « Comment Internet transforme notre pays ». [2]

Impact d’Internet sur l’économie française : vidéo internet-impact.fr

Il n’en fallait pas plus pour que des structures financières s’engouffrent dans le créneau, rachètent ou montent des écoles pour répondre à un besoin (celui-ci bien réel), d’entreprises recherchant des spécialistes du web et prendre à la source leur part du gâteau. Le prix moyen de la scolarité annuelle oscille entre 6.000€ et 8.000€ par élève.
À titre d’exemple, Bregal Investment, fonds d’investissement basé en Suisse, détient, en France, depuis novembre 2007, un groupe financier, qui forme 14 000 étudiants dans ses écoles de commerce (Ecole de management Paris ESG, 6000 étudiants), de multimédia (Ecran, Digital Campus, 3 000 étudiants à Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Aix-en-Provence) et d’arts appliqués (Conservatoire Libre du Cinéma Français, Ecole des Métiers du Numérique, Hetic (internet), Institut d’Etudes Supérieures des Arts)… [3]

Tout comme les marchands de pelles qui, au XIXe siècle aux États-Unis, fournissaient aux mineurs les instruments pour participer à la ruée vers l’or et qui firent fortune, ces entrepreneurs qui ont investi le marché de l’apprentissage du numérique gèrent leurs écoles selon les lois du Marché selon un schéma de rentabilité éprouvé. Les clients sont roi et la pédagogie est au service du business. Les enseignants sont des employés ou des variables d’ajustement.

Les clients sont rois dans une pédagogie du business

Les investisseurs doivent gérer deux types de clients.
Tout d’abord leurs partenaires, c’est à dire les entreprises avec qui ils s’allient et qui, en contre partie ou en échange de leurs investissements financiers, « demandent » à ce que les programmes pédagogiques, comme les travaux ou projets que les élèves devront réaliser, ne soient pas tant jugés sur une valeur d’apprentissage que pour leur application/exploitation directe sur un marché concurrentiel… L’élève apprend alors à devenir un employé modèle qui met en forme la demande de son client.

Mais, « d’employé », l’élève devient « client » quant, au prétexte qu’il paie pour sa scolarité, il est sollicité pour juger, voire sanctionner un intervenant qui, selon lui, ne lui n’aurait pas fourni ce qu’il était « en droit » d’attendre contre son chèque.
Ainsi, un professeur s’est vu notifié qu’il ne serai pas renouvelé pour l’année suivante au prétexte que « des élèves s’étaient plaints qu’il leur faisait trop souvent refaire des travaux quand il n’était pas conformes [4] et que pour certains d’entre eux, il avait refusé de leur donner leurs diplôme… alors qu’ils avaient déjà payé leur scolarité pour continuer l’année suivante dans une autre formation ». [5].

Les enseignants comme variables d’ajustement

Contrôle de la « concurrence »
Pour les enseignants contractuels, il faut souvent multiplier les employeurs pour « gagner sa vie ». Toutes les écoles n’ont pas la même « côte » sur le marché et il n’est donc pas toujours apprécié qu’un enseignent travaille « pour la concurrence ». Bien que son contrat ne stipule aucune clause de concurrence ni ne donne droit à une rétribution en relation, un intervenant peut être « remercié » pour ce seul motif, même s’il n’est pas dit ainsi.

Plannings de production
Pour certaines écoles, les plannings, les cours et les interventions paraissent issus d’un algorithme de rationalisation/productivité digne d’une chaine industrielle. D’un côté, la matière première (les contenus, les intervenants) et de l’autre, le marché (les volumes, les marges). Dans cette matrice, où le contrôle des coûts doit permettre au groupe financier de rentabiliser ses investissements, les plannings d’interventions peuvent changer et sont notifiés aux enseignants sans les consulter ou tenir compte de leurs agendas personnels.

5h de travail payées 4h30
De 11h00 à 17h00, si on enlève le temps du repas, il reste logiquement 5h de travail rémunéré. Mais dans la logique industrielle, les vacataires (et les élèves) qui font généralement deux pauses d’1/4h ne travaillent donc pas pendant 1/2h… le vacataire ne sera alors payé que pour ses heures « réellement » effectuées, soit 4h30…

Les écoles privées, un filon pour les investisseurs.

Mais au delà du « cas » numérique, les fonds d’investissement qui s’attaquent au système éducatif y arrivent également par des biais du mécénat. C’est le cas par exemple pour « Orchestre à l’école » [6], développé « grâce » à Axa, Bouygues, LVMH, Vivendi… etc., « qui permet aujourd’hui l’installation de dizaines de classes orchestres dans les écoles de l’Hexagone », nous dit la fondation. Pour les investisseurs, c’est de la « communication » et de l’image à moindre coût…

La marchandisation de l’éducation qui aiguise les appétits de fonds de pension prêts à acheter ou à vendre des établissements en fonction d’un taux de rentabilité qu’ils espèrent à deux chiffres, ne fait plus référence à une éducation considérée comme un bien public. La valeur des diplômes déterminée par l’État qui accorde les visas, les reconnaissances ou les grades des masters, ne les « concerne » plus. Ils s’en passent car ils font reconnaître les leurs dans les réseaux/partenariats qu’ils ont tissé.

H. Robert. Ex-enseignant en technologies de l’information et de la communication.

Notes

[1] http://internet-impact.fr/

[2] Sa contribution directe au produit intérieur brut (PIB) français est évaluée à 60 milliards d’euros en 2009, soit 3,2% du total, et 72 milliards d’euros en 2010, soit 3,7% du PIB annuel, selon cette étude en grande partie financée par Google. Ce PIB internet devrait croître de13% par an pour atteindre 129 milliards d’euros en 2015, soit environ 5,5% du PIB.
À cette contribution de la filière internet s’ajoutent les effets indirects du web, c’est-à-dire les achats réalisés dans les réseaux physiques de distribution, mais facilités, préparés ou déclenchés par une recherche préalable en ligne. Selon l’étude, ils étaient estimés à environ 28 milliards d’euros en 2009.

[3] Le Monde, 26 mars 2012. http://lemonde-emploi.blog.lemonde.fr/2012/03/26/les-principaux-fonds-dinvestissement-presents-en-france-dans-le-systeme-educatif-dans-campus/

[4] Cas relevé dans une école de « multimédia » de Paris où un enseignant fut remercié pour avoir « trop poussé » des élèves à peaufiner leurs projets avant un rendu devant un jury de fin d’année…

[5] Exemple rapporté d’une école du Sud de Paris, initialement spécialisée dans l’audio et l’internet, où les formations sur 3 ans sont facturées 6000€/ an et où la « directrice pédagogique », trop occupée à trouver des entreprises partenaires pour l’école, impose aux professeurs de faire travailler les élèves sur des sites ou des projets qui seront réalisés et mis en place gratuitement… pour répondre aux besoins des clients des entreprises partenaires.

[6] http://mecenes.orchestre-ecole.com/?page_id=17